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Thrash Metal (1982-87), Progressive Metal (1988-)
Chroniques

The Lost Machine
Fred H
Journaliste

VOIVOD

«Best-of live qui résume bien le style si inqualifiable de cette formation atypique mais au combien intéressante»

13 titres
Thrash Metal (1982-87), Progressive Metal (1988-)
Durée: 74min 28s mn
Sortie le 27/11/2020
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Les derniers témoignages en public de Voivod (« Warriors of Ice » et « Live at Roadburn 2011 ») remontent respectivement à 2011 et 2012. Depuis lors, le combo canadien est entré dans une enieme ère. D’abord, début 2013, avec le convaincant « Target Earth », flanqué de leur nouveau sixcordiste Daniel « Chewy » Mongrain, le quatuor livre le premier disque de l’histoire du groupe totalement composé avec des chansons non écrites par le gratteux fondateur Denis « Piggy » d'Amour (les deux précédents albums en date « Katorz » et « Infini » étaient encore basés sur des enregistrements commis par le guitariste décédé en 2005). Un second bouleversement tout aussi majeur s’est produit mi 2014 avec le second départ (Jason « Jasonic » Newsted ayant assuré la période 2003-2008) du bassiste historique Jean-Yves « Blacky » Thériault et l’arrivée de son remplaçant Dominic « Rocky » Laroche.

Revigorée par ce sang frais, la formation québécoise enchaine un savoureux EP (« Post Society ») en 2016 puis un excellent « The Wake » en 2018. Il y a quelques mois, le quatuor proposait un autre format court (« The End Of Dormancy ») tout aussi réussi que frustrant (car seulement 3 titres) avec la présence d’une section cuivre et un très gros accent jazz (indication pour le futur effort ?).

Bref, pour nous faire patienter, nos lascars défouraillent donc un skeud live capturé au pays (à Québec) le 13 juillet 2019. Avec 38 ans d’existence et 14 méfaits au compteur, il est tout simplement impossible de tout caser en un concert. Certains opus ont forcément dus être délaissés. Malgré tout, en treize titres et quasi soixante-quinze minutes, nous avons là un bel aperçu de la riche discographie du gang du batteur-illustrateur Michel « Away » Langevin et de ses acolytes. C’est le dernier voyage sidéral des quatre bougres paru il y a deux piges qui est le plus représenté avec quatre pistes. A l’instar du disque référence, la guitare et la basse sont ici bien mises en avant. En route pour ce metal protéiforme mêlant l’énergie du thrash, la rage du punk et la virtuosité du progressif. Portés par la voix râpeuse assez particulière de Denis « Snake » Bélanger ('Obsolete Beings'), les zicos de la Belle Province distillent leurs atmosphères tant planantes qu’inquiétantes (le décalé et King Crimson-ien 'Always Moving') et leurs compositions complexes avec ces riffs pachydermiques ('The End Of Dormancy') et hypnotiques (le mélancolique 'Iconspiracy'). Pas toujours évident d’appréhender ces plans de guitare alambiqués venus d'ailleurs, les multiples cassures rythmiques et ces structures déroutantes. Il est bien difficile de mettre une étiquette définitive à la zique des géniteurs du chevalier-vampire-androïde de l'ère post-nucléaire. Ambitieuse, expérimentale, visionnaire, avant-gardiste, complexe, inventive, dense, riche, inimitable, … les adjectifs ne manquent pas.

Pour compléter leur set list, les compatriotes de Céline Dion ont ajoutés quelques classiques. Là encore, place aux arpèges cristallins (l’intense 'The Lost Machine' extrait de « The Outer Limits »), aux sonorités heavy/thrash (le percutant 'Voivod' puisé de « War And Pain »), et au heavy-rock zarbi et torturé de l’époque « Nothingface » (la fausse ballade envoutante 'Into My Hypercube'). La section de Jonquière nous gratifie également de leur superbe réappropriation/reprise d’un incontournable de Pink Floyd ('Astronomy Domine'). Le périple intergalactique ne délaisse ni les renversements chiadés à gogo ('Overreaction' issu de « Killing Technology »), ni les passages oppressants de « Dimension Hatröss » (le flippant 'Psychic Vacuum') et encore moins les mélodies accrocheuses perpétrées sur le honteusement sous-estimé voire rejeté « Angel Rat » ('The Prow').

Pourvu d’un univers unique, Voivod n’est clairement pas un groupe pas comme les autres. Ce « The Lost Machine » est un excellent Best-of live qui résume bien le style si inqualifiable de cette formation atypique mais au combien intéressante. Les fans du quatuor vont passer un très bon moment.