TESTAMENT
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Thrash Metal
Chroniques

Brotherhood Of The Snake
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

TESTAMENT

10 titres
Thrash Metal
Durée: 45 mn
Sortie le 28/10/2016
5790 vues
Testament sort son 11ème album en octobre.

Rendez-vous compte, alors que nous avons souvent tendance à situer les plus anciens groupes de Thrash par rapport au fameux « Big Four M.M.S.A.», force est de constater que ces dernières années, d'autres anciens monstres « moins » sacrés sont toujours bien là.

Avec 30 ans d'ancienneté, Testament reste une solide légende vivante de la scène.

Je ne puis cacher l'admiration que je porte au combo Californien tant elle m'apparaît légitime pour quelques bonnes raisons :

- En plein essor du Thrash, un bon succès récolté par un dur labeur régulier et des albums très respectables («  The Legacy », 1987 et « The New Order », 1988 et surtout, un album de référence sorti en 1989: « Practice What You Preach»  ;

- Une présence continue malgré de nombreux changements de line-up (Figurez-vous qu'un passionné, via Wikipedia, a réalisé un superbe graphique reprenant ces changements sur une ligne du temps) ;

- Une lutte de tous les instants à l'époque où l'intérêt pour le Thrash semblait s'essouffler (entre un début des années 90 plus difficile pour deux albums qui ont récolté moins de succès malgré la présence d'une certaine qualité « The ritual » et « Low » jusqu'à la création en 1999 de l’œuvre ultime de Testament, « The Gathering », véritable chef d'oeuvre anthologique (Au patrimoine de l'UNESCO Metal) ;

- Le fait d'oser l'expérimentation selon l'humeur du moment : Alors que les puristes du Thrash ne comprirent pas trop le sens de l'album « Demonic » résolument orienté Death (Pour ma part, amateur de Death, j'estime que cet album était excellent, il s'écoute encore aisément à cette époque) ;

- De manière transversale, l'abnégation de certains membres qui, malgré bien des épreuves difficiles traversées, auront contribué à ce que Testament vive toujours et soit toujours bien présent dans la grande chapelle mondiale du culte du Thrash metal.

Le problème pour Testament vient surtout du haut degré d'exigence de ses fans.
Accoucher d'un chef d'oeuvre vous place dans le statut particulier de vous enfermer dans une sorte d'obligation de résultat, non pas similaire, mais à visée de transcendance.
Or, peut-on faire mieux que mieux ?

Ceci implique notamment que le dernier album en date « Dark Roots of Earth » (2012) a fait l'objet d'un sentiment mitigé dans la presse spécialisée Franco-Belge.
Si cette galette était reconnue, à la grande majorité des chroniqueurs de l'époque, comme étant un bon album, se posait ce sempiternel reproche de ne plus offrir une œuvre du niveau de « The Gathering ». D'autres encore étaient moins emballés par les morceaux plus tendres.

A quoi nous attendre cette fois ?

Autant être clair, c'est un solide line-up qui a pondu ce « Brotherhood Of The Snake » :
- Nous retrouvons ce cher Chuck Billy au chant (rassurez-vous amis puristes, il ne tente plus de growler cette fois) ;
- Aux guitares, le vénérable créateur Eric Peterson et Alex Skolnick (19 ans de fidélité au groupe tout de même!!!) ;
- A la basse, le retour de Steve DiGiogio, 8 ans de gratte testimoniale ;
- Derrière les fûts, Gene Hoglan, justifiant déjà 6 ans de loyaux services à Testament ;

L'expérience est là et tout est réuni pour s'attendre à un digne moment musical.

Fonçons à la découverte de ce « nouveau Testament » !!!

