Solennial
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

ALUNAH

«« Solennial » s'avère au final un album extrêmement planant, se démarquant des standards du stoner Doom pour emprunter des voies plus spirituelles et vous relier au Divin.»

8 titres
Doom/Stoner Metal
Durée: 43 mn
Sortie le 17/03/2017
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Ce qui est merveilleux dans l'univers du métal, c'est d'avoir la chance de découvrir des groupes qui se démarquent fortement des standards habituels.
C'est le cas d'Alunah (Ex Aluna) qui nous vient d'Angleterre, nous offrant son 4ème opus, et officiant toujours dans un registre Doom Stoner presque psychédélique.
Vous me direz que le Doom Stoner a déjà été plus que largement exploré et qu'il semble donc bien ardu d'apporter une once d'originalité vu la conjoncture scénique de ce sous-genre.

Je tenais aussi à préciser que je possède une totale aversion pour le Stoner qui symbolise la pleine antinomie de mes valeurs de sage homme. C'est dire les qualités qu'il faudrait à un groupe de ce genre pour qu'il puisse me toucher, et plus encore, pour qu'il puisse éveiller un sentiment positif en mon être profond.
Pourtant, du haut de ses 9 ans d'expérience, Alunah est parvenu à éveiller tout mon intérêt.

Leur nouvel album est tout simplement génial.
Comment se l'expliquer ?
Il suffit de poser les oreilles sur l'oeuvre pour le comprendre...

Dès l'introduction « The Dying Soil », nous découvrons un univers léthargique extraordinaire qui se voit consolidé par une chanteuse d'un autre monde. Le timbre vocal de Sophie Day relève d'une autre sphère. Elle parvient à enrichir la musique apaisante sans y placer d'émotion.
Elle surplombe l'ensemble, occupant une dimension éthérée. Ses notes nous parviennent du monde supra sensible.

S'enchaîne « Light of Winter » qui possède un riffing puissant, loin des explorations techniques mais qui touchent là où il convient.
Par son style particulier, David Day nous emmène vraiment dans la quintessence du Doom. Le jeu de basse de Dan Burchmore est gras à souhait, c'est lourd, prégnant. Une chape d'angoisse vous tombe sur le plexus solaire. Votre conscience est interpellée par la voix presque divine de Sophie.
Jake Mason apporte un soutien de batterie qui se veut dynamisant, histoire de vous garder bien en vie.

« Feast of Torches » nous garde dans cette atmosphère méta-dimensionnelle. Le mouvement s'accélère dans la première minute, nous replongeant dans la majesté d'un bon « Black Sabbath » mais sans volonté d'en plagier le brio. Leur évolution fait l'objet d'une fluidité naturelle et harmonieuse.
Dans le chant, un accompagnement masculin apparaît, se démarquant d'une seconde ligne à tendance mélodique.
Ce canon est d'une froideur cadavérique que ne renierait pas un pur fan de Black métal.
Pour notre plus grand bonheur, le morceau dure plus de 7 minutes. On en redemande.

La 4ème piste, « The Reckoning of Time », démarre dans un chaos rythmique de très bon aloi pour nous faire ré atterrir dans une ambiance plus paisible, guidée par des riffings pausés et éparses, amenant un sentiment de bien-être. La guitare prend quelques libertés dans des soli maîtrisés.
Sophie illumine l'ensemble, offrant une sorte de centralité dans la masse organique. Comment ne pas être envoûté sur une telle perle musicale ?

Sur « Fire of Thornborough Henge », Alunah, dès ses premières notes, parvient à nous rendre quasiment sous dépendance de sa substance musicale. La profondeur reste de mise. Le tempo est langoureux à souhait.

Justement, en matière de slow tempo, « Petrichor », 6ème piste va encore plus loin, nous offrant une véritable quiétude. Le chant reste toujours aussi détaché. La frappe de Jake nous hypnotise littéralement.

Sur « Lugh's Assembly », celui qui doutait encore d'un lien divin, peut lever le voile du scepticisme tant l'hommage à ce Dieu celtique, père de la création et spécialiste de la communication, s'impose à nous. Nous comprenons que les notes vocales de Sophie ne relèvent pas du chant mais constituent des psalmodies incantatoires. A 4'30, le morceau prend encore en altitude presque spatiale. La guitare vous retire toute agressivité naturelle pour vous immerger dans la sérénité.

L'album se clôture sur une reprise des cultissimes « The Cure », Alunah s'attaque à « A Forest », parvenant à le sublimer dans cet univers Doomesque qu'il maîtrise parfaitement. S'il peut s'avérer être sacrilège que de reprendre des morceaux musicaux historiques, force est de constater que dans le cas présent, nos Anglais apportent leur propre griffe, transformant totalement la matrice originelle. L'esprit gothique reste bien présent malgré cette customisation.
Surprenant mais ô combien sympathique.

« Solennial » s'avère au final un album extrêmement planant, se démarquant des standards du stoner Doom pour emprunter des voies plus spirituelles et vous relier au Divin. Il y a, par-delà ce travail artistique, l'apport de vertus curatives issues des sources de vieilles pratiques magiques celtiques.
C'est à un très beau voyage que vous invite Alunah.

Morbid Domi (Mars 2017)


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