TENGGER CAVALRY
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Melodic Death/Folk Metal

Cian Bi
Enora
Journaliste

TENGGER CAVALRY

«« Cian Bi », un album qui prouve que le groupe n'a rien perdu de son identité ni de la force de ses morceaux, toujours écrits avec soin et chargés en émotions»

15 titres
Melodic Death/Folk Metal
Durée: 45 mn
Sortie le 23/02/2018
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Qu'il est dur de chroniquer un album en sachant que le groupe qui en est à l'origine a annoncé sa séparation… Mais c'est pourtant bien la tâche à laquelle je vais m'atteler en vous présentant « Cian Bi », la dernière création de Tengger Cavalry.

Ce nouvel, et malheureusement dernier album, s'ouvre avec l'introduction intitulée « And Darkness Continues ». Ce court morceau instrumental est d'abord mélancolique puis de plus en plus angoissant et sombre. Quelques notes de piano accompagnent les cordes, lentes et menaçantes. Une rythmique se met également en place en fond, avant de gagner en présence. Avec le titre éponyme, on retrouve une chanson plus proche de ce à quoi Tengger Cavalry nous a habitué au cours de ces albums et on renoue avec les inspirations mongoles de leurs morceaux. La voix est monotone et lancinante et la technique de chant rappelle des groupes comme Ego Fall pour ne citer qu'eux. Le contraste entre la partie chantée, froide et distante, et la ligne musicale, chargée et profonde, permet de couvrir de larges horizons musicaux et de déployer une fresque en perpétuelle évolution. Assez étrangement, le morceau touche à des styles et des atmosphères très différentes, ce qui nous perd un peu par moment. « Our Ancestors » est un morceau plus trépidant et galopant dans lequel on sent la richesse des influences musicales du leader du groupe. Les techniques de chant sont variées et répondent à la guitare plus agressive. Une folie et une fougue presque mystiques semblent s'être emparées de Tengger Cavalry alors que s'élèvent les premières notes de « Strength ». Malgré son apparence calme et lancinante, la ligne musicale se révèle démoniaque et hypnotique. La voix se fait plus envoûtante au fur et à mesure que le temps défile, jusqu'à ce qu'on se laisse totalement tomber dans la léthargie à laquelle nous sommes invités.

Changement radical de ton avec « Chasing My Horse » où des voix graves se mêlent avant d'être remplacées par un instrument à cordes. Ce calme apparent n'est cependant qu'une façade car une rythmique tressautante sous-tend l'ensemble. Peu à peu, la guitare électrique semble s'émanciper et trouver sa propose route mélodique. Il s'agit finalement plus d'un interlude musical qui introduit « Electric Shaman », un titre dont la rythmique apparaît lentement, ce qui ne rend que plus palpable l'aspect spirituel de la chanson qui se dévoile de façon dansante et évanescente, comme une fumée. Le morceau suivant, « Ride Into Grave And Glory » est présenté comme la suite de « War Horse », de l'album « Sunesu Cavalry » qui date de 2012. La voix grave et parlée résonne comme les paroles d'un chef de guerre appelant son clan au combat et exhortant ses guerriers au courage. La chanson n'est pas menaçante mais plutôt rassurante, témoignant de la confiance absolue du chef en sa troupe. Il me semble que ce titre a été très critiqué puisque Tengger Cavalry empruntait à l'univers des Indiens d'Amérique du Nord, mais j'avoue ne pas comprendre en quoi il s'agit d'un problème. Le groupe a toujours mis en avant l'importance de la diversité des cultures dans le Nomadic Metal qu'il propose, et il s'agit plutôt d'un choix intéressant et original, d'autant plus que la chanson est réussie selon moi. « Redefine » reprend un peu les mêmes codes mais le ton est bien plus agressif et lourd.

Assez bizarrement, je trouve presque quelque chose de Gothic au morceau « A Drop Of The Blood, A Leap Of The Faith ». Peut être est-ce à cause de la voix parlée, ou bien de la composition orientalisante extrêmement mélodique, ou encore des voix quasi-fantomatiques qui apparaissent par moment. Quoi qu'il en soit, la chanson se démarque vraiment du reste de l'album et apporte une touche d'originalité et d'expérimentation réussie qui n'est pas négligeable ! « The Old War » retranscrit à la perfection la brutalité parfois artistique de la guerre que l'on contemplerait comme un tableau en se laissant guider par le chant clair ainsi que la composition instrumentale, très délicate. On poursuit dans la continuité la plus parfaite avec « One Tribe, Beyond Any Nation » qui prend cependant peu à peu une direction plus agressive, sans pour autant renoncer au chant clair qui apporte toujours une touche de douceur. Le mélange d'instruments traditionnels et électriques est toujours aussi bien maîtrisé par le groupe, ce qui lui permet d'assurer un solide background musical. A première vue, « Just Forgive » pourrait simplement être un morceau flirtant avec la Pop de manière douteuse mais Tengger Cavalry réinvente presque ici ce qu'on pourrait qualifier de Nomadic Ambiant Rock avec ce titre que je vous recommande.

Avec « One-Track Mind », Tengger Cavalry nous surprend encore une fois tant l'écart est grand entre les paroles susurrées par la voix et la ligne musicale, bien qu'une tension et une colère sous-jacentes nourrissent l'ensemble. Une harmonie étrange et plutôt inattendue se met en place autour de ce morceau à côté duquel on aurait presque pu passer. Si vous suivez un peu le groupe, « You And I, Under The Same Sky » ne devrait pas vous être inconnue puisqu'une lyric vidéo était sortie le 23 février, date de sortie de l'album. Le groupe revient vers des morceaux plus traditionnels, comme au début de l'album avec une chanson tantôt lancinante, tantôt entraînante et à la rythmique presque dansante. La voix ne cesse d'invoquer et de répéter des formules et la partie instrumentale occupe finalement la première place, usant librement de cet avantage pour proposer des passages aussi orientalisant que plus classiques. Et « Cian Bi » s'achève avec « Sitting In Circle », un très court titre, apaisant et doux, simple mais pas bâclé musicalement.

Après une écoute attentive de cet album, je ne comprends pas vraiment ce qui a poussé un certain nombre de personnes à en dire du mal mais je suppose que c'est une question de goût personnel. Pour moi, sans être le meilleur album du Tengger Cavalry, « Cian Bi » montre que le groupe n'a rien perdu de son identité ni de la force de ses morceaux, toujours écrits avec soin. La mélodicité tout autant que l'émotion sont des composantes essentielles pour ce groupe qui sait le mettre en valeur avec ce nouvel album.