Après plusieurs écoutes, je souhaite mettre en évidence 4 superbes morceaux qui sont pétulants, riches en rythmique et assez travaillés dans la technicité :

- Le titre éponyme de l'album qui regorge de dynamisme tout en vous prenant au cou, ne lâchant rien ;

- « Seven Seals » qui brille d'un alliage de type Death mélodique tout en gardant la belle racine Thrashy. Ça vous remue les fesses. Les vétérans penseront au superbe album de Grip Inc. « Nemesis » ;

- « Neptune's Spear » qui a tout d'un hit significatif et facilement mémorisable. Le refrain est superbe et le jeu de basse vient avec brio se poser, avec grand soin dans cet ensemble déjà bien riche dans des riffs fortement mélodiques. Tuerie !!!;

- « The Number Game » qui est magistral tant il atteint l'excellence. Prenant de bout en bout, mettant à l'honneur tous les instruments en parfaite osmose. Ce tube est planétaire.

Chuck nous offre un chant engagé et versé dans les plus beaux timbres de James Hetfield à l'époque du légendaire Black album.
Rien à reprocher, il est là, occupe bien l'espace sonore dans les règles de l'art.

Nous trouvons des morceaux excellents assez orientés vers le grand Rock n'Roll bien puissant qui se voit boosté par un solide thrash assez épique :

- « The Pale King » montre ces facettes spécifiques qui impliqueront que l'ensemble musical hybride a abouti à une très jolie forme de richesse (Il y a des solis succulents) ;

- « Born in A Rut » qui se permet d'aller caresser le niveau de feu Pantera de la plus belle époque – Le tempo est superbement bien calibré et évolutif dans le refrain. Superbe explosion ;

- « Stronghold » qui vous replonge dans le bon Thrash des années 80, qui risque fort de tuer lors des tournées à venir. Ce morceau percute chez vous un aspect motivationnel;

-  « Centuries Of Suffering » va dans cette direction mais brillera quant à lui sur le fond de guitares plus typé mélo Death qui apporte une douce mélancolie qui s'efface vite par les vives relances thrashisées;

- « Black Jack » va surprendre sur le jeu de batterie qui glisse subrepticement des petits coups bien Death et ça fait foutrement plaisir. C'est rythmé, entraînant et correct.;

- « Canna Business » plonge dans le classicisme, c'est un morceau correct mais qui ne me touchera pas autant que les autres.

Je réalise avoir passé de très agréables moments d'écoute.
C'est un peu comme si Testament avait composé une synthèse musicale du Tharsh mélo Death.
C'est vivifiant, hyper plaisant.

En conclusion, Testament offre un nouvel opus qui décape fortement les neurones et prend, à mon sens, essentiellement deux directions :

- La présence d'un très bon jeu Heavy Thrash qui retourne aux racines du genre tout en gardant le mordant qui semble s'étioler chez certains groupes du Big Four ;

- La découverte d'un superbe riffing technique partant parfois dans le Death mélodique qui nous montre une autre facette évolutive du band et ma foi, c'est du pur bonheur car cela consolide le pont créé avec la modernité.

Pour ces raisons, nous trouvons un album à grande cohérence globale vu que la cuvée nouvelle écarte l'intégration de morceaux plus slowesques ou, encore, les expérimentations lyriques qui n'accrocheraient pas les aficionados du true Thrash.

« Brotherhood Of The Snake » est un très bon album qui n'a pas pour ambition de rechercher le statut de grand « chef d'oeuvre », mais qui va déjà bien plus loin que le bon « Drak Roots of Earth ».

L'excellence nous est offerte et il nous appartient de dépasser nos préjugés de goûts pour apprécier à la juste mesure la haute qualité du travail réalisé.

Le mot clé me venant à l'esprit pour résumer l'évolution actuelle, c'est « Réactivité ».
Vous en évaluerez vite son haut degré.

Je salue aussi le travail soigné de l'artwork Cover réalisé par Eliran Kantor, père de la magnifique pochette celtique de « Dark Roots of Earth ».

Les membres de Testament nous montrent clairement qu' ils ne sont pas prêts de rédiger le leur.

Respects.

Morbid Domi (Août 2016)