Data Mirage Tangram
Fred H
Journaliste

THE YOUNG GODS

«« Data Mirage Tangram » est une fois encore une expérience... un vertige Electro-rock qui nécessite plusieurs écoutes pour en découvrir toute sa quintessence. Bon puzzle.»

7 titres
Durée: 53'29 mn
Sortie le 22/02/2019
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TWO GENTLEMEN
Malgré plus de trois décennies d'existence, bien malin celui qui peut mettre une étiquette sur The Young Gods. Cité en référence par une kyrielle d'artistes (Bowie, Mike Patton, Devin Townsend, Tool, Al Jourgensen, Trent Reznor, Treponem Pal), les Jeunes Dieux restent pourtant incernables. A contre-courant, avant-gardistes, à part, singuliers, précurseurs, le groupe a toujours pris soin de brouiller les pistes en entremêlant Rock, Indus, Ambient et même compositions expérimentales. Que ce soit aux travers de leurs revisites décalées de morceaux du maestro allemand Kurt Weill, dans leurs ré-interprétations acoustiques de leur propre répertoire ou lors de rencontres improbables (avec le Lausanne Sinfonietta ou le gang de hip-hop Dälek), les suisses osent, tentent, se ré-inventent et sont là où on ne les attend pas.

Leur dernière livraison studio en date « Everybody Knows » remonte déjà à 2010. Depuis, Alain 'Al Comet' Monod (samplers & guitares de 1989-2012) et Vincent Hänni (Grattes/basse de 2006 à 2011) ont choisis de voguer vers d'autres horizons. Pour compenser ces départs, Cesare Pizzi, claviériste originel du combo, est de retour au bercail aux côtés du chanteur Franz Treichler et du batteur Bernard Trontin. Que nous a donc concocter le trio pour leur douzième opus nommé « Data Mirage Tangram » ? Bon déjà… un tangram c'est quoi ? Disons que c'est une sorte de puzzle chinois composé de sept pièces qui peuvent se juxtaposer pour recréer des milliers de nouvelles formes. Donc, qui dit 7 faces, et bien 7 titres pardi (seulement deux dans la langue de Molière).

Ce nouveau voyage se fait plutôt sage et feutré. Point de gros déferlements de décibels (ou si peu). Totalement immersif, le mix léché de Alan Moulder (NIN, A Perfect Circle, Depeche Mode) fait la part belle aux nappes organiques de claviers, aux sonorités diverses, aux samples et à la précision métronomique de la batterie. Le trip sera cosmique ou ne sera pas. Tout en douceur, Franz susurre (l'ambiant et lumineux 'Everythem'), murmure (le bien nommé opener 'Entre en Matière'), caresse, berce. On flotte, on s'envole. L'Electro subtil aux sonorités addictives ('Tear Up The Red Sky') se fait exploser par des apparitions de sixcordes sorties de nulle part ('You Gave Me A Name'). L'hydre à trois têtes helvète délivre des boucles tout simplement hypnotiques (l'excellent et efficace mantra 'Figure sans Nom'). Bruitages étranges, vocaux déformés, interventions d'harmonica, moments psychédéliques…. Rien n'est interdit, rien n'est impossible.... Non rien (l'habité 'Moon Above'). La formation s'aventure en terres presque tribales ('All My Skin Standing'). A elle seule, cette pièce maîtresse de 11 minutes marrie beauté rageuse, déferlements maîtrisés et mélodie hallucinante.

Reconnaissable et pourtant unique, The Young Gods est bien de retour. « Data Mirage Tangram » est une fois encore une expérience... un vertige Electro-rock qui nécessite plusieurs écoutes pour en découvrir toute sa quintessence. Bon puzzle.