Nothing But The Truth
Fred H
Journaliste

THE PINEAPPLE THIEF

«Un moment de grâce intelligent et classieux à l’image de nos gentlemen. Ça c’est la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.»

14 titres
Metal Progressif
Durée: 91 min 06 mn
Sortie le 22/10/2021
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Pour nos amis musiciens, l’année 2020 (pandémie covid-19 on ne te dit pas merci) restera une période difficile avec des reports de sorties d’albums à foison et des tournées stoppées, reprogrammées voire complètement annulées. Malgré tous ces gros coups de freins, The Pineapple Thief a voulu rester actif. D’abord, bien que confiné chez lui, Bruce Soord, vocaliste-guitariste et tête pensante du groupe, a offert aux fans plusieurs mini sets, en solitaire et en acoustique, en direct de la soupente de son domicile (toutes ces sessions ont été publiées quelques mois plus tard dans le coffret « The Soord Sessions Volumes 1-4 »). Ensuite, le combo a livré sa treizième rondelle studio intitulée « Versions Of The Truth ».

Frustrés de ne pas pouvoir interpréter sur les scènes du globe des titres de son dernier opus, le voleur d’ananas a tout de même voulu gouter au plaisir de (re)jouer tous ensemble dans la même pièce. Ainsi, après plusieurs mois de préparation et de répétitions, les quatre gars ont investi un studio pour capter un gig tel qu’ils auraient dû le faire dans les salles si leurs plans n’étaient pas tomber à l’eau. Baptisé « Nothing But The Truth » (NdT : Rien que la vérité), ce concert « live sans auditoire physique devant eux » diffusé en livestream le 22 avril 2021, sort donc présentement en formats vidéo et audio.

De manière assez évidente, la set list puise surtout dans les trois derniers efforts des anglais respectivement sortis en 2016, 2018 et 2020 (le chef d’œuvre « Your Wilderness », l’excellent « Di§olution », et le vraiment pas dégelasse « Versions of the Truth »). Au rayon des petites (et bonnes) surprises, outre une compo (l’entêtant 'The Swell') jusqu’à lors uniquement disponible en bonus tracks sur la version collector de leur plus récent méfait, nos lascars ont glissé trois chansons de « All the Wars » ('Warm Seas', 'Build A World', 'Someone Pull Me Out') et une piste extraite de « 10 Stories Down » ('Wretched Soul').

Malgré l’absence de public, et finalement avec peu de variations par rapport aux modèles studio qu’on connait, les Britanniques interprètent leurs morceaux avec sobriété. Avec son progressif rock (teinté de pop), en apparence simple et pourtant hyper travaillé, le quatuor caresse nos esgourdes. Difficile de résister à ces ambiances délicates ('Versions Of The Truth' et ses notes de marimba) et empreintes de mélancolie (l’introspectif 'Out Of Line').

Que de ravissements entre les soli de gratte cristallins, les claviers enveloppants de Steve Kitch, et la basse légère et discrète (mais bien présente) de Jon Sykes. Et puis, il y Gavin Harrison. Depuis désormais trois galettes, l’apport et l’influence du batteur de King Crimson (et ex-Porcupine Tree) sur le groupe, les compos, les arrangements, ou sur le son, sont indiscutables. Entre ses coups métronomiques sur sa grosse caisse, sa frappe subtile sur les cymbales (le tout en nuances 'Break It All'), et ses roulements de toms (l’atmosphérique 'White Mist'), tout est maitrisé, juste, chirurgical. Un vrai régal. Les adeptes de l’immersion sonore (tous à vos casques) vont clairement se délecter de tout cela avec l'édition Blu-ray (et ses mix Dolby Atmos et DTS-HD 5.1).

Que de bonheurs aussi à l’écoute de ces mélodies apaisantes ('Threatening War') et ces harmonies vocales obsédantes ('Demons'). Comment résister à ce chant à la fois doux et envoutant de mister Soord ? Qu’est-ce qu’on kiffe ce timbre chaleureux, fragile, et hypnotique (les captivants 'Far Below' et 'Driving Like Maniacs'). Avec une sensibilité à fleur de peau, le natif de Yeovil nous touche au travers de purs et délicieux instants de partages d’émotions (l’addictif 'Our Mire', 'In Exile' et ses « Don’t be afraid to miss me » entêtants).

Alors que leur dernier « vrai » disque avec public (« Hold Your Fire » de 2019) ciblait quasi intégralement la « Dissolution », ce « Nothing But The Truth » se veut plus représentatif des dernières offrandes de TPT. Bien qu’il s’agisse d’un (faux) « live en studio », on tient tout de même là un moment de grâce intelligent et classieux à l’image de nos gentlemen. Ça c’est la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.