No Cover
Fred H
Journaliste

ELLEFSON

«Collection de reprises conçue pour rendre hommage, (se) faire plaisir et nous faire patienter jusqu’au prochain méfait. Le contrat est amplement remplit. »

19 titres
Metal
Durée: 77 min 02 mn
Sortie le 20/11/2020
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Pour en être le co-fondateur avec le gratteux rouquin Dave Mustaine, voilà trente-cinq piges que le nom du bassiste David Ellefson est quasiment indissociable du combo de thrash metal Megadeth. Hormis une grosse fâcherie durant les années 2000 (pour de sombres histoires de royalties impayées), les deux gars ont toujours représentés les piliers du groupe américain. Depuis une décennie et demie, Junior (surnommé ainsi pour le différencier de son comparse guitariste au caractère bien trempé) multiplie les aventures musicales en dehors de sa formation phare. L’étasunien à fonder plusieurs gangs dont F5, Hail!, Metal Allegiance ou plus récemment Altitudes & Attitude.

L’an passé, le sieur Ellefson et son groupe éponyme avaient proposés un premier opus (« Sleeping Giants ») constitué pour l’essentiel de démos jamais publiées de compositions écrites pour son projet F5. Pour leur second effort à venir (sortie annoncée pour le printemps 2021), cette petite clique avait prévu d’enregistrer quelques reprises pour figurer en faces B de singles et/ou en bonus pour des éditions spéciales. Finalement, devant l’enthousiasme des musiciens, la fine équipe s’est retrouvée avec suffisamment de morceaux pour en faire un disque complet (dix-neuf sont ici proposés).

Pour ce « No Cover » (petit clin d’œil malicieux au « No Quarter » de Led Zeppelin), David & cie (comprendre Thom Hazaert au chant, Andy Martongelli et Ron « Bumblefoot » Thal aux grattes et Paolo Caridi aux baguettes) ont décidé de s’attaquer à des classiques bien connus. Au menu, des incontournables de Motörhead, W.A.S.P., Cheap Trick, Queen, Judas Priest, Twisted Sister, Ac/dc, Kiss, Dead Kennedys, … ou bien encore Def Leppard. Les plus observateurs noteront d’ailleurs la GROSSE référence au Léopard Sourd avec une pochette (à vous le jeu des 7 erreurs) presque identique à celle de l'emblématique « On Through the Night » des anglais susnommés.

Selon le principe du « Plus on est de fous plus on s’amuse », les cinq musiciens ont conviés tout un tas de potos. La liste d’invités est bien trop longue pour un inventaire exhaustif mais disons qu’on trouve Charlie Benante (Anthrax), Gus G. (Firewind, ex-Ozzy Osbourne), Dave Lombardo (ex-Slayer), Dave McClain (Sacred Reich, ex-Machine Head), plusieurs lascars ou ex-membres de Megadeth (Dirk Verbeuren, Greg Handevidt, Chuck Behler, Jimmy DeGrasso), et une seule lady en la personne de Doro Pesch (Doro, ex-Warlock).

Une fois tout ça écrit, avons-nous entre les mains une œuvre totalement indispensable ? Il faut voir cette réunion d’amis zicos comme un projet collaboratif qui rend hommage aux artistes et aux albums qui les ont influencés et inspirés. Certaines pistes sont plutôt fidèles aux enregistrements références ('Love Me Like A Reptile', 'Holiday in Cambodia', 'Rebel Yell', 'L.O.V.E. Machine') et d’autres ont légèrement été réarrangées (ici un solo de gratte différent, là un riff modifié). Quelques « libertés » sur les lignes de chants histoire de ne pas cloner les vocalistes originaux (vas-y pour reproduire les grains si particuliers des Rob Halford, Ozzy, Jello Biafra, Lemmy, Freddy Mercury, …) et mieux s’approprier les titres. Thom Hazaert est le chanteur principal du CD mais il se fait parfois remplacer par tous certains comparses invités.

Tout cela est évidement bien interprété. On imagine sans peine que toutes les personnes impliquées dans ces récréations se sont fait plaisirs. Il y a plein de bonnes choses. On peut citer les relectures réussies du Madman Osbourne ('Over the Mountain' avec Andrew Freeman de Last In Line), de Judas Priest (la vitaminée 'Freewheel Burning'), de Cheap Trick (l’énergique 'Auf Wiedersehen' avec l’escogriffe Al Jourgensen de Ministry), ou de Sweet ('Sweet FA' avec Todd Kearns, le bassiste conspirateur du chapeauté Slash qui vient ici pousser la chansonnette). On passe aussi un très chouette moment à l’écoute des classiques revisités d’Ac/dc ('Riff Raff' avec Jason McMaster de Dangerous Toys) et de Queen (la version métallisée de 'Sheer Heart Attack' en compagnie de miss Doro). Il est rigolo de noter que certains musiciens qui apparaissaient sur les compos originelles sont ici revenus s’éclater avec la bande à Dave (Russ Parrish sur le 'Nailed To The Gun' de Fight, Eddie Ojeda sur le 'Tear It Loose' de Twisted Sister).

Au milieu de toutes ces plages relevées, ce sont glissées deux surprenantes et inattendues ballades ('Love Hurts' de Nazareth originellement perpétrée par les Everly Brothers, 'Beth' de Kiss ici aux arrangements piano et cordes) et une (la seule) compo originale d'Ellefson & cie ('Downed'). Reconnaissons en cela la volonté de varier les genres avec quelques grands écarts d’univers et de styles.

Avec ce « No Cover », Ellefson et ses pointures musicos ne réinventent pas la roue. Ce n’était clairement pas le but recherché. Cette collection de reprises a été conçue pour rendre hommage, (se) faire plaisir et nous faire patienter jusqu’au prochain méfait. En cela, le contrat est amplement remplit.