Sola Gratia
Fred H
Journaliste

NEAL MORSE

«Neal Morse fait du Neal Morse et le réalise ici plutôt très bien»

14 titres
Rock Progressif
Durée: 65 min 47 mn
Sortie le 11/09/2020
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Neal Morse est notoirement connu pour être un bourreau de travail (« workaholic » comme on dit chez nos amis anglo-saxons). Entre ses contributions multiples ici et là, ses supergroupes Transatlantic et Flying Colors, ses productions de musiques chrétiennes, sa kyrielle de livraisons pour son Inner Circle Fan Club, son trio éponyme avec le batteur Mike Portnoy et le bassiste Randy George, son band et ses propres opus en solo, on peut aisément dire que le monsieur est hyper prolifique.

L’ex-Spock's Beard a profité de ce confinement forcé pour composer son neuvième effort en solo. L’américain a contacté ses potes et collaborateurs de longue date Mike Portnoy, Randy George, Eric Gillette, Bill Hubauer et Gideon Klein. A l’annonce des protagonistes, on se retrouve avec les membres du Neal Morse Band. Du coup, pourquoi donc cette œuvre ne porte-t-elle pas ce nom collectif ? Et bien mon cousin, tout simplement, parce que Neal a tout écrit (paroles et musiques) et les autres zicos n’ont faits « qu’interpréter » et enregistrer leurs parties respectives (à distance et dans leurs studios personnels, pandémie Covid-19 oblige) suivant les démos du chef.

Ce « Sola Gratia » (principe théologique traduisible par « Par la grâce seule ») fait évidemment écho à l’album de 2007 « Sola Scriptura », sur la vie de Martin Luther (théologien allemand, initiateur du protestantisme et réformateur de l'Église). Le californien a choisi de consacré son nouveau disque à Paul de Tarse alias saint Paul (Juif et citoyen romain de naissance qui après avoir d’abord persécuté les disciples de Jésus se revendiquera par la suite apôtre de ce dernier). A l’instar de plusieurs galettes précédentes (« One », « Lead Me Lord », « Christian Gospel Temple Choir », …), cette offrande 2020 est elle aussi centrée sur le christianisme et peut/pourra donc en rebuter certains. Plusieurs chansons ('Ballyhoo (The Chosen Ones)', 'Building A Wall') auraient d’ailleurs très bien pu rentrer dans le récent « Jesus Christ : The Exorcist » de 2019.

La « patte » du bonhomme se reconnait rapidement avec ses explorations rock progressives denses et intenses. Les idées foisonnement tout au long de ce concept album de 66 minutes (on a entendu notre américain faire bien plus étendu). Entre le bref prélude acoustique ouvreur ('Preface'), le court intermède instru ('Sola Intermezzo') et les morceaux plus longs et épiques (6 min pour plusieurs plages et dépassant même les 9 min 30 dans un cas), on peut dire que ça fuse sévère. Les joutes instrumentales sont multiples et ahurissantes ('Overture'). La maîtrise de tous nos lascars est impressionnante (qui a dit insolente ?). Omniprésent (chant, grattes et claviers), Morse sait y faire avec des mélodies (parfois) simples mais terriblement efficaces (l’entrainant 'In The Name Of The Lord', la magnifique ballade 'Overflow' et sa chorale hypnotique de voix féminines).

De manière assez fine, le natif de Van Nuys relie ses deux « Sola … » en reprenant des motifs issus du premier pour les reconduire sur ce second (le flamboyant 'Never Change'). Au milieu de tous ces changements de rythmes, soutenu par une section basse-batterie au cordeau, Neal a incorporé des boucles électroniques ('Seemingly Sincere') - ingrédient relativement inhabituel chez l’étasunien - entre les soli de synthé ou de six cordes (le lumineux 'The Glory Of The Lord').

En conclusion, avec ce « Sola Gratia » bien riche, Neal Morse fait du Neal Morse et le réalise ici plutôt très bien. Sachant qu’il existe cinq solas (comprendre cinq principes sur lesquels repose le salut de l'homme), et que monsieur multi-instrumentiste n’en a – jusqu’à lors – sorti que deux, fort probable que de futures productions sur ces thèmes soient réalisées un jour ou l’autre. Si elles sont de la même qualité que l’objet présent, nul doute qu’on appréciera.