Solipsis
Antares Bauglir
Journaliste

PUREST OF PAIN

«Un premier opus prometteur pour la bande de Merel Bechtold. Des musiciens en grande forme, mais un album un peu redondant, dont certains morceaux peinent à se démarquer. »

14 titres
Melodic Death Metal/Metalcore/Deathcore
Durée: 47 mn
Sortie le 01/03/2018
5272 vues
AUTOPRODUCTION
Purest of Pain existe depuis 2008, mais « Solipsis » (auto produit via une campagne Indiegogo) est leur tout premier album studio, malgré un EP sorti en 2011, « Visions of Obscurity ».
Cette attente peut s'expliquer aisément, puisque ce groupe a été formé par Merel Bechtold, guitariste qui officie également avec Delain et MaYaN (depuis 2014).

La hollandaise s'est associée à Jesper de Kruyff (chant), Michael van Eck (guitare rythmique), Frank van Leeuwen (basse) et Joey de Boer (batterie). L'album a été masterisé par Jens Bogren (Soilwork, Arch Enemy, Opeth, Amon Amarth, Dark Tranquility pour ne citer qu'eux), détail important pour la suite de ma chronique.

Néanmoins, le groupe s'est déjà fait remarquer sur scène, en enchaînant plusieurs concerts et en gagnant le Dutch Wacken Metal Battle en 2014, leur donnant droit à un ticket pour jouer sur une des scènes du mythique festival allemand.

Attention ! Bien loin du métal symphonique classique de Delain et de MaYaN, Purest Of Pain s'attache à produire un death mélodique technique de bonne facture, malgré quelques bémols dont je parlerais plus en détail.

La première chose qui frappe est la qualité musicale. Nous avons ici affaire à d'excellents musiciens. Mention spéciale à Merel Bechtold qui nous prouve encore une fois sa maîtrise de la sept cordes (notamment un très bon solo sur « Trial Error », entre autres ! ), tout en délicatesse et modestie.

Cet album est un concentré d'agressivité contrebalancé par des mélodies fines, bien techniques, mais parfois un peu redondantes et manquant d'originalité, comme avec « The Crown Of Worms », « E.M.D.R » ou encore « Noctambulist » (malgré un sacré début).
Il faut dire que cette galette comprend 14 titres d'une durée moyenne de 3:30, ce qui peut paraître peu, mais qui permet surtout de mettre en évidence le manque de morceaux qui se détachent du lot. Il y en a quelques uns, dont ma pépite personnelle, « The Solipsist », mais l'impression globale qui ressort de l'écoute est le manque de prise de risque, qui peut se comprendre pour un premier album.

Voyons plus en détail quelques titres.

Cet album s'ouvre sur un court morceau intitulé « The Pragmatic ». Le chant hurlé se superpose parfaitement avec les paroles parlées et se fond dans les sons mélodiques et complexes de Purest Of Pain, rappelant certaines productions récentes de Gojira. Une belle entrée en matière.

La dissonance se fait entendre dès le début de « The Vessel », avec un rythme lourd et rapide. Le refrain laisse la place à une guitare plaintive, tout en gardant cette sensation caverneuse, avec quelques passages plus lumineux, donnant une aura mystérieuse à l'ensemble, que l'on retrouve d'ailleurs tout au long de l'album.

« Momentum » est un titre sorti en 2013 où chacun prouve sa dextérité. Le rythme est rapide et enlevé et le chant toujours aussi colérique. Le solo est ma foi très bon, donnant une respiration au morceau, une parenthèse aérienne bienvenue.
La composition du titre est très variée, assez complexe, mais bien pondérée, ce qui le rend très intéressant, alternant rapidité, passages plus techniques, plus aériens, ou au contraire plus agressifs. Un vrai titre de single, fait pour montrer le groupe sous son meilleur jour et ça fonctionne !

« Tidebreaker » est un poil redondant, mais Merel Bechtold se lâche complètement, prouvant une fois de plus ses talents de guitariste. Le son est dissonant et complexe tout en restant assez death. Le refrain sonne très hypnotique grâce aux guitares. Je n'aurais pas grand chose à ajouter sur le solo, si ce n'est qu'il est d'une propreté impeccable, comme d'habitude.

« Trial Error » débute de manière très agressive et rapide, avec une batterie bien saccadée. Le refrain permet de respirer un grand coup pour repartir de plus belle, notamment sur un solo parfait. Le pont est un peu trop mélodique à mon goût et je dois dire que malgré un début prometteur, la fin est un peu décevante.

