The Atlas Underground Fire
Fred H
Journaliste

TOM MORELLO

«Tom Morello récidive dans sa volonté de faire tomber les barrières entre les genres musicaux. Si vous appréciez les expérimentations, ce « The Atlas Underground Fire » est fait pour vous.»

12 titres
Rock
Durée: 45 min 56 mn
Sortie le 15/10/2021
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Depuis trente piges, entre ses combos passés (Rage Against The Machine, Audioslave), ses projets actifs (The Nightwatchman, Street Sweeper Social Club, Prophets of Rage), ses collaborations multiples (Bruce Springsteen, The Pretty Reckless, …), et ses engagements politiques, on peut dire que Tom Morello ne connait pas vraiment la fonction « Pause ». Du coup, quand en mars 2020, le monde entier s’est retrouvé presque à l’arrêt pour cause de pandémie de coronavirus, le six-cordiste s’est vu stoppé dans ses élans. « Vraiment déprimant » comme il le dit lui-même.

Quoi qu’il en soit, alors qu’il était en train de lire une interview de Kanye West (gloups ?!), qui se vantait d’avoir enregistré les voix de ses deux derniers méfaits sur le mémo vocal de son téléphone, l’ex-guitariste de RATM a eu une révélation. Dixit l’intéressé « Si c’est assez bon pour des voix, je peux peut-être enregistrer des riffs de guitare sur mon téléphone ». Alors, sa gratte en mains, Tom a enclenché le mode « Enregistrement » de son phone posé près de lui et a ainsi capté tout un tas d’idées de compos. Ne restait plus alors qu’à envoyer ce matériel aux différents musiciens avec lesquels il souhaitait s’accoquiner. Notre guitariste avoue d’ailleurs être fier de cette « communauté de collaborateurs qui, au milieu d’une période très stressante, a été une formidable bouée de sauvetage et un moyen de créer ».

Bref, trois piges tout pile après son expérimental « The Atlas Underground », le natif de Harlem revient avec … « The Atlas Underground Fire » (il ne s’est pas foulé le garçon). A l’instar de son plus récent effort en solo, les personnes contactées viennent d’horizons aux antipodes les uns des autres. Le résultat de ces liaisons dangereuses est donc très diversifié. Comme précédemment, il y a du très bon et du plus dispensable. Globalement, on évolue dans un mélange d’alternative rock, d’électro hip-hop, et de quelques autres trucs « en décalage » du reste.

Pour ce qui est du plus intéressant, citons l’explosive association avec Bring Me The Horizon (le sauvage 'Let’s Get The Party Started'), l’apocalyptique fusion avec Mike Posner (le sombre 'Naraka'), ou bien encore l’errance en terres country en compagnie de Christopher Stapleton (le mélancolique 'The War Inside'). Le vagabondage atmosphérique avec le duo de Phantogram ('Driving to Texas') est également très bon.

En ce qui concerne la reprise d’Ac/dc (l’incontournable 'Highway to Hell'), goupillée en triplette avec Springsteen et Eddie Vedder de Pearl Jam, elle n’est pas dégueulasse non plus (notons qu’une version plus « classique » a été jouée à plusieurs occasions par ce même trio lors de la tournée du « Boss » en 2014). Même si cette revisite n’atteint pas le statut d’hymne de l’original, il faut saluer cette tentative d’essayer d’apporter un autre regard sur ce standard du Rock et de la bande à Angus Young.

Le lien entre toutes ces pistes reste bien évidement le toucher de six-cordes si reconnaissable de mister Morello. Certains gimmicks musicaux ne trompent pas (cf. les riffs de l’intro instru 'Harlem Hellfighter' ou ceux du 'Save Our Souls' avec Dennis Lyxzén, le chanteur des hardcoreux de Refused). S’il faut reconnaitre que cette faculté à changer de styles est impressionnante, ces grands écarts occasionnent aussi un manque de cohérence générale. Passer du rap funk rock ('Hold The Line' avec grandson), au reggae hop ('The Achilles List' avec Damian Marley, fils de la légende Bob), en passant par la dark pop ('Night Witch' avec la popeuse phem), peut clairement désarçonner son auditoire, voire le faire fuir.

Pour le moins réussi, on n’épiloguera pas sur l’ennuyeux assemblage-bidouillage bass Dubstep commis avec Protohype ('Charmed I’m Sure'), tout comme l’interminable (8 minutes) partenariat techno perpétré avec la DJ Sama’ Abdulhadi ('On The Shore Of Eternity'). La présence sur ce disque de celle qu’on surnomme Skywalker n’est certainement pas un hasard (d’aucuns diront même un acte militant de la part de Tom). Pour mémoire, fin décembre 2020, la musicienne palestinienne avait été arrêtée par la police pour avoir donné un set sur un site archéologique et religieux en Cisjordanie occupée (lieu présumé de la tombe du prophète Moïse).

Comme son ainé, par sa très/trop grande diversité, cet opus ne plaira pas à tout le monde. Tom Morello récidive dans sa volonté de faire tomber les barrières entre les genres musicaux. Maintenant que vous êtes prévenus, si vous appréciez les expérimentations, ce « The Atlas Underground Fire » est fait pour vous.