PUSCIFER
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Rock Alternatif

Existential Reckoning
Fred H
Journaliste

PUSCIFER

«Usant et abusant de sonorités électro et décalées, l’œuvre peut décontenancer voire rebuter. Malgré tout, délectez-vous du dernier né de Puscifer. La vérité est ailleurs.»

12 titres
Rock Alternatif
Durée: 61 min 04 mn
Sortie le 30/10/2020
1246 vues
BMG (R)
Entre les albums TRES espacées de ses deux combos phares Tool et A Perfect Circle, le vocaliste Maynard James Keenan s’amuse avec son autre bébé Puscifer (un « terrain de jeu pour les différentes voix dans sa tête » dixit l’intéressé). Depuis 2003, l’américain (et la petite bande qui l’accompagne à chaque fois) a déjà commis trois skeuds studios (« V is for Vagina », « Conditions of My Parole » et « Money Shot » respectivement parus en 2007, 2011 et 2015), une rondelle live, plusieurs disques de Remix et une bonne pelletée de singles et d’EPs. Bien actif notre monsieur.

Pour ce quatrième méfait baptisé « Existential Reckoning », Maynard et ses fidèles comparses (l’auteure-interprète britannique Carina Round et le producteur-ingé’ son Mat Mitchell) proposent un concept album quelque peu barré. Dans les grandes lignes (cf. le courrier promo sous forme d’un document top secret déclassifié accompagnant la sortie de l’opus), trois agents spéciaux (comprendre le trio cité plus haut) ont reçus à l'été 2016 un étrange appel d’une certaine Hildy Berger, épouse de Billy D. Alors qu'a priori il ne transportait rien d'autre qu'une bouteille de vin et une mystérieuse mallette, ledit garçon (que les fans connaissent car déjà présent sur la seconde offrande de 2011) aurait disparu sans laisser de trace quelque part dans le sud-ouest des États-Unis. Les rumeurs du dark web évoquant un probable enlèvement par des extraterrestres, les méthodes d’investigations traditionnelles pour retrouver le lascar ne paraissaient pas la meilleure option. Nos enquêteurs ont alors jugés que « le seul moyen de localiser le sujet était de construire des ponts entre l'intuition et la technologie, les mathématiques et la passion, l'art et l'ordre, et l'espoir et la preuve ». Bizarre tout ça.

Musicalement, la clique donne dans l’électro avec une omniprésence d’équipements et d’arrangements allant clairement dans cette direction. Les accents rock alternatif de la dernière livraison en date ont été délaissés. Les trois maitres penseurs ont préférer orienter leur opus sur des atmosphères électroniques délicates pour ne pas dire feutrées ou les nombreuses mélodies sont reines (l’accrocheur 'Bullet Train To Iowa').

Les adeptes de boucles (l’enjoué 'Postulous'), de machines (le désarticulé 'Theorem' et ses licks de guitare étirés), de samples, de fioritures diverses (le dansant bien que dérangeant 'Apocalyptical'), d'effets stéréo multiples, de chiptune (sons synthétisés en temps réel créés par ordinateur ou puce de console de jeu), vont être aux anges. Agrémenté d’éléments pop et trip-hop, tout ce petit monde se mélange joyeusement. Enfin, mélancoliquement surtout (l’ambiant hypnotique 'Personal Prometheus' uniquement pourvu d’un beat minimaliste). L’ensemble est d’une irréprochable propreté. Le mix entre tous les instruments est équilibré même si parfois les synthés sont mis en avant pour renforcer le côté « synthétisé » voulu pour l’album. Les plus mélomanes noteront par endroits les accointances New Wave avec des Devo, David Bowie et consorts ('A Singularity').

Les interventions de grattes et de basse de Greg Edwards (du groupe Failure) sont assez discrètes mais subtiles. Hormis 2-3 plages où les sons de batterie acoustiques naturels prédominent (l’entraînant 'Upgrade'), les kits de Sarah Jones (membre fondateur de NYPC, ici batteuse principale) et de Gunnar Olsen (collaborateur de Springsteen, Shakira, John Legend et cogneur secondaire sur 2 pistes) sont globalement en retrait par rapport aux différents échantillons et des boîtes à rythmes voire même parfois carrément absents.

Une fois encore, les voix de Maynard et Carina sont au cœur de l’œuvre. Les lignes de chants s’enchevêtrent parfaitement ('Bread And Circus', 'Bedlamite'). Les deux complices se côtoyant artistiquement depuis désormais plusieurs années, la répartition se fait naturellement et ne frustre personne. Le contraste entre une certaine rugosité de la zique et les timbres chaleureux du duo est parfois déstabilisant (l’organique 'Grey Area 5.1').

La personnalité complexe de notre tête pensante est notoire. Son souci (presque obsessionnel) du détail également. Cette œuvre n’échappe pas à la règle avec ces compos finement ciselées et méticuleusement travaillées. De même, dans les différentes formations auxquelles il prête son concours, le sieur Keenan est connu pour pondre des paroles où chaque auditeur peut y faire sa propre interprétation. Ici, outre ses lyrics toujours si personnels ('The Underwhelming' et son refrain accrocheur) et les textes conspirationnistes fantaisistes (thèmes de la rondelle), l’étasunien se fait plus explicite avec des messages politiques sans équivoques ('Fake Affront' et ses « Shut the Fuck Up » (NdT : Ferme ta put*** de gueule) ou encore ses « Extrême droite, extrême gauche, même merde / Vous pouvez laisser tomber le faux affront »).

« Existential Reckoning » est probablement plus sombre et froid que ses prédécesseurs. Usant et abusant de sonorités électro et décalées, l’œuvre peut décontenancer voire rebuter. Malgré tout, avant de vous faire flashouiller-neuralyser façon reprogrammation de mémoire à la Men In Black, délectez-vous du dernier né de Puscifer. La vérité est ailleurs.