Resilient Heart
Baptman
Journaliste

REECE

«David Reece livre un album tout-en-un destiné à tous les fans de heavy metal...en particulier d'Iron Maiden»

11 titres
Heavy Metal
Durée: 49 mn
Sortie le 09/11/2018
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''Resilient Heart'' est le nouvel album solo du chanteur américain David Reece (ex-Accept, Bonfire), suite directe à ''Compromise'' sorti en 2013. Au programme : du heavy très bien exécuté dans la pure veine des groupes avec lesquels il a joué par le passé mais qui rappelle aussi beaucoup Whitesnake et l'Iron Maiden de la fin des 80s et du début 90s.

Pour ce projet, c'est au Danemark et sous les conseils de son confrère Michael H.Andersen que le chanteur a trouvé ses principaux acolytes en la personne des deux guitaristes danois de Meridian : Marco Angioni et Martin J.Andersen.

Visiblement, la collaboration a très bien fonctionné si l'on en croit les éloges que Reece a à faire à ses collègues et à la maison de disque derrière Resilient Heart, Mighty Music, fondée par Michael Andersen qui a produit l'album.

En effet, musicalement, le résultat est au rendez-vous. On a affaire à un bon album de heavy metal qui a le bon goût de mêler les morceaux bien efficaces et rock comme le single 'Anytime At All' aux morceaux aux éléments plus progressifs et originaux tels que 'Perfect Apocalypse' ou 'I Don't Know Why', qui feront plaisir aux admirateurs de la Vierge de Fer période ''Somewhere In Time'', ''Seventh Son of a Seventh Son'' ou ''No Prayer for the Dying''. C'est agréable de voir plusieurs interprétations du genre explorées dans un même album, même si du point de vue de votre serviteur, ce sont surtout les influences des Wrathchildren qui prédominent : dans la façon de chanter, dans les solos de guitare doublés...et même dans le jeu de basse. Vous retrouverez d'ailleurs dans le texte qui va suivre une sélection de synonymes et périphrases pour désigner le groupe en question, une façon pour votre serviteur de ne pas trop se répéter.

Telle est la prétention parfaitement assumée de ''Resilient Heart'' : être l'album qui satisfera tous les fans de heavy metal. Et David Reece sait de quoi il parle. Actif dans la scène depuis ses débuts en 1980, le chanteur est surtout connu pour avoir rejoint Accept le temps d'un album : ''Eat the Heat'', sorti en 1989, dont il ne fera malheureusement jamais la tournée, celle-ci ayant été finalement annulée et notre frontman remercié dans la foulée. Dommage, car l'affiche avait de quoi faire saliver plus d'un fan de heavy : W.A.S.P, Metal Church et Accept, tout un programme.

Faisons à présent une opération à coeur ouvert du nouvel opus de Reece pour voir ce qu'il nous réserve.

Bien sûr, on a des morceaux à riff, très rock et efficaces comme 'Any Time at All' ou 'Two Coins and a Dead Man', mais on saluera surtout la présence dans la galette de plusieurs titres très bluesy à tempo medium qui sont bienvenus. 'Heart of Stone' qui sonne très Accept par exemple et qui a ce petit déhanché hard rock qui lui donne du charme ou le sautillant 'Wicked City Blues' qui s'appuie sur un contretemps ternaire. Au risque de tomber dans la redondance, on a encore du mal ici à ne pas penser à un sextet britannique au frontman pilote d'avion de ligne.

Un titre sort particulièrement du lot grâce à sa structure et à son orchestration. Il s'agit de 'Live Before You Die' qui aurait très bien pu figurer sur un album de la bande à Steve Harris. L'originalité du titre réside principalement dans ses couplets en groovy en drums and bass parés de nappes de synthé planantes et spatiales ainsi que dans son pont instrumental plus long que ceux du reste de l'album. Un détail étonnant retient notre attention : l'exceptionnelle progressivité du fade-out. Celui-ci met, montre en main, plus d'une minute à faire disparaître le titre dans le silence, un temps qu'on jugera sans doute excessif. Bien que l'effet soit appliqué petit à petit, on se rend compte assez vite que le titre se termine et on se prépare déjà à la suite alors que le titre n'est pas terminé, loin de là. L'ennui est que de ce fait, le solo de guitare final passe un peu inaperçu, un peu comme si le guitariste voyait la lumière s'éteindre progressivement au-dessus de lui. Mais ce détail n'entache en rien la qualité de ce morceau qui mérite que vous y jetiez une oreille et vous efforciez de l'écouter jusqu'au bout, le plus loin que vous pourrez.

Enfin, tout album de heavy ne serait pas un vrai album de heavy sans la fameuse ballade. On la connaît tous cette ballade heavy kitsch au cours de laquelle le guitariste sort son acoustique et sa chaîse de bar et le chanteur cherche à partager avec le public des émotions autres que son amour de la bière et des grosses décapotables. Ce n'est pas un vieux de la vieille tel que David Reece qui va déroger à cette règle ni passer outre ce passage obligé.

Votre serviteur, qui confesse ne pas être un grand fan de ce qu'il considère dans la majorité des cas au mieux comme un moment de répit salutaire pour l'auditeur, judicieusement placé en moitié d'album et en milieu de setlist, au pire comme un moment kitsch et gênant propice à aller se repayer un verre au bar, va tout de même tâcher de faire preuve d'objectivité et de bienveillance en analysant 'Forest Through The Trees', la ballade de l'album. Le morceau réussit à sauver les meubles grâce au piano qui soutient l'intention intimiste du titre, le solo de guitare pas trop démonstratif et le duo acoustique à la fin qui achève le morceau avec une certaine élégance. En revanche, on pourra lui reprocher ses envolées lyriques beaucoup trop téléphonées et surtout sa longueur ! A plus de six minutes au compteur, c'est le titre le plus long de l'album. On pourra légitimement contester la pertinence d'un tel choix alors que Reece avait visiblement des vélléités de flirt avec la bande à Eddy et qu'on aurait pu mettre ce temps au profit d'un deuxième service de passages progressifs, par pure gourmandise.

Tout cela n'empêche pas de constater que David Reece a tenu son engagement. Avec ''Resilient Heart'', il offre la pension complète et la formule entrée-plat-dessert aux fans de heavy. Il y a un peu de tout dans ce disque : des morceaux bien riffés très rock, des refrains bluesy qui donnent envie de taper du pied et hocher de la tête, plusieurs titres très Maidenesques et progressifs bien construits, et, pour ceux qui l'apprécie, la syndicale ballade heavy en version longue. Pour finir, et comme une délicate attention aux détracteurs du son heavy old-school, la production très actuelle et bien vernie viendra judicieusement enrober de son vernis le coeur de l'album.


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