ATRAMENTUS
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Funeral Doom Metal

Stygian
Julien Pingenot
Journaliste

ATRAMENTUS

«Avec "Stygian", Atramentus nous donne à écouter un grand album de Funeral Doom à la richesse musicale immense !»

3 titres
Funeral Doom Metal
Durée: 44 mn
Sortie le 21/08/2020
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Formé durant une nuit d'hiver de 2012, Atramentus nous délivre enfin son « Stygian ». Album de Funeral Doom épique / Dark Ambient, nous comptant l'histoire d'un chevalier qui fut témoin de la fin de son monde, de tout ce qu'il connaissait et qui est maintenant impuissant face aux horreurs qui se déploient devant lui. Atramentus rassemble les membres d'excellentes formations québecoises telles Funebrarum, First Fragment, Gevurah ou encore Chthe'ilist (d'ailleurs je suis tellement impatient pour le prochain album!).

« Stygian » est un album ambitieux, avec une histoire intéressante et originale, et qui se donne les moyens pour rendre son album mémorable. En effet, la pochette est signée Mariusz Lewandowski à qui ont doit la pochette du dernier Bell Witch mais aussi du dernier Atlantean Kodex. Si je pouvais résumer rapidement le style de Lewandowski, ce serai sa capacité à peindre des paysages aux dimensions cyclopéenne où l'homme est écrasé par le spectacle infernal dont il est le témoin. Et pour « Stygian », Lewandowski n'a pas dérogé à sa règle et nous donne à admirer une parade dantesque ravageant tout sur son passage.

L'album s'organise en trois actes que sont les trois morceaux de l'album. Au long de ses trois morceaux, le groupe nous dépeins une fresque monumentale et très immersive. En effet, grâce à la durée des morceaux (16 min pour « Stygian I » et 23 min pour « Stygian III »), le groupe se donne le temps de développer son univers musical et rendre palpable l'histoire qui nous est comptée. Par ailleurs, de part la durée de ces derniers, ma première peur était de perdre le fil du morceau et commencer à trouver le tout redondant mais au final, c'est exactement le contraire et pour moi c'est une des très grande force de cet album. En effet, sur « Stygian », les morceaux sont d'une immense richesse et témoignent d'une grande intelligence de composition. Cette richesse se traduit par l'incursion de divers éléments tout au long de notre périple qui viennent, d'une part renforcer l'atmosphère de l'album mais aussi rendre les morceaux très agréable à suivre. Ces éléments vont de chœurs (s'apparentant à des chants grégoriens), qui selon moi illustre à merveille la parade infernale visible sur la pochette. Ou encore les petits sons de cloches au début de « Stygian I » ou cette espèce d'orgue en arrière plan venant renforcer le côté funèbre et solennel des morceaux.

Pour revenir sur les chœurs, ils sont une véritable réussite. En effet, ce sont ces éléments qui m'ont convaincu de me plonger dans cet album quand le label 20 Buck Spin à partager le premier extrait de « Stygian I ». Ces chœurs sont d'une puissance phénoménale quand ils se font entendre, la musique devient encore plus étouffante qu'auparavant et la désolation ressentie ne se fait que plus grande et intense. C'est notamment sur « Stygian III » que la chorale infernale se fait des plus menaçante.

A parler de voix, il faut aussi mentionner le travail phénoménal de Phil Tougas au chant (d'ailleurs il opère chez Chthe'ilist, d'ailleurs allez écouter Chthe'ilist !!) . C'est simple, ses vocaux n'ont plus rien d'humain. Il arrive à rendre ses growl véritablement monstrueux, comme si quelque chose de purulent / suintant nous vociférait des horreurs en pleine face. Pour faire une comparaison, les vocaux de Tougas peuvent être rapprochés des vocaux Antti Boman, légendaire frontman du non moins légendaire Demilich.

Vous commencez à le comprendre, «Stygian » est une immersion intensive dans un monde douloureux. Cette immersion se fait progressivement. Comme l'une des intentions principales d'Atramentus est de nous compter une histoire, l'album s'organise de la sorte et les titres des morceaux font office de chapitres. Avec « Stygian I : From Tumultous Heavens... (Descended Forth The Ceaseless Darkness », le monde nous est présenté dans sa forme la plus brute ; avec « Stygian II: In Ageless Slumber (As I Dream In The Doleful Embrace Of The Howling Black Winds) », nous entrons dans la psyché du chevalier témoin de tout ce spectacle et avec « Stygian III: Perennial Voyage (Across The Perpetual Planes Of Crying Frost & Steel-Eroding Blizzards) », l'horreur est là et est bien décidée à tout détruire tant sur le plan matériel que psychique, que ce soit du chevalier de l'histoire mais aussi notre propre psyché.

D'ailleurs « Stygian III » illustre vraiment bien l'idée d'horreur venant tout détruire. En effet, tout les éléments rencontrés durant le périple sont présents et amplifiés et puis vers la fin du calvaire, le tempo de la musique s'accélère. Si vous avez endurer tout l'album, cette accélération sonne véritablement comme la fin de tout ce que l'on connaît, tout est oppressant, tout s'effondre autour de nous, puis cela ralenti et tout n'est que ruine....

En conclusion, Atramentus réussi un véritable tour de force en proposant un album d'une richesse infinie, grandement inspiré et totalement oppressant. De plus, l'intelligence de composition est telle qu'ils arrivent à rendre chaque moment particulier et marquant, chose ardue dans un style comme le Funeral Doom avec des morceaux aussi long et aussi lents. Bref, je ne peux que recommander cet album, initié ou non, car ce « Stygian » est définitivement un des meilleurs et un des plus ambitieux albums sorti cette année.