Passons à « Terra Nil », ou enfin (!), nous avons quelques variation du chant, avec un passage parlé. Néanmoins, ce titre rappelle tout de même beaucoup le boulot d'Insomnium. Le groove est bon, le refrain est bien tourné et sonne large, avec une vague de calme bienvenue en milieu de morceau, suivis d'un intermède instrumental rythmé et addictif.

Début ultra efficace pour « Noctambulist », qui fait l'effet d'une grosse claque. « Wake up ! » hurle le chanteur, à ce moment de l'album où effectivement, on s'endort un peu. Les couplets sont un peu trop déjà entendus, suivit d'une grosse respiration, à la mesure de la grosse baffe du début, très aérienne et calme, avec le texte simplement dit. La puissance refait surface avec quelques riffs bien metalcore et deux trois breakdowns timides par-ci par-là. Dans l'ensemble, c'est dommage.

« E.M.D.R. » est un titre lumineux et technique, avec une pointe de metalcore. Pas franchement original, très déjà entendu, mais assez efficace, même si je ne suis pas vraiment emballée.

Titre un peu plus dark, « Phantom Limb » est un peu répétitif, de même que la voix. Malgré tout, le refrain est jouissif et bien méchant. Cette agressivité tombe cependant à point nommé, car l'album commence à être un poil long et redondant. Le solo lumineux perce à travers cette épaisse couche de sons agressifs, pour un très beau rendu. Et inutile de dire qu'il est d'un très bon niveau, je pense que vous avez saisi !

Puis arrive la pépite. « I am a universe from its inception to the hearse ! » hurle Jesper de Kruyff (et il a bien raison). Dissonant, agressif, méchant, dark mais très beau, grâce à une mélodie négative teinté de pessimisme, voici « The Solipsist ». Le morceau débute par une très belle intro de Merel Bechtold, suivi par des musiciens au top, rien à redire de ce côté là. Le refrain est lumineux et plein d'espoir, contrecarré par des passages plus rythmiques et bien lourdingues. Affreux, propre et méchant en quelque sorte, mais diablement efficace. A voir en live, mais je prédit une longue vie à cette pièce !

Arpèges très simples, le calme après la tempête, tel est le dernier morceau sobrement intitulé « The End ». La mélodie est enivrante mais triste et empreinte de nostalgie, noyée ensuite sous une vague de guitares lourdes et saturées, soutenues par la batterie. Le tout se fond en échos très éthérés et de plus en plus lointains. Une belle manière de clore ce « Solipsis ».

Mais alors, est-ce un bon album ? Ma foi oui, je trouve, surtout sur les morceaux les plus pessimistes (« The Solipsist », « Phantom Limb » et « Momentum » en tête). Est-ce un bon album de death mélodique ? Je nuancerais le propos, car il est vrai que les influences à la Dark Tranquility (dont beaucoup d'albums sont issus des doigts de fée de Jens Bogren, si vous voyez ou je veux en venir) ou encore Insomnium sont très (trop ?) présentes, sans parler des quelques notes discrètes à la Opeth, époque « Blackwater Park », notamment sur « Truth-Seeker ». Encore une fois, une petite prise de risque aurait été apprécié pour cet album un peu trop systématique. Mais c'est premier opus, ne jugeons pas trop vite.

Il y a de plus cette impression tenace que tout y est, mais qu'il manque un petit quelque chose, d'ou ma note. Une petite étincelle qui ferait la différence et propulserait les hollandais bien haut. Peut être faudrait-il pousser plus loin ce côté technique pour quelque chose d'un peu plus prog (« Truth-Seeker », ou « Tidebreaker ») ? Ou bien aller chercher du côté des atmosphères négatives et aériennes tels que « Phantom Limb », « The End » ou « The Solipsist » ? Tout est encore possible !

Comme dit précédemment, nul besoin de s'étendre sur le niveau musical, qui est très bon. Quelques variations dans le chant auraient été appréciées cependant, qui malgré les hurlements, reste un peu figé, à la manière de celui de Johan Hegg, qui convient parfaitement au registre martial d'Amon Amarth, mais qui empèche un peu la magie d'opérer pour Purest Of Pain.

Il en ressort donc que Purest Of Pain a un sacré potentiel. Espérons que cet opus leur permettra de gagner en assurance et en originalité et d'affuter ce style personnel qui ressort timidement de ce « Solipsis ».
PUREST OF PAIN
Plus d'infos sur PUREST OF PAIN
Melodic Death Metal/Metalcore/Deathcore