GORGUTS
Plus d'infos sur GORGUTS
Technical/Avant-garde Death Metal

Pleiades' Dust
Anibal BERITH
Journaliste

GORGUTS

1 titres
Technical/Avant-garde Death Metal
Durée: 33 mn
Sortie le 13/05/2016
4137 vues
Gorguts fait parti de ces groupes dont seul la prononciation du nom inspire le respect tant les canadiens ont su créer en près de trente ans de carrière un univers sombre et dissonant au travers d'un Death Metal technique et novateur. Fort de cinq albums dont quatre dans la première décennie d'existence, la bande à Luc Lemay, le leader et fondateur charismatique de ce quatuor, revient après trois ans d'absence avec un EP très conceptuel voire expérimental dont le thème abordé raconte l'histoire de la «Maison de la Sagesse» (une bibliothèque basée à Bagdad entre le VIIIème et le XIIIème siècle).

Accompagné du talentueux et extra-terrestre Colin Marston à la basse, Kevin Hufnagel à la seconde guitare et de Patrice Hamelin à la batterie, Lemay nous conte son histoire d'un seul trait de 33 minutes.

Dès les premières notes, on sent que l'on entre dans un monde complexe et torturé. La sonorité des guitares est métallique et le plan indus. créer une atmosphère inquiétante voire effrayante! Rapidement la mélodie se positionne...dissonante, lourde et arborant une certaine puissance bien que tout se met en place progressivement. La basse est particulièrement mise en avant ; il faut dire qu'avec Colin aux commandes, difficile de faire autrement (je vous laisse savourer son génie au service de son autre groupe Dysrhythmia dans lequel nous retrouvons également Kevin Hufnagel à la guitare)!

Au cours de l'écoute, on sent qu'il y a plusieurs chapitres et plutôt que de faire plusieurs pistes, les pages défilent au gré de légers interludes ou changement de rythme suffisamment précis et fins pour basculer d'une page à une autre sans dérouter l'auditeur et l'amener naturellement jusqu'au mot FIN.

C'est ainsi que les premières paroles growlées viennent vous titiller les tympans au bout de près de deux minutes et demi sur une mélodie teintée Black Metal torturé comme on peut l'entendre dans les productions françaises actuelles du genre (Regarde Les Hommes Tomber, Lutece, Maïeutiste...) pour se durcir avec des riffs plus gras et vous faire planer quelques minutes plus tard.

Le calme avant la tempête puisque Gorguts lâchera sa puissance par la violence des blast (beat bien sûr!) de Patrice donnant ainsi dans un Blackened Death Metal du plus bel effet annonçant ainsi la transition vers un nouveau chapitre marqué par un passage acoustique de courte durée.

Bien que la suite sonnera différemment, nos cousins d'outre-atlantique continueront de jouer de dissonance, de blast décalés et de growl caverneux intégrant des plans jazzies et continuer au fil du récit et donc des minutes de monter le niveau de puissance de 'Pleiades' Dust'. Lemay marie à merveille son chant aux parties instrumentales de façon équilibrée apportant à mi-parcours douceur et nouvelle transition avec cet effet "bourdonnement" de guitare à la Sunn O))) pour offrir un plan Funeral Metal dans une ambiance sombre, abyssale même, tellement c'est profond et noir. On peut percevoir la noirceur rien qu'à l'écoute comme lorsque l'on regarde dans un trou noir à la profondeur indéfinissable. Terrifiant...

La dernière partie est plus lourde, plus glauque par le growl plus caverneux, plus Death autour d'une mélodie plus macabre et plus assommante à la Morbid Angel. A la suite du passage à la basse tenant de la démence, tous les instruments sont à leur paroxysme pour offrir quelque chose de fou prenant beaucoup de place tellement l'atmosphère est volumineuse. On croit un court instant remonter à la surface mais il n'en est rien; l'ultime plan au solo dévastateur vous colle le dernier uppercut pour le chaos (ko) final sur une musique désarticulée et stridente n'offrant qu'une seule issue: le néant..........

Cet EP a largement la valeur d'un album de part sa richesse et de tout le savoir-faire technique, musical et artistique que Gorguts a su y mettre dedans. Comme toute oeuvre complexe, il n'est pas aisé de se l'attribuer et au fur et à mesure de l'écoute répétée, il se créer une addiction vous poussant à tout reprendre pour découvrir de nouveaux détails. Deux mots pour qualifier 'Pleiades' Dust': Démentiel et addictif!

Anibal Berith.