Pirates
Baptman
Journaliste

FOREST IN BLOOD

«20 ans après, voici un retour en pleine forme des Forest In Blood, qui passent à l'abordage avec un album super efficace au parfum de rhum et de poudre à canon mêlant morceaux hardcore sans pitié et chansons acoustiques de bar. Aye, aye Captain !»

11 titres
Metal Hardcore
Durée: 37 mn
Sortie le 28/10/2018
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AUTOPRODUCTION

Forest in Blood est un groupe à part dans la scène trash hardcore française ne serait-ce que par son destin croisé avec celui de la France en Coupe du Monde de Football, jugez plutôt : 1998 : naissance du groupe et 2018 : grand retour avec ''Pirates''. Coïncidence ?

A l'image des hors-la-loi des mers dont ils se sont inspirés pour leur dernier opus, les Forest in Blood ont une histoire faite à la fois d'ordre et de chaos : une saga faite de succès scéniques et critiques mais aussi de pauses, de remaniements d'équipage, d'un album prévu à la dernière minute et enregistré en un temps record. Mais une histoire toujours placée sous le signe de l'authenticité et marquée par une efficacité et une rigueur d'exécution remarquables. Les flibustiers du hardcore portent aujourd'hui plus haut et plus fièrement que jamais leur drapeau de pirates modernes, porteurs d'un contre-pouvoir musical venu frapper la scène métal.

Petite retrospective avant de rentrer dans le vif du sujet.

Forest In Blood, c'est une recette énergique à base de brutal hardcore : trash à la Slayer, mosh-parts fracassantes à la Hatebreed, 100 Demons ou Irate avec, pour le dernier album une bonne dose de rhum et de poudre à canon.

Lancés par un premier split-CD en 2000 dont ils partagent les plages avec Cry Havoc, les forbans enchaîneront une série de concerts qui les placera à la proue de la scène hardcore parisienne avant d'aller voguer aux quatre coins de l'Hexagone. Un an plus tard, les voilà programmés dans de nombreux festivals à l'étranger, partageant l'affiche avec Madball, Length of Time, Liar etc. Ils seront aussi le premier groupe de hardcore français à être exporté en Pologne, qui depuis redemandera régulièrement sa dose de sang et de cervicales broyées.

Profitant de ces vents favorables, Forest In Blood sortira son premier CD dans la foulée : ''What a Wonderful World''(2003), qui les amènera à tirer le sabre d'abordage aux côtés de Napalm Death, Anthrax et d'autres encore.

En 2005, une partie du groupe se consacre à un nouveau projet : Apocalypse Now, ce qui marque une pause dans le parcours de Forest In Blood. Deux albums verront le jour sous cette formation sortis chez GSR Music.

Enfin, 20 ans après, les revoilà. Mais à l'époque sans projet d'album en tête, juste deux concerts anniversaires prévus à Rennes et à Paris. Elie, le frontman, raconte que c'est sur la route, dans le bus, que lui et ses compagnons d'armes parmi lesquels deux nouveaux arrivants, Pierre à la basse et Nash à la batterie, amis du groupe depuis longtemps, ont finalement décidé de repasser à l'abordage avec ce qui allait devenir ''Pirates''.

Composer un album concept était une nouveauté pour Forest In Blood. Harvey explique que le thème de la piraterie leur est venu assez vite, en bonne partie parce que tous s'identifiaient aux forbans des sept mers. Ce concept a guidé leur écriture dès le départ. On le se ressent clairement à l'écoute car l'ambiance piraterie a été soigneusement développée musicalement et dans les textes, sans toutefois outrepasser les frontières de leur style musical d'expression.

Par souci d'authenticité et pour aller au-delà des stéréotypes véhiculés par les films et la culture populaire, Elie s'est en effet lancé dans des études approfondies de la piraterie. Il nous livre en interview et dans l'album plusieurs de ses découvertes, en particulier l'étonnant ordre qui régnait parmi les équipages des plus grands pirates comme Bartholomew Roberts, auteur du code de lois qui porte son nom. Ces lois comprenaient plusieurs interdictions strictes comme la prohibition des jeux d'argent ou l'interdiction des duels à mort mais comprenait aussi beaucoup de droits et de mesures, la plupart étonnamment progressistes pour l'époque comme une redistribution équitable des richesses, la possibilité de transmettre un héritage à sa descendance et le mariage homosexuel. C'est de cet ensemble de lois dont il est question dans le morceau 'The Code'.

En ce qui concerne la musique, Harvey explique que les thèmes maritimes et de la piraterie ont naturellement influencé le choix des rythmiques, en particulier sur l'intro 'Seul au Large', qui évoque le roulis d'une mer déchaînée par un soir de tempête.

Surprise bienvenue, plusieurs morceaux acoustiques et semi-acoustiques aux tonalités nostalgiques viennent pertinemment compléter le tableau et donner un aspect authentique à l'album en jouant de manière plus ou moins marquée selon les titres dans le registre de la chanson de bar. Citons la sombre instrumentale 'Calme et tempêtes' qui commence par une succession d'accords en tension à la guitare acoustique sur fond de bruitages aquatiques avant d'exploser dans une tempête riffesque. Ou encore 'No Redemption' plus calme avec ses effets de flanger sur les cymbales, sa caisse claire en rim-shot et sa 6-cordes acoustique. 'James' avec sa mélodie aux tonalités irlandaises n'est pas en reste et est un clin d'oeil humoristique à la chanson de pirate (attendez de comprendre qui est ce James dont le personnage parle).

Ces morceaux acoustiques n'ont pour l'instant pas vocation à être joués live...mais Elie avec un sourire nous confie que si Forest In Blood joue au Hellfest, cela pourrait être amené à changer. Si des programmateurs lisent cette chronique, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

Bien sûr, ''Pirates'' ne serait pas un album de Forest In Blood sans une bonne dose de morceaux hardcore efficaces, et de ce côté-là, le butin est assez riche. 'My Dues', pour ne citer que lui, vous jette sans ménagement dans la plus féroce des batailles. 'Path of the Dead' avec ses voix-off installe une ambiance aussi énergique que morbide.

Tout au long du disque, on a affaire à un groupe au mieux de sa forme : ''Pirates'' est un retour fracassant pour Forest In Blood.

La performance est d'autant plus remarquable que l'album a été composé et enregistré en un temps record, en l'espace de quelques semaines seulement, le groupe s'étant proposé le défi de l'avoir terminé pour le 29 octobre, date de leur dernier concert à Paris au Gibus. Le cap était fixé dès le départ.

Forest In Blood jettera l'ancre le 23 février à Viry-Châtillon pour un show qui s'annonce aussi énergique que leur grand retour. On a hâte de passer à l'abordage avec eux, un verre de rhum et/ou une chope de bière à la main.

Retrouvez l'interview de Forest In Blood sur United Rock Nations ICI : www.unitedrocknations.com/interviews-for.......0

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