Refractions
Aldo
Journaliste

LOWRIDER

«Putain...Vingt ans...»

6 titres
Stoner
Durée: 41 mn
Sortie le 21/02/2020
1396 vues

Dans la vie, il y a des gens, faut pas les brusquer...au contraire, il faut leur laisser du temps, sinon on les braque, et ils font de la merde.

Pour le coup, avec LOWRIDER, combo suédois qui aime le gras, on tombe sur des champions de la discipline. Parce que vous avouerez franchement que mettre vingt (oui, oui, vous avez bien lu!) ans pour donner un successeur à son premier album, il faut le faire!

Coupables d’un marquant premier édifice, « Ode to Io » en 2000, Peder Bergstrand et sa bande de morveux suédois, avaient commis l’exploit de se hisser au rang de pionniers du mouvement stoner, au même titre que les amerloques précurseurs KYUSS (Les langues fourchues de l’époque les considérant plutôt comme un clone de ces derniers. Laissons-les cracher leur fiel, là n’est pas/plus la question…) .

Exploit, c’est bien le mot, car qui aurait parié que quatre jeunes à peine sortis du lycée, nés et vivant dans un pays plus connu pour ses frimas que pour son soleil de plomb, pourraient nous retourner les neurones à coup de riffs arides aux relents fumeux ?
Bref, les –à l’époque- gamins bluffèrent tout le monde, et on comptait bien sur une transformation en bonne et due forme de ce premier essai plaqué crème sous les poteaux.

Sauf qu’on a attendu, attendu, et puis…rien ! Zéro, nada, peau de zob ! On a eu qu’à se la prendre et se la tordre pendant quinze ans avant que les gaziers ne sortent enfin de leur placard, le temps d’un concert MONSTRUEUX lors du HELLFEST 2014 (votre serviteur en atteste, il y était !), et de distiller à partir de cette même époque, quelques –rares- indices laissant augurer d’un processus créatif en cours…Axel Rose contagieux ? Rigolez pas, même dans la presse on y a pensé ! Tellement évident…

Sauf qu’aujourd’hui, ça y est, on tue, non pas le cochon, mais le suspense, car le tant attendu second opus des graisseux scandinaves s’annonce enfin. Et forcément, après la claquasse du précédent, les attentes sont, disons un tantinet élevées.

Rassurons de suite l'auditoire : dès l’introduction –pas brutale, on laisse l’auditeur s’installer, prendre ses repères, pépouze- c'est un peu comme si on rechaussait ses pantoufles préférées, celles dans lesquelles on est forcément TRES BIEN. Le genre de piège dans lequel on est content de tomber, et – plus grave- dont on n’a VRAIMENT pas envie de sortir. Vicieux…

Au fil des six titres, LOWRIDER égrène sa science du riff, celui qui vous fait petit à petit hocher inévitablement de la tête (oui, voilà : comme le toutou sur la plage arrière de ta bagnole) avec le sourire aux lèvres (ou la langue pendante, comme le toutou sur la pl…bref!). Que ce soit sur un shuffle plutôt dansant (Ol’Mule Pepe, groovy !) ou une pulsation lente, hypnotique, organique qui vous emmène à l’autre bout de la galaxie (Pipe Rider, magistrale pièce de plus de 11 minutes qui clôt l’album, et ravira les fans de MONKEY 3), les suédois développent les motifs rythmiques sans jamais lasser l’auditeur. Sitôt installée la boucle de base qui assied le morceau, on ajoute petit à petit une tournerie gavée de fuzz par-ci, un solo à la wha par là…on saupoudre de Fender Rhodes, on verse un soupçon d’orgue Hammond…que du vintage et du naturel ! Le chant est rare, mais judicieusement placé. Le son est paradoxalement lourd (cette fuzz tellement chimique et gluante, ces basses…) ET éthéré (la réverb omniprésente sur les sons clairs, le delay, les nappes d’orgues…) à la fois. On est dans ce que le Stoner peut offrir de plus essentiel, dans son expression la plus pure. Chacune des briques de l’édifice est à la bonne place. On se laisse délicieusement happer par le truc, c’est de l’ordre de la transe chamanique à ce niveau, y’a pas à chier !

Dès la première écoute terminée, on pardonne les suédois d’avoir pris leur temps pour pondre cette pépite. A la limite, on plaide la relaxe, car ils ont, en artisans qui se respectent, distillé et laissé vieillir –en fûts de chêne, ça va de soi- un élixir d’exception, qu’on s’empresse de reprendre en appuyant à nouveau –et immanquablement- sur la touche « play » ou en remettant le saphir au bord de la galette de vinyl, selon le format choisi. Prévenez votre entourage, vous risquez de ne pas en revenir !