Réalité Diminuée
Chozo Tull
Journaliste

MIXIMETRY

«Miximetry sort un premier album acéré et incisif, et nous rappelle que le rock en France n'est peut-être pas mort.»

12 titres
Rock
Durée: 44 mn
Sortie le 28/09/2018
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Miximetry est une jeune formation française qui officie dans un rock moderne et remuant. Leur premier album, Réalité Diminuée, sort cette semaine chez M&O Music - et il s'agit comme son titre l'indique d'un portrait cynique et sans concessions du monde d'aujourd'hui.

Commençons par une bonne nouvelle, et ce qui sera pour certains le plus important : le son est bon. Les guitares sonnent acérées et précises et la batterie est incisive, ce qui tient à la fois au mixage et aux compositions : Miximetry pose des riffs qui lorgnent vers l'asymétrie et l'irrégularité, ce qui leur permet de sonner moderne malgré leur affiliation claire à un rock français au temps maintenant révolu - une idée qui revient souvent dans les textes. Ce que cela veut dire musicalement, c'est que Miximetry paye ses dettes à Noir Désir et un peu aussi à Damien Saez, tout en sachant imposer leur patte sonore.
Autre bon point, si la formation sait sonner de manière singulière et imposer son identité, elle sait également varier les rythmes et les timbres juste ce qu'il faut pour ne pas lasser - l'intro de ''D'Entre Nous'' convoque quelque chose de plus électronique et des guitares compressées presque Van Halen, les hi hats presque trap de ''PyroMan Noir'' (l'un des meilleurs morceaux de la galette, au passage), jusqu'aux accords maniaco-dépressifs de ''Saveur Réglisse'' (dont on reparlera plus tard ...)

Ce qui va diviser les auditeurs de Réalité Diminuée, c'est bien plus les paroles que les compositions. Il y a plusieurs points qui gênent à l'écoute. En premier lieu, le lyrisme naïf qui fait pas mal penser à Nicola Sirkis et sa poésie adolescente (le refrain de ''Un Jour'' et son ''partirons-nous ce soir ?'', le refrain de ''Des Mots'', la rime entre ''étoiles'' et ''à poil'' de ''D'Entre Nous''). Evidemment le groupe paye un peu le fait de chanter en français - sans l'anglais et son cachet facile, les défauts des textes apparaissent plus immédiatement. Ensuite, Miximetry fait parfois des choix d'écriture franchement discutables : les rimes sont souvent pauvres (toi/toi, un autre classique du petit Nicola) ou donnent l'impression de sortir au forceps. Le groupe donne vraiment l'impression de se prendre au sérieux mais tombe dans plusieurs lieux communs, un peu comme le titre du CD le laissait penser - ''Réalité" se veut croquis brûlant de la télé-réalité, mais ne rajoute rien de neuf dans le débat. Le ''Alors on sort en boîte tous les samedis soirs'' répété dans le refrain de ''Pinocchio'' rappelle furieusement le ''Jeunes et cons'' de Saez, et là encore, Miximetry sonne plus comme une chambre d'écho. Parfois le manque d'originalité est clairement assumé, comme ''Un Jour'', pastiche sympathique de ''L'Homme Pressé" de Noir Désir, ''je suis loin, très loin'' rappelle le ''moi je suis riche, très riche'', et le ''je suis une comète humaine universelle'' est présent en filigrane dans le phrasé de ''l'équation universelle''. Oui, on chipote, tant pis. A noter que le morceau doit avoir pas mal de succès en live avec sa montée en puissance finale. C'est du déjà vu, mais c'est bien fait.
Par contre, parfois ça ne veut rien dire : ''ils consomment la musique avant de l'écouter'', on comprend évidemment ce que ça veut dire (on ne prend plus le temps d'écouter la musique, qui est devenu un produit de consommation comme un autre), mais ça n'a objectivement aucun sens ! On passera sur l'antagonisation gratuite de l'auditeur dans le même morceau, ''Egaux Trip'' (''où est donc passé votre sens critique / d'ordinaire il ne se fait pas prier'') - et c'est dommage parce que le début du morceau est plutot bien écrit, drôle et offbeat !

Parfois le groupe flirte avec le mauvais goût avec un peu trop d'insistance : ''Saveur Réglisse'' n'est ni plus ni moins qu'une description d'un viol domestique. Bon. Evidemment on dira qu'il s'agit d'une critique du personnage qui profère les paroles, que la compo caricaturale de bonne humeur force le trait, que c'est du second degré, etc. etc. Ouais. Le sujet est quand même bien touchy et pas particulièrement bien traité. Dans un autre genre, ''Filles du Calvaire'' traite de l'attentat du Bataclan, mais aussi (on suppose) de sa récupération politique, de la violence partout dans le monde ... Un large sujet pour un petit morceau. On touche là pour le coup à quelque chose de très personnel : si vous êtes le genre d'auditeur que ce genre de chose ne dérange pas, foncez. Pour contrebalancer tout ça, il est à noter que le morceau ''Liberté" contient un passage touchant et efficace en Wolof chanté par Sahad Saar. Une belle décision qui rend le morceau beaucoup plus percutant - cela fait du bien pour une fois d'entendre la voix de l'oppressé et non une (semi)caricature de l'oppresseur.

Il suffit de rappeler que tous ces défauts (qui seront bien inconséquents aux yeux et aux oreilles de certains) apparaissent dans des chansons efficaces et remuantes, et la boucle est bouclée. Si vous êtes à la recherche d'un bon album de rock français et que vous êtes peu regardant sur les textes, il y aura peu d'albums cet automne qui sauront vous satisfaire comme Réalité Diminuée.