Chroniques
Sonder
2018

P O R T A L S
Fred H
Journaliste

TESSERACT

«Best Of Live (sans public) bien réfléchi et de qualité pour patienter en attendant la parution d’un futur cinquième opus studio»

14 titres
Métal
Durée: 101 min 25 mn
Sortie le 27/08/2021
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Covid-19 oblige, l’année 2020 restera une année à part pour les musiciens. Privés de tournées et d’auditoires, les combos ont dû s’adapter et trouver des solutions pour faire et/ou partager leur zique.

En ce qui le concerne, le groupe TesseracT a choisi l’option des Livestream. D’abord, mi-mai 2020, tous confinés dans leurs domiciles respectifs (et dans différents pays), les cinq zicos ont proposé une première et courte session live baptisée « Live In The Lockdown ». Quelques mois plus tard (et c’est ce qui nous intéresse présentement), le 12 Décembre pour être précis, la formation originaire de Milton Keynes à décider de voir plus grand en diffusant en direct et en ligne un show de deux heures intitulé « P O R T A L S ». Dixit le bassiste Amos Williams (qui a eu l’idée de ce projet) « c’est une célébration de notre amour du spectacle. Chaque acte est une image fixe d'une personnalité musicale en constante évolution ».

Divisé donc en cinq parties (respectivement nommées « Beginnings », « All And Everywhere At Once », « Traveller Choose Your Way », « Always In Motion », et « Ouroboros »), le gig est entrecoupé d’interventions cinématographiques introduisant lesdits différents chapitres. Ce concert, sans public pour cause de pandémie, a nécessité plusieurs semaines de préparation. Capté aux studios Liteup à Fareham, en Angleterre, le tournage s’est déroulé sur deux jours (un pour les récits introductifs et un pour la performance en direct). Les moyens ont été mis. Un écran géant, des jeux de lumières conséquents (une couleur différente et dominante pour chacun des volets : bleue, rouge, orange, …), six caméras 4K reliées à autant d’ordinateurs, etc. Bref, le gros truc en somme.

En plus de la difficulté de monter cet événement en pleine période de restrictions et d’isolements, le quintette a dû faire face à un autre écueil avec l’absence du batteur Jay Postones. Résidant à Austin (Texas), compte-tenu des risques pandémiques, ce dernier a fait le choix de ne pas participer physiquement à la représentation (il était cependant bien là en visio tchat pour les questions-réponses avec les fans avant le show). Pour le suppléer, c’est l’ami et compatriote Mike Maylan (Monuments) qui a été appelé à la rescousse. Le gaillard n’a eu que cinq semaines pour apprendre les titres retenus pour le spectacle. Force est de reconnaitre qu’il est au rendez-vous.

De manière assez équitable, la setlist puise dans les quatre albums studio des britanniques parus entre 2011 à 2018 (« One », « Altered State », « Polaris », et « Sonder »). Dès l’ouvreur, une première surprise nous arrive. Le quintet attaque avec une piste (le pavé de près de 14 minutes 'Of Matter – Proxy / Of Matter – Retrospect / Of Matter – Resist') extraite du seul effort (c.à.d. « Altered State ») sans Tompkins derrière le micro (les vocaux étaient alors assurés par Ashe O'Hara). L’hyperactif Daniel (escapades solos, Absent Hearts, Piano, White Moth Black Butterfly) s’approprie tout cela avec aisance. Tout au long des morceaux, grâce à sa large gamme vocale, notre gentleman british alterne mélodies apaisantes ('Dystopia') et cris déchirants. Sa prestation exemplaire et intense donne par instant la chair de poule ('Seven Names' et ses montagnes russes émotionnelles). Malgré la succession de plages relativement longues (le paveton de plus de 18 minutes 'Acceptance - Concealing Fate, Part 1 / Deception – Concealing Fate, Part 2 / The Impossible – Concealing Fate, Part 3'), le gaillard réussit à tenir ses notes sans faillir.

Les bonheurs s’enchaînent. On a le droit aux débuts « live » (sans public certes mais live quand même) de plusieurs compos ('Tourniquet', le torturé 'Beneath My Skin / Mirror Image', le calme 'Orbital'). Des chansons rarement jouées par le cube cosmique sont aussi glissées ici et là ('Eden' absent depuis près d'une décennie).

Musicalement, le djent metal progressif des Anglais (l’oppressant 'Juno', 'Of Mind – Nocturne') est exécuté avec une précision chirurgicale. Entre la basse percussive de Williams et les rythmiques massives des guitaristes Alec Kahney et James Monteith (le lancinant 'King'), c’est carré de chez carré (le bien nommé et envoutant 'Of Energy – Singularity / Of Energy – Embers'). Mention spéciale au travail remarquable perpétré sur le mix et le mastering.

Bien que leur musique reste parfois complexe et difficile à appréhender (nécessitant plusieurs écoutes attentives), les cinq acolytes nous aspirent et transportent ailleurs ('Phoenix' et ses tonalités typées Muse).

TesseracT livre ici une sorte de Best Of Live (sans public) bien réfléchie et de qualité qui ne peut que plaire à ses partisans qui attendent la parution d’un futur cinquième opus studio. Ce « P O R T A L S » offre aux passagers que nous sommes une formidable porte d'entrée vers leur monde musical. Sautez sans crainte dans le portail.