MASTER BOOT RECORD
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Synthwave / Chiptune Instrumental
Chroniques

Personal Computer
Julie Legrand
Journaliste

MASTER BOOT RECORD

« Le ''hacker de la musique'' sort un album qui fusionne les genres du Death et de la 8-bit. Un mélange détonant qui mérite une attention toute particulière ! »

10 titres
Synthwave / Chiptune Instrumental
Durée: 64 mn
Sortie le 13/05/2022
692 vues

La musique assistée par ordinateur est devenue courante et elle se glisse à merveille dans bien des genres et sous-genres des productions actuelles. Dans le cadre du metal, l’utilisation des instruments synthétisés est banalisée, mais les enregistrements sont avant réalisés grâce à des instruments physiques. Il est donc temps de changer la donne en vous présentant un album réalisé à 100 % sur un ordinateur : ‘’Personal Computer’’ de Master Boot Record.
Au programme, des productions à la sauce 8-bit qui vont ravir les nostalgiques et une orchestration numérique bien pensée via des morceaux intensément ornés et entraînants. Entrons sans plus attendre au cœur de ce ‘piratage musical’ qui mélange des genres pourtant disparates !

Le technologue, auteur et compositeur Victor Love mérite que l’on s’attarde sur son parcours quelques instants avant de pénétrer au cœur de son projet. Il s’est formé et a travaillé dans la technologie au sein de différentes entreprises informatiques, en commençant tout d’abord par l’entreprise familiale. En s’intéressant aux logiciels, l’intérêt pour la musique d'origine synthétique lui est venu. En effet, les logiciels piratés comportaient souvent des astuces musicales intelligentes appelées "cracktros", soit de courtes pièces que les hackers/crackers ajoutaient. Une scène s'est naturellement formée autour de cette pratique nommée ‘'Demoscene'’. Le projet Master Boot Record est donc né des prédilections technologiques de Love qui se sont exprimées en musique.

Depuis le début, la créativité a toujours été le moteur du compositeur. Il nous présente ici le 8ème album, continuité de ‘’Floppy Disk Overdrive ‘’sorti en 2020.
Il faut savoir que ‘’Personal Computer’’ a été conçu et écrit durant des événements diffusés en direct sur YouTube. Les chansons ont ensuite été peaufinées en dehors du live. Les sessions d'écriture de chansons ont commencé fin 2020 et se sont achevées près d'un an plus tard. ‘’Je diffuse en direct depuis mon bureau", explique Love. "Quand j'ai assez de matériel pour regrouper un album, je le termine et le prépare pour la sortie. Donc, c'est un processus continu d'écriture de chansons. Mon approche est familière à moi et à mon public, et j'aime vraiment travailler dans un environnement interactif.’’. Ce qui est impressionnant, c’est qu’il part de ‘’peu’’ : il dispose d’un ordinateur, d’une carte audio, de quelques moniteurs et de bons écouteurs et c’est grâce à ce ‘’simple’’ matériel que naissent ses musiques.
Vous l’aurez compris, le processus de composition ne repose sur aucun instrument physique. Se considérant comme un ‘’hacker dans le domaine de la musique", il prend plaisir à contourner ses frontières et ses limites pour réaliser quelque chose de nouveau et d’amélioré à la sauce 8-bit.
Les productions sont axées Death/Thrash. Le son y est dynamique, chaleureux et une profondeur musicale donne un véritable volume aux morceaux. Les sons principaux ne sont pas durs et pleins de hautes fréquences, ils sont au contraire doux et détendus, laissant ainsi la place aux guitares synthé MIDIs. Aucune parole ne vient interrompre l’esthétique mécanique et artificielle de ces paysages audio nettement rétro. De plus, outre les inspirations metal, d’autres genres viennent se greffer : ‘’En ce qui concerne ce que j'écoute, c'est toujours la même chose - [du] classique (en particulier Beethoven et Bach) et du Thrash/Death à la musique chiptune et crack intro/keygen. J'écoute aussi de la musique de jeu rétro. Donc, d'une certaine manière, le point de départ est toujours le même.’’.

L’écoute a été assez insolite étant donné que je ne suis pas coutumière de ce genre, si ce n’est lorsque je rallume une vieille console pour jouer à l’un des nombreux jeux qui a marqué mon enfance. Je vous propose donc un top 3 tiré de la néophyte que je suis :
3. ‘80386SX’ (5ème morceau) : Une belle mélodie se crée tandis que nos oreilles accusent des riffs lourds et sans pitié. Le rythme y est entraînant cependant des passages plus lents et fortement saturés prennent place rappelant du bon doom à l’état pur ;
2. ‘80586 (9ème morceau) : des riffs lourds se superposent par dessus une batterie et un synthé affirmés. Le rythme évolue sans cesse et l’ambiance aussi, passant d’un air optimiste à un air plus sombre et froid. La compo n’est pas sans rappeler le quatuor classique que l’on retrouve dans le metal en général.
1. ‘80186’ (deuxième morceau) : L’introduction au ‘clavecin’ suivi d’un bon Death crée deux univers opposés au sein un même morceau. La mélodie au clavier qui orne le tout crée un lien entre ces parties qui n’ont pourtant rien à voir entre-elles. De plus, nous pouvons y savourer un rythme de jeu difficilement réalisable chez l’Homme.

A travers ‘’Personal Computer’’, le fantôme du 8-bit continue d'innover en nous étonnant sans cesse. Le metal électronique n’en est encore qu’à ses balbutiements pourtant rien n’arrête la passion du compositeur qui a produit de nombreux morceaux et en produira encore d'autres jusqu’à ce qu’un nouvel album puisse voir le jour. Il est sûr que l’opus ne plaira pas forcément à toute la sphère metal nonobstant, je vous invite à l’écouter, il vous ouvrira potentiellement les portes à un nouveau genre malheureusement peu connu pour le moment.