Noise Floor
Chozo Tull
Journaliste

SPOCKS BEARD

«Un disque qui respire la sympathie et qui dépoussière le prog britannique avec entrain.»

8 titres
Rock Progressif
Durée: 51 mn
Sortie le 25/05/2018
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Spock's Beard fait désormais partie des jeunes-devenus-vieux du prog, un peu comme Dream Theater, Marillion, ou Steven Wilson, désormais chacun dans leur genre partie d'un establishment qu'ils avaient participé à secouer, avec leur fanbase, leur son et leur style de composition. Les fans de Spock's Beard savent désormais à quoi s'en tenir : un groupe qui oscille souvent entre tradition et modernité, confort du prog à l'ancienne et prise de risques dans les arrangements, mélodies efficaces et héritage musical qui a tendance à en mettre un peu partout.

Sur Noise Floor Spock's Beard se prête à l'exercice de l'album sans complexes, avec une simplicité et une honnêteté qui s'entend (oui, c'est possible) dans tous les morceaux. Le disque ne sonne pas comme si il avait quelque chose à prouver, comme une thèse sérieuse et importante, mais plutôt comme un groupe de musiciens qui s'entendent et se connaissent bien et qui laissent leur personnalités transpirer dans les enregistrements. A noter à ce sujet que Nick D'Virgilio, batteur historique du groupe, est revenu pour enregistrer. Aucune données quand à la possibilité de le voir en live par contre ... La production est de fort bonne facture : le tout respire, la basse est bien audible, les instruments se superposent sans se marcher dessus, la batterie claque quand il faut, rien à redire, même si on entend qu'il n'y a ici pas surenchère de pistes - encore une fois, l'approche est presque minimaliste dans sa simplicité.

Cela ne veut toutefois pas dire que les barbus de Vulcain sortent ici un album sur lequel ils n'ont pas travaillés où que le disque n'est qu'un prétexte à partir en tournée - les performances de Noise Floor sont pêchues et inspirées. Dès le morceau d'ouverture, ''To Breathe Another Day'', titre énergique et souriant, on sent qu'on tient ici un disque de qualité. La partie instrumentale qui s'invite après 3:30 passe bien : tant mieux, car l'exercice sera répété plusieurs fois pendant les 50 prochaines minutes. Oui, car le disque dure 51 minutes distribuées en 8 morceaux. C'est quand même qu'il y a un peu d'ambition. Les morceaux suivent pour la plupart un modèle de couplet/refrain classique avant que le groupe ne parte dans des jams plus ou moins échevelées ponctuées de sons de synthé du fond des âges (lire : les années 70), à l'exception de ''Box of Spiders'', qui est le morceau le plus foufou de Noise Floor, où Spock's Beard semble s'adonner à l'exercice de la jam jazz-prog destroy. Le morceau le plus court fait 5:29, le plus long 8:07 - on est donc dans un territoire assez homogène niveau structure de morceaux - et c'est peut-être là l'un des des défauts du disque : si les chansons présentées ici sont pour la plupart pleines de qualités, elles souffrent quelque peu de réécoutes fréquentes dans le contexte de l'album.
Pour exemple, après le rock teinté de funk rétro-futuriste de ''What Becomes Of Me'', on est accueilli par un début de power ballad typée folk pastorale typiquement british - mais c'est également le cas de ''Somebody's Home'', avec ses vents et ses mélodies très early prog et un peu Jethro Tulliennes. Au chapitre ''influences reconnaissables'', on pourrait également mettre en parallèle ''One So Wise'' et ''Beginnings'' avec leurs sons de claviers rétro, quand il ne s'agit pas carrément d'orgues classic rock que n'aurait pas renié Uriah Heep. Spock's Beard ne tente pas de sonner ''moderne'' et classe son Noise Floor dans une catégorie similaire aux productions de Big Big Train - du progressif très bien exécuté et arrangé en famille, mais qui reste fermement campé dans les plate-bandes défrichées par leurs prédecesseurs. Avant de finir sur le son, je me dois de mentionner le jeu de guitare d'Alan Morse, à la fois technique, expressif, varié et toujours juste dans son phrasé. Un excellent travail qu'il fait plaisir d'entendre et qui achève de colorer ce disque.

A noter que dans un esprit de sympathique poissonier du dimanche matin, Spock's Beard offre en accompagnement un EP de faces B de sessions de l'album qui n'ont pas à rougir de la comparaison avec leurs homologues du ''vrai'' disque : les performances sont toutes aussi énergiques et l'atmosphère du disque présente. Amateurs de rock progressif à tendance rétro joué avec l'énergie de jeunes arrivants, foncez ! Noise Floor est pour vous.



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