NOSOUND
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Post-Rock
Chroniques

Allow Yourself
Chozo Tull
Journaliste

NOSOUND

«Minimaliste et mélancolique, Allow Yourself est un bon album de plus à l'actif de Nosound.»

11 titres
Post-Rock
Durée: 38 mn
Sortie le 21/09/2018
3913 vues

Nosound fait partie de ces artistes emblématiques de Kscope, le label post-progressif très connu pour accueillir Steven Wilson. Nosound est à l'origine le projet de Giancarlo Erra, dont le premier album, Sol29, sort en 2005. Au fil des années, Nosound engrange de l'expérience, des live, se constitue comme une véritable formation et collabore avec d'autres musiciens (notamment Vincent Cavanagh, d'Anathema, qu'on ne présente plus !). Allow Yourself est donc le petit dernier du groupe de Erra, dont les influences se situent résolument du côté des proggeux modernes (Sigur Ros, Radiohead, mais également Brian Eno, qui, admettons-le, était quand même sacrément en avance à l'époque). Que dire de cette galette ?

Allow Yourself est court (38 minutes), mais dense. Comme à son habitude, Giancarlo ne s'éternise pas - les morceaux ne dépassent pas 5 minutes et se situent en moyenne autour des 3:30. Ici, foin des errements grandiloquents des années 70, nous sommes dans un minimalisme mélodique, harmonique et rythmique assez familier aux auditeurs réguliers des sorties kscope, et, il faut le dire, des sorties de Nosound. L'album est méditatif et donne la part belle au piano, (''Miracle'', ''This Night'', ''At Peace'') mais également aux timbres plus expérimentaux et froids de synthétiseurs qui confèrent à Allow Yourself son atmosphère entre post-rock planant et ambient mélancolique. ''This Night'' est un excellent exemple de ce que Nosound nous livre ici : un titre lancinant qui se construit lentement et se termine avec en arrière-plan une plage de sons électroniques vaguement bruitistes, mixés juste comme il faut pour ne pas pencher franchement vers le noise. Même chose dans ''At Peace''. Cela en deviendrait presque un regret : rares sont les morceaux où le groupe décide d'être plus franchement abrasifs. Tout juste a-t'on droit sur ''Don't You Dare'' à des percussions passées par une pédale de distortion - un son fort agréable et une couleur bienvenue, mais qui n'offre jamais de véritable climax. L'intro de la dernière piste, ''Defy'', joue aussi à ce jeu de la juxtaposition d'un piano (qui nous rappelle un peu les accords et les couleurs de ''Collapse The Light Into Earth'' de Porcupine Tree) et de percussions électroniques plus chaotiques qui servent de piste électronique-expérimentale. Alors il y aura ceux qui trouveront ça trop, ou pas assez. En l'état, cela fonctionne, mais il est indéniable que l'effet des éléments les plus expérimentaux du disque est diminué par la relative timidité de la distortion.

Cela ne surprendra pas les connaisseurs de Kscope et de Nosound, mais il n'y a rien ici qui soit vraiment rock. Pour revenir à l'influence de Radiohead évoquée plus haut, nous sommes beaucoup plus proche d'albums comme A Moon-Shaped Pool ou Kid A que de The Bends ou OK Computer. Le seul morceau un petit peu up tempo, ''Ego Drip'', se trouve à la première piste, histoire d'accrocher l'auditeur. Pas de guitares saturées mais des synthés et une partie de chant qui donnent au morceau une véritable énergie. Dommage que le groupe de retente pas l'expérience plus tard dans l'album. Les amateurs du genre sauront toutefois certainement apprécier les efforts de Nosound sur Allow Yourself - le timbre de voix lancinant de Giancarlo Erra (très touchant sur ''Growing in Me''), les effets glitchés qui parsèment le disque, et les petites touches qui donnent à chaque morceau sa personnalité (le violoncelle de ''Don't You Dare'' que l'on retrouve également sur ''Saviour'', les petits craquements de vinyle savoureux de ''Miracle'' ...).

Avec ce dernier album, Nosound continue de développer son son et ajoute un bon disque de plus à sa discographie. Allow Yourself est cohérent et souvent efficace, sans jamais vraiment réussir à surprendre.