The Great Depression
Enora
Journaliste

AS IT IS

«« The Great Depression », un album facile qui souffre autant qu'il profite de sa trop grande simplicité»

12 titres
Pop Punk
Durée: 44 mn
Sortie le 10/08/2018
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As It Is est un groupe britannique de Rock Alternatif formé en 2012 et comptabilisant déjà deux albums : « Never Happy, Ever After » paru en 2015 et « okay. » en 2017. A peine un an après, le groupe sort « The Great Depression » qui se découpe en quatre phase que nous allons vous présenter.

L'album s'ouvre avec le très Pop et dansant morceau éponyme. Après une introduction qui peut sembler très édulcorée mais qui renferme en vérité une multitude d'influences et d'éléments variés, la voix de Patty Walters répond à une ligne de basse et guitare à la saturation très marquée mais qui reste mélodiquement légère. Le groupe flirte avec le Rock Garage avec des riffs chauds et des choeurs entraînants, l'énergie est au rendez-vous et on se voit bien finir l'été en douceur avec ce genre de titre. Toujours en jouant sur leur petit côté Rock teenager avec le refrain de « The Wounded World », le groupe déploie avec soin tous les artifices d'une Rock alternatif accessible et, n'ayons pas peur du mot, commercial mais qui n'en reste pas moins très agréable. Quelques passages, comme le moment parlé sur une rythmique rendue trépidante par la basse d'Ali Testo, font l'originalité de la chanson et apportent la petite touche personnelle qui pouvait manquer. « The Fire, The Dark », où le chanteur n'hésite pas à jouer sur la saturation de sa voix, marque la fin de la première partie de cet album : « Stage I: Denial » qu'on pourrait traduire par « Niveau 1 : Déni ». Le titre est plus calme que les précédents et on continue d'agiter doucement la tête en se laissant porter par cette mélodie facile.

On passe ensuite au « Stage II: Anger » (« Niveau 2 : Colère ») avec la chanson « The Stigma (Boys Don't Cry) », plus sensible et à vif que les autres. Elle ne tarde pas à prendre des aspects de confession avant que la guitare rugissante de Benjamin Langford-Biss ne fasse son entrée, soutenue par une batterie efficace et purement Rock. Jusqu'à présent, As It Is se démarque par des compositions simples ponctuellement habillées de passages plus libres et expérimentaux. Prêtez une oreille attentive à la ligne de basse sur « The Handwritten Letter » car elle vaut le détour tant le morceau s'appuie sur elle et sur sa profondeur, sur son énergie bondissante. Vocalement, Patty Walters prend moins de risque et reste dans quelque chose de très propre et consensuel. L'ouverture presque a cappella de « The Question, The Answer » est vraiment belle et délicate mais il y a fort à parier que beaucoup qualifie cette chanson de « musique pour filles » et, au-delà de tout préjugé sexiste, elle se caractérise en effet par sa douceur et sa sensibilité, peut être même un peu trop parfois avec l'ajout de cordes pour un petit côté dramatique. Le titre souffre malheureusement de l'accumulation de trop de stéréotypes de la chanson douce et manque d'honnêteté à mon goût.

Aaron Gillespie s'associe à As It Is pour le niveau 3 de « The Great Depression », c'est-à-dire « Marchandage » (« Stage III : Bargaining ») avec la chanson « The Reaper » qui dénote par le jeu de batterie et la guitare plus virtuose, mais sans être transcendante. Les jeux de superposition de voix sont également très réussis et ce morceau redresse la barre après « The Question, The Answer ». Quelques notes d'une chanson old school de Noël servent d'introduction à « The Two Tongues (Screaming Salvation) ». La voix s'adoucit mais le message qui passe à travers ce titre se révèle touchant et sincère, s'articulant autour d'une alternance de passages énergiques et joyeux et d'autres, plus mélancoliques. On se retient difficilement de taper du pied en rythme et de chanter en choeur avec le frontman qui, malgré une voix plutôt commune, parvient à s'imposer comme une évidence au fil des morceaux. Tout est dans le titre pour « The Truth I'll Never Tell », un titre relativement dansant mais qui suit la ligne directrice de tout bon titre de Rock Alternatif avec une mélodie efficace, une rythmique très binaire et une voix douce. La tension monte peu à peu jusqu'au climax avant de repartir dans la même mélodie, on reste donc vraiment dans quelque chose de classique.

Et on arrive dans la dernière ligne droit avec « Stage IV: Acceptance » ou « Niveau 4 : Acceptation » avec la chanson « The Hauting », plus Electro mais aussi beaucoup, beaucoup plus intéressante d'un point de vue mélodique que les précédents titres, dans sa construction plus que dans l'atmosphère qui s'en dégage. As It Is prend une direction très intéressante et qui mériterait d'être davantage creusée à l'avenir. Tristesse et ténèbres sont palpables dès la ligne de guitare qui ouvre « The Hurt, The Hope ». Celle-ci est plus sobre, minimaliste et donc réussie que « The Question, The Answer » qui décidément me reste en travers de la gorge par son manque de sincérité dans l'émotion transmise. Le groupe semblait surjouer, ce qui l'a desservi alors que cette nouvelle ballade est bien plus franche et simple. Les premières notes de « The End » sont terriblement old school, ce qui n'est pas nécessairement bénéfique pour le groupe mais le reste de la chanson rattrape ce petit faux-pas et on finit la découverte de cet album avec un léger sourire sur le visage tant une énergie positive ruisselle de cet opus !

« The Great Depression » est un album facile dans le sens où tout le monde peut l'écouter et y trouver de quoi se satisfaire. Si c'est sa plus grande qualité, c'est également son plus grand défaut car le groupe se laisse parfois trop aller à la simplicité et aux clichés du Rock alors que quelques très bonnes idées sont égrenées sur l'album et mériteraient d'être plus abouties.