BRUCE DICKINSON
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Heavy Metal / Hard Rock

The Mandrake Project
Fred H
Journaliste

BRUCE DICKINSON

«« The Mandrake Project » se veut moderne et étend les horizons musicaux du charismatique meneur britannique. Cette septième offrande de Bruce Dickinson méritait bien qu’on attende tout ce temps. »

10 titres
Heavy Metal / Hard Rock
Durée: 58:47 mn
Sortie le 01/03/2024
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Dix-neuf piges, à quelques semaines près. Voilà le temps qu’il aura fallu à Bruce Dickinson pour livrer le successeur à son « Tyranny Of Souls » sorti en 2005. Entre les skeuds et les longues tournées mondiales de son groupe référence, ses activités de pilote de ligne, d’animateur radio, d’écrivain, d’escrimeur, et son cancer de la langue, le vocaliste d’Iron Maiden a eu beaucoup à faire et à gérer ces deux dernières décennies.

En ce début 2024, le frontman anglais profite d’un alignement de planètes pour proposer « The Mandrake Project », son septième effort en solo. Ce nouvel opus est une fois encore réalisé en collaboration avec son ami et producteur de longue date Roy Z, qui officie également ici en tant que six-cordiste et bassiste. Pour épauler le tandem, le claviériste Mistheria et le batteur Dave Moreno, déjà à l’œuvre sur le disque précédent, ont été rappelés. Ce concept album raconte une histoire sombre et occulte opposant magie et science pour le contrôle de la vie et de la mort.

Malgré ses quasi cinquante ans de carrière et sa pharaonique discographie, le chanteur a choisi de prendre des risques et on ne va pas s’en plaindre. D’abord, pour ce « voyage très personnel » comme il le qualifie, le musicien britannique et sa fine équipe jouent sur les atmosphères et elles sont variées. Quand le quatuor mélange une bande son genre musique Western façon Ennio Morricone avec une rupture doom et un riffing « à la Black Sabbath », c’est l’énorme kiff ('Resurrection Men'). Même combat lorsque l’aura Prog’ et planante de Pink Floyd croise la route d’une furtive fulgurance hardcore bien amenée (la semi-ballad 'Shadow Of The Gods'). Prégnants, les accents progressifs sont de retour sur la délicate et dernière piste qui ferme la galette (la délicate 'Sonata (Immortal Beloved)').

Ensuite, le leader sexagénaire et ses instrumentistes misent également sur les dépaysements et ils sont là aussi multiples. Soutenu par des harmonies rappelant celles de la bande à Steve Harris et cie, on embarque pour une sorte de chanson de marin aux tonalités rock ('Rain On The Graves' et ses rires démoniaques). On se laisser emmener vers l’Orient où sons arabisants, synthés typés 90s, acoustique et symphonique sont associés ('Fingers In The Wounds'). Plus loin, une flûte aux sonorités exotiques s’invite pour accompagner une intro chantée a cappella ('Eternity Has Failed'). Avec ses claviers mis en avant, des chœurs additionnels et quelques changements sur les guitares et le texte, cette relecture raccourcie de 'If Eternity Should Fail' (présente sur le « The Book Of Souls » de qui vous savez) se veut plus conforme à la compo initiale du natif de Worksop avant le remodelage par les autres membres de la Vierge de fer.

Enfin, un gros soin a été apporté aux arrangements et à la production. Cette escapade en solitaire recèle son lot de bonnes surprises. On passe du bon heavy (l’épique 'Afterglow Of Ragnarok') au hard rock entraînant ('Many Doors To Hell'). Variations dans les mélodies, chant Dickinson-ien typique (le percutant 'Mistress Of Mercy'), refrain accrocheur voire fédérateur, tout cela n’est que bonheur. Impeccable sur les passages narrés, et bien qu’il puisse encore le faire à l’occasion, celui qui fait habituellement hurler les stades avec ses « Scream for me » force moins vocalement (la belle fusion piano/guitare acoustique 'Face In The Mirror').

Malgré les diversités, et même si certains morceaux sont plutôt longs et « complexes », on ne s’ennuie pas. Si, tout au plus, on peut regretter le séquençage de titres plus « lents » en fin de parcours venant un peu « casser » la bonne dynamique de l’ensemble, cela ne gâche en rien le plaisir d’écoute général. Tout cumulé, « Bruce Bruce » s’est offert un terrain de jeu idéal pour expérimenter et nous faire (re)découvrir d’autres facettes de ses gouts et possibilités vocales.

Reportée et retravaillée depuis plusieurs années, cette septième offrande de Bruce Dickinson méritait bien qu’on attende tout ce temps. Accompagné d’une série de douze comics et de plusieurs clips/mises en images, ce « The Mandrake Project » se veut moderne et étend les horizons musicaux du charismatique meneur britannique sans trop aller sur les terres codifiées de son sextette principal. « Scream for him ! ».