The End So Far
Schnabel
Journaliste

SLIPKNOT

«The End So Far est énigmatique et de très bons morceaux parsèment un album aux thématiques sombres, et à l’ambiance malsaine. Beaucoup passeront leur chemin, mais c’est une évolution pleinement assumée par le groupe. »

12 titres
Metal
Durée: 58 mn
Sortie le 30/09/2022
1159 vues
Je ne pense pas qu’après 6 albums studios, il soit encore nécessaire de présenter à nouveau le groupe tant connu. Trois années pleines, et une crise covid se sont écoulées depuis le dernier album, We Are Not Your Kind. N’ayant pas reçu que des critiques favorables, je préfère vous prévenir The End So Far risque de faire encore moins l’unanimité.

En effet, c’est un véritable OVNI dans la discographie slipknotesque que nous avons ici. Un album assez expérimental à certains égards, déroutant, mais qui révèle tout son potentiel après plusieurs écoutes.
Mr Shawn « Clown » Crahan, percussionniste, chanteur et membre originel du groupe l’a même qualifié de : “nouvelle musique, nouvel art, et nouveaux départs. Préparez-vous pour la fin.” Soit ! Décortiquons la bête.

Habitués des introductions calmes, « Adderall » ne déroge pas à la règle. La nouveauté vient plutôt de ses sonorités, tantôt un début aux connotations de « Kid A » de Radiohead, plus déluré bien sûr, tantôt un petit goût de «  Jar Of Flies » d’Alice in Chains. C’est un titre qui se veut calme, ou plutôt dompté, à l’image de ses pilules d’Adderall utilisées dans le traitement de l’hyperactivité. Ce titre annonce bien la couleur de la suite.
Forcément après le calme vient la tempête. « The Dying Song (Time To Sing) » rentre directement dans le lard. On y retrouve là l’ambiance qui a fait de WANYK un album décrié. Déjà joué en live, c’est un titre qui rend très bien, autant en studio que sur scène.

Comme je le disais précédemment, l’album est très déroutant, et ce n'est pas le morceau suivant qui démontrera le contraire. A la croisée des chemins entre le nouveau Slipknot initié en 2019 et celui que l’on connaissait, « The Chapeltown Rag » est un véritable bond dans le passé. Tout est fait pour nous rappeler du  « Vol. 3 : The Subliminal Verses » ou encore l'album éponyme, la violence primitive de Corey Taylor, les guitares caractéristiques, le scratch de Sid Wilson... Pour moi, cette chanson tient une bonne place dans les titres les plus violents de cet opus. Gratifiée et même sublimée d’un clip réalisé par le Clown lui même, le thème se veut à la fois glauque et passionnel comme les paroles le laissent sous entendre.
« Hivemind » fait parti de ces morceaux qui peuvent facilement unir les fans inconditionnels des débuts et ceux qui ont accepté le changement. Honnêtement, un des morceaux où j’ai pris le plus de plaisir à l’écoute. S’ensuit directement, dans la même lignée, « Warranty ». A l’instar de l’interview récente de Corey Taylor confirmant la non retraite du groupe, ce titre nous offre la garantie que Slipknot est bel et bien toujours présent : «  Isn’t this what you came for ? » (N’est-ce pas ce que tu es venu chercher ?).

S’ensuit maintenant des titres plus énigmatiques, avec en tête de liste « Medicine for the Dead ». Destinée à toutes les personnes faisant face à la dépression, cette chanson est conçue comme une thérapie. Chose marquante pour ce titre, la lourdeur du grognement de Taylor se mêle à la mélancolie du refrain. A l’image de ces vieux films de thriller, « Acidic » est pesant, avec une grosse touche de suspens. L’ambiance est réussie. On surprend même quelques passages plus bluesy. Dans une interview Jay Weinberg, à la batterie depuis 2014, avoue que le chanteur s’est librement inspiré de Acid Bath (groupe de sludge, ayant évolué de 1991-1997) pour la confection de ce titre :
"Acidic is my tip of the hat to one of my biggest influences, which is Acid Bath", Corey Taylor pour Metalhammer.

La première chose qui m’est venue en tête à l’écoute de «  Heirloom » ? Les influences de Stone Sour (un des multiples groupes solo de Corey Taylor), forcément !. Malgré une ambiance plus « Groovy » le thème n’en est pas moins grave, faisant référence aux violences conjugales subit par les femmes.
« H377 », malgré son nom très énigmatique, ressemble plus à du Slipknot classique avec une bonne grosse touche de rap dans le chant du frontman, avec un refrain qui est sans rappeler « Dead Memories » présent sur All Hope is Gone.
Le refrain du titre d’après, « De Sade » est plus envoutant, avec une instrumentale guitaristique vraiment excellente, où Mick Thomson et Jim Root s'éclatent vraiment.
Arrive le grand final de l’album avec « Finale ». Les artistes jettent ici un regard en arrière sur toute leurs carrières et leurs expériences, avant de clôturer complètement ce qu’était le Slipknot d’avant.

Alors, oui Slipknot a changé. Oui l’album est déroutant et il y a effectivement plus de chant clair qu’aux débuts du groupe. Et alors ? Personnellement, je trouve que c’est une bonne chose que le groupe ai réussi à se réinventer après presque 30 ans de carrière. Effectivement, les fans inconditionnels des premiers albums, ou même les réfractaires au changement n’aimeront pas... J’en suis quasiment certain. Personnellement, je trouve que Slipknot a réussi a sa mutation, et après avoir écouté et réécouté, les nuances s’expriment pleinement et l’album réussi à livrer tout son potentiel.
Très probablement qu'avec la fin de son contrat avec Roadrunner Records, Slipknot en profitera sûrement pour enlever toutes les brides à son cou :
“Pour moi, il s’agit plutôt d’indiquer aux fans que nous serons de retour et de leur rappeler que l’on ne sait jamais ce qui va se passer avec nous. J’ai l’impression que cette période nous a permis de faire notre deuil (du bassiste Paul Grey et du batteur Joey Jordison), et maintenant nous arrivons à un point où nous pouvons aller confortablement de l’avant. La prochaine période sera certainement plus du genre : ‘Enlevons les gants, fonçons et voyons ce qui se passe’”, Corey Taylor.

En conclusion :
Slipknot continue sa mutation commencée avec We Are Not Your Kind. Au croisement entre les premiers albums qui ont fait la renommée du groupe et les plus récents, The End So Far est énigmatique et de très bons morceaux parsèment un album aux thématiques sombres, et à l’ambiance malsaine. Beaucoup passeront leur chemin, mais c’est une évolution pleinement assumée par le groupe.

Setlist :
01-Adderall (5:40)
02-The Dying Song (Time To Sing) (3:24)
03-The Chapeltown Rag (4:49)
04-Yen (4:44)
05-Hivemind (5:16)
06-Warranty (3:51)
07-Medicine for the Dead (6:17)
08-Acidic (4:50)
09-Heirloom (3:31)
10-H377 (4:23)
11-De Sade (5:40)
12-Finale (5:07)