Third Degree
Fred H
Journaliste

FLYING COLORS

«Jetez-vous comme des morts de faim sur ce délicieux recueil de titres de progressive rock pop de très haute facture.»

9 titres
Rock
Durée: 66'23 mn
Sortie le 04/10/2019
353 vues
MASCOT RECORDS
Mais il ne s'arrête donc jamais. Depuis son départ de Dream Theater en 2010, Mike Portnoy enchaîne les projets et les super-groupes. On peut citer en vrac, Adrenaline Mob (avec le hurleur de Symphony X), PSMS (avec notamment Tony Macalpine), Transatlantic, Metal Allegiance (avec le bassiste de Megadeth et le gratteux de Testament), The Winery Dogs (avec Richie Kotzen et Billy Sheehan), etc. Il y a encore quelques semaines sortait le « Live With The Plovdiv Psychotic Symphony » commis avec Sons of Apollo. En cette dernière partie de 2019, le batteur repointe le bout de ses baguettes avec son nième all stars band baptisé Flying Colors.

Cinq piges ont passées depuis le méfait « Second Nature » et le line-up n'a pas bougé. Aux côtés de Portnoy, on retrouve toujours Steve Morse (Deep Purple, ex-Kansas) à la gratte, Dave LaRue (Dixie Dregs, ex-Joe Satriani) à la 4-cordes, Neal Morse (ex-Spock's Beard, Transatlantic) aux claviers et Casey McPherson (Alpha Rev, The Sea Within) au chant. Ce troisième effort, nommé « Third Degree » donne toujours dans le rock pop progressif. Oui, le Prog' (moderne) est là et bien là. A elles seules, les 2 pièces maitresses de la galette (10-11 minutes chaque) en sont les parfaits exemples (le bijou 'Last Train Home' et l'épique quoi que plus sombre 'Crawl'). Les longues et non moins excellentes parties instrumentales ('Guardian') côtoient des embardées plus psychédéliques ('More' et son chant penchant vers un Muse). L'équipe s'aventure même dans de nouvelles contrées aux accents jazzy (l'enjoué 'Geronimo'). L'ensemble se veut multicolore (en même temps vu le blase du groupe c'est normal) et fourmille d'arrangements hyper ciselés. Du plaisir pour les esgourdes. On retrouve quelques joutes entre la sixcorde de Steve et les claviers appuyés ou façon orgue hammond de Neal ('The Loss Inside'). Une fois encore les soli de grattes sont inspirés (tout en feeling). La section rythmique démontre ses talents. Le groove du bassiste Dave LaRue et la précision métronomique de Portnoy font merveille. Chacun apporte sa pierre et l'édifice. Personne ne tire la couverture à lui ou ne tombe dans le démonstratif indigeste.

A l'instar des rondelles précédentes, un gros boulot a été fait sur les harmonies vocales ('Cadence') et de mélodies pour beaucoup accrocheuses. Le timbre suave de McPherson apporte un côté pop, délicat (la magnifique ballade 'You Are Not Alone') et frais sur toutes ces compositions éclectiques. A grands renforts de choeurs « Bap-bap » façon Beach Boys et un côté marqué 60's à la Beatles (référence majeure de plusieurs membres de la formation), le gang se fait léger (le tubesque 'Love Letter'). A tour de rôle, Casey, Neal et Mike se partage le micro sur les différents couplets pour une chanson plutôt fun et entraînante.

Perfectionnistes nos 5 acolytes ? Le terme jusqu'au-boutiste serait plus exact. C'est connu, aujourd'hui beaucoup de zicos refont en post-production certaines imperfections vocales ou instrumentales qui auraient été perpétrées en live ou en studio. Du coup, pour que tout soit absolument sans reproche, nos garçons se sont mis en cheville avec un certain Bill Evans, présenté comme un spécialiste des « corrections » d'erreurs techniques. Le bonhomme a notamment bossé (et c'est non exhaustif) avec Steve Lukather (Toto), Steve Vai, John Petrucci (Dream Theater) et bien sûr pour nos petits gars (individuellement ou en groupes). Après de nombreuses recherches et expérimentations, ce chirurgien ès son (qui avoue avoir bien transpiré en bossant sur l'album public du quintette « Second Flight : Live at Z7 » et qui a donc oeuvré sur ce nouvel opus) a développé une méthode (la HPAR, c.à.d « Harmonic Phrase Analysis and Restoration ») et des outils permettant de clarifier les enregistrements numériques multi-pistes et de « réparer » des coquilles de performance (en particulier celles faites en direct) sans pour autant perdre en authenticité. Accompagné du fidèle producteur Rich Mouser (The Neal Morse Band, Transatlantic, …), cette joyeuse bande de puristes livre ici un travail d'une qualité exceptionnelle.

En raison des emplois du temps de ministres de nos lascars (Morse avec le Pourpre Profond, Portnoy et sa kyrielle de projets, …), Flying Colors à annoncer que seulement 10 concerts (5 aux US, quatre en Europe et une apparition à Cruise To The Edge en 2020) seront donnés pour soutenir leur « Third Degree ». Bien veinards seront celles et ceux qui pourront donc les voir/entendre. Pour les autres, plus malchanceux, comme petit lot de consolation, jetez-vous comme des morts de faim sur ce délicieux recueil de titres de progressive rock pop de très haute facture.