Nivalis
Enora
Journaliste

ÁRSTíðIR

«« Nivalis », un des plus beaux albums que vous entendrez cette année et à travers lequel Árstíðir met en valeur son incroyable talent avec sobriété et humilité»

13 titres
Chamber Pop/Indie Folk
Durée: 46 mn
Sortie le 22/06/2018
3115 vues

Árstíðir est un quatuor islandais formé en 2008 et dont le premier album est sorti un an plus tard. Après une nouvelle sortie en 2011, puis en 2014, le groupe nous invite à les accompagner à travers des terres musicales d'une beauté à couper le souffle grâce à ce nouvel opus, « Nivalis ».

La voix extrêmement douce de Daníel Auðunsson, accompagnée par moment de celles de ses camarades, nous saisit sur l'évanescente et sublime « While This Way » qui ouvre l'album. Cette chanson simple mais magnifique est la promesse d'une promenade musicale dans des contrées délicates et élégantes, tantôt dominées par un doux soleil d'automne, tantôt par des nuages plus sombres. Une rythmique et les sons de cordes de Karl James Pestka s'ajoutent à cette composition parfaitement réussie. Ce même mélange de chant-rythmique-violons reprend dans le calme et l'apaisement avec « Lover », bien qu'une ligne de basse soit davantage présente, apportant relief et profondeur à la chanson, en contraste avec la voix parfois haute perchée du leader. Árstíðir semble employer la force de rythmiques presque tribales pour en faire une sorte de Pop sombre aux influences Ambiant. L'introduction de « Please Help Me » prend des accents presque Jazz planant avec un ton typiquement islandais et une douceur qu'on ne retrouve que chez des groupes de ce pays. Des touches de clavier de Ragnar Ólafsson viennent apporter la touche de poésie qui caractérise les titres jusqu'ici proposés. A nouveau, une guitare acoustique légère et printanière s'empare de nous et donne le ton de « Entangled », une chanson qui fond sur la langue, comme une sucrerie. Derrière une apparente simplicité ingénue, le groupe nous offre en vérité l'aperçu d'un monde musical construit et multiple auquel il faut prêter l'oreille avec suffisamment d'attention pour sentir son poil se hérisser devant tant de grâce.

« Like Snow » porte très bien son titre puisque le morceau semble glisser dans l'air à la manière d'un flocon qui viendrait effleurer notre main avant d'y fondre instantanément, nous faisant alors pleinement ressentir un froid qu'on ne faisait que deviner jusque là. Ponctuellement, la voix principale se fait plus insistante, moins fantomatique, donnant davantage de caractère à la chanson. Le groupe a eu l'excellente idée d'ajouter une chanson en islandais sur cet album avec « Thar Sem Enginn Fer », une véritable berceuse Rock. On se précipite dans les bras d'Árstíðir comme dans ceux de Morphée. L'ouverture de « Circus » semble laisser deviner une chanson plus mélancolique, autant dans le ton de la voix que dans l'accompagnement aux cordes, ce qui me permet de souligner le merveilleux travail de Karl James Pestka. Quel bonheur de voir un groupe avoir un vrai violoniste et ne pas se contenter de son de violon au clavier ! La formation islandaise se plaît à cultiver la lenteur, en témoigne « Oroi », un conte instrumental qui mêle un beat électro à une mélodie aux cordes. Les instruments se superposent et parviennent à créer un univers rêveur et digne des envolées des films d'Hayao Miyazaki.

Avec « Mute », le groupe revient à la base de l'Electro-Pop avec des touches plus acidulées mais qui restent toujours distantes, à la manière des chansons de l'immense Susanne Sundfør. La composition est douce mais aussi intrigante et froide par moments, comme si le groupe nous montrait une partie de leur talent en nous cachant toute son étendue, la réservant pour plus tard ; à moins qu'ils n'attendent que les plus sensibles la devinent dans chacune de leurs créations. Presque comme si le chanteur nous murmurait les paroles à l'oreille, « Conviction » est une invitation à suivre les musiciens pour une épopée nocturne et féérique où les voix se mêlent, s'unissent et s'harmonisent, évoquant parfois des chants traditionnels celtes. « In The Wake Of You » pourrait être la musique d'un film, à la fois contemplative et porteuse de sens, d'un message. Le groupe joue à la perfection des capacités de ses membres pour nous proposer, une nouvelle fois, une chanson d'une grande qualité et extrêmement moderne. On prend ensuite la direction d'une fresque musicale portée par le duo piano-corde avec « Wasting Time », parfois sombre mais souvent divin et désespérément libre. « Passion », le dernier morceau, arrive trop tôt tant on aimerait que cet album ne finisse jamais. La touche finale est apportée avec maîtrise dans un duo guitare acoustique et voix, sobre et prodigieux.

« Nivalis » est l'un des plus beaux albums que vous entendrez cette année et, qu'on aime ou pas le genre musical dans lequel évolue Árstíðir, on ne peut que s'incliner devant leur maîtrise musicale et surtout leur incroyable sensibilité.





ÁRSTíðIR
Plus d'infos sur ÁRSTíðIR
Chamber Pop/Indie Folk
Chroniques
Hvel
2018