The Decaying Light
Julien Pingenot
Journaliste

DISENTOMB

«Avec ''The Decating Light'', Disentomb nous revient avec un brutal death monolithique, massif et confirme sa place de poids lourd de la scène.»

13 titres
Brutal Death Metal
Durée: 44 mn
Sortie le 12/07/2019
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En seulement deux albums, les australiens de Disentomb ont réussit à s'ériger comme nouveaux acteurs majeurs de la scène Brutal Death. C'est avec le désormais culte « Misery » sorti en 2014, qui reçut un accueil triomphant, qu'ils s'imposent comme les nouveaux juggernauts de la scène qui, disons le, à tendance à se perdre, à cause du trop grand nombre de groupes se ressemblant, mais aussi la médiocrité de ces même groupes qui font très peu voire pas du tout d'effort de composition et alignent les gros breaks parsemés d'un growl bien caverneux, ce qui rend leur musique complètement inintéressante...

Ils aura fallu attendre cinq ans pour pouvoir écouter « The Decaying Light » et pour le coup, il ne va pas plaire à tout le monde. Disentomb a maturé et, comme tout groupe, évolue. Si « Misery » était un périple aux Enfers accompagné des pires visions qu'il soit, ce nouvel opus est plus « lumineux ». Même si tout les éléments qui ont fait les la renommée de Disentomb sont présents (chant, break, travail des guitares,...), cet album sonne vraiment différent des deux précédents opus.

La première chose qui rend cet album différent, est sa production. « Misery » écrasait tout sur son passage avec une production crade et étouffante, sur « The Decaying Light », la production reste toujours aussi étouffante mais est encore plus massive qu'à l'accoutumée mais est un peu plus « propre », ce qui rend l'album beaucoup plus « aérien ». Bizarre de dire cela pour un album de Disentomb, mais il est évident qu'il y a un côté atmosphérique, il suffit d'écouter attentivement les morceaux « Dismal Liturgies » ou encore la fin de « Rebirth Through Excoriation » et entendre ces petits riffs de guitares lancinants et plutôt « doux ». Ce côté est accentué notamment sur le chant de Jordan James, qui en premier lieu est toujours aussi fou mais on y reviendra plus tard. La réverbe mise sur la quasi totalité de l'album le rend encore plus inhumain qu'à l'accoutumé, presque divin, en effet, ces growls sont amplifiés par l'écho créé et on a l'impression de faire face à ce monstre sur la pochette de l'album.

Un des gros point fort de Disentomb est son travail des guitares et de composition, les morceaux s'enchaînent sans problème avec une cohérence hallucinante, ce qui pour du Brutal Death est assez rare à souligner. Chaque portion de morceau est travaillée et cela se ressent quand la grande spécialité des Australiens tombe, LES GROS BREAKS BIEN VILAINS QUI TE CASSENT LA NUQUE !!

Chez Disentomb, le break est une science, ils sont tous extrêmement bien amenés et font mouche à chaque fois, les morceaux « Your Prayers Echoes into Nothingness », « The Droning Monolith », « Indecipherable Sermons of Gloom » ou encore « Rebirth Through Excoriation » possèdent certains des meilleurs breaks de l'album.

Qui dit Brutal Death, dit gutturaux d'outre tombe, et les australiens ne dérogent pas à la règle. Jordan James à une très grande maîtrise de ses vocaux ainsi qu'une grande variété apportant énormément de reliefs aux morceaux. Comme dit plus haut, son chant est plongé quasiment tout le temps plongé dans la réverbe, ce qui renforce cette image monstrueuse et menaçante. Ces vocaux ne sont pas gratuits, Jordan ne cherche pas à montrer que c'est le plus fort, non ici ces vocaux apportent un relief, un texture aux compositions. Le placement des vocaux de Jordan sont vraiment de qualité, en effet, il arrive à moduler son chant comme bon lui semble, passant du growl puissant, aux gargouillis bien sales, en passant par des cris plus aigus (qu'on pourrait rapprocher de pig squeal). Cette capacité d'adaptation rend cet album massif comme avec le morceau « Invocation in the Cathedral of Dust » qu'on pourrait rapprocher du slam, tant son rythme mid-tempo est d'une puissance et d'une lourdeur sans concession. Par ailleurs, quand un break est sur le point de tomber, le chant est aussi en grande partie responsable de cette puissance comme avec les morceaux « The Great Abandonment » ou « Rebirth Through Excoriation ». En parlant de vocaux brutaux, le légendaire Matti Way fait une apparition sur « Your Prayers Echoes into Nothingness », du coup le morceau en devient encore viscieux et violent. Rapidement Matti Way est le chanteur d'Abominable Putridity, mais aussi fut chanteur pour Pathology ou encore pour Disgorge notamment sur leur album culte « She Lay Gutted » sorti en 1999.

Malgré cette élogieuse critique, ce « The Decaying Light » n'est pas sans problème, en effet beaucoup de morceaux se ressemblent et il est assez difficile pour une oreille qui ne s'est pas familiarisé avec l'album. L'adage qui dit qu'il faut plusieurs écoutes, arrêter d'écouter l'album et y revenir quelque temps après est vrai pour cet album. Cet album est dense, complexe et résumer l'album après 2/3 écoutes non espacées, n'est pas se rendre compte du travail phénoménal derrière. Sans cela, on ne fait attention au petit solo dissonant de « Dismal Litugies » ou encore de ce petit break de basse dans « The Droning Monolith ». Bref, cet album est d'une richesse assez folle et se contenter d'une première impression négative est dommage. Par contre, un élément vraiment perturbant et pour le coup pas à sa place est le dernier morceau « Withering » qui est un morceau instrumental en guitare sèche. Cela nous sort complètement de l'album et gâche cette fin d'album qui se terminait tout en puissance avec « Rebirth Through Excoriation », qui de plus se terminait sur un fade out de la musique pour illustrer qu'ils ont tout raser sur leur passage et ce « Withering » réduit grandement son impact.

Au final, « The Decaying Light » est un monolithe écrasant tout sur son passage grâce à ses compositions fournies et complexes, ses vocaux surhumains, le tout renforcé par une production aux petits oignons qui, à la fois rend la musique monolithique, massive, inhumaine mais qui, de l'autre côté, apporte cette touche aérienne qui rend ce « The Decaying Light » si particulier. C'est sûr, l'album divisera (c'est déjà le cas), mais il est indéniable que Disentomb reste lui-même et arrive à faire évoluer sa musique assez pour susciter la pluralité d'écoutes et l'attention des amateurs du style.
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