The Atlas Underground Flood
Fred H
Journaliste

TOM MORELLO

«Tom Morello persiste et signe dans sa volonté de fusionner des genres musicaux a priori bien éloignés. Saluons des deux mains cette démarche audacieuse qui fait du bien aux esgourdes.»

12 titres
Rock
Durée: 43 min 15 mn
Sortie le 03/12/2021
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Sorti mi-octobre dernier, « The Atlas Underground Fire », la deuxième escapade en solitaire de Tom Morello s’inscrivait dans la continuité de son ainé « The Atlas Underground » publié en 2018. Moins de deux mois plus tard, l’ex-Rage Against The Machine en remet déjà une troisième couche avec … « The Atlas Underground Flood ».

Si le « Fire » (NdT : Feu) cède sa place au « Flood » (NdT : l’inondation), l’esprit collaboratif demeure le cœur du skeud. Comme précédemment, le natif de Harlem a enregistré ses idées de guitares dans son téléphone puis les à envoyer aux différents lascars avec lesquels il avait envie de collaborer. A nouveau aussi, le six-cordiste a œuvré avec un parterre d’artistes / producteurs / instrumentistes évoluant dans des styles parfois aux antipodes les uns des autres.

Dixit le maitre ès manche de Prophets of Rage, son disque a été pensé avec l’idée que « l'intention artistique l'emporterait sur le genre ». Si parfois on peut reprocher à certains zicos de rester un peu trop dans leurs zones de « conforts » et leurs styles de prédilections, reconnaissons ici les prises de risques de l’ancien guitariste d’Audioslave qui cherche à faire tomber les barrières musicales.

Plusieurs des chocs tectoniques proposés ici fonctionnent vraiment bien. Sous ses airs de jam flamenco, l’association avec le duo de duettistes mexicains Rodrigo Y Gabriela est superbe ('Warrior Spirit'). Dans un autre registre, faire s’acoquiner l’Americana folkeux Nathaniel Rateliff et les rappeurs Jim Jones et Chipotle Joe pour télescoper le blues et le hip-hop s’avère payant (le politisé 'Hard Times'). Bien qu’un peu trop répétitif, le partenariat avec les pourfendeurs de riffs Kirk Hammett de Metallica & Alex Lifeson de Rush affublés du bidouilleur de sons électro Dr. Fresch n’est pas dégueulasse non plus ('I Have Seen The Way'). On peut en dire de même pour l’errance folk avec X Ambassadors (la douceur 'You’ll Get Yours') et l’alliance blues rock avec Ben Harper ('Raising Hell').

Le lien entre ces différentes pistes - d’approches variées - reste évidemment le jeu de grattes (toujours aussi identifiable) du gars Morello. Il y a des effets et/ou gimmicks qui ne trompent pas (l’entrainant 'Human' guidé par le chant « vocodé » de Barns Courtney). Malgré tout, on se perd parfois devant certains grands écarts. Passer du punk noise-rock ('The Bachelor' avec Idles) à l’expérimental ('Parallels' centré sur la voix déformée de Jim James de My Morning Jacket) en bifurquant par le folk pop rock « aux accroches faciles » ('The Lost Cause' avec Manchester Orchestra, 'The Maze' avec le pianiste Andrew McMahon) peut décontenancer. Suivant sa fibre personnelle, on trouve cela excellent ou au contraire on l’oublie bien vite.

Car, pour être honnête, quelques-unes de ces liaisons dangereuses tombent à plat. Les idées créatives et les interventions de notre guitar hero (si bien jouées soient-elles) ne peuvent pas tout sauver (la rencontre la techno vs. nu-métal 'Ride At Dawn' avec BreakCode). Par instants, on doute de la présence de l’ex-RATM tant il est « presque trop » discret (l’ambient 'A Radical In The Family' avec le DJ néerlandais San Holo).

Avec cette troisième salve d’alliances artistiques impies, Tom Morello persiste et signe dans sa volonté de fusionner des genres musicaux a priori bien éloignés. Malgré deux-trois choses dispensables, ce « The Atlas Underground Flood » a le mérite de faire bouger les lignes. Saluons des deux mains cette démarche audacieuse qui fait du bien aux esgourdes.