MINISTRY
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New Wave (early), Industrial/Electronic (mid), Industrial Rock/Metal (later)
Chroniques

Moral Hygiene
Fred H
Journaliste

MINISTRY

«Ministry fête cette année ses 40 ans d’existence et livre présentement l’un de ses meilleurs opus depuis des années»

10 titres
New Wave (early), Industrial/Electronic (mid), Industrial Rock/Metal (later)
Durée: 47 min 15 mn
Sortie le 01/10/2021
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Début 2018, alors qu’il avait pourtant annoncé (pour la énième fois) avoir mis un point final à son Ministry, mister Jourgensen défouraillait finalement un missile en règle contre Donald Trump et sa politique (« AmeriKKKant »). Voir le milliardaire-homme d'affaires-animateur de télévision, poser son derche dans le bureau ovale en tant que président des Etats-Unis avait fait sortir Al de sa tanière et surtout de ses gonds (comme il l’avait déjà fait dans les années 2000 avec sa trilogie-brulots anti George W. Bush).

Trois piges ont passées et l’escogriffe ricain est de retour avec un quinzième effort. L’étasunien a mis à profit l’isolement forcé dû aux différents confinements (plus d’interactions sociales et aucun concert) afin de prendre du recul et se ressourcer. Pour composer, il s’est nourri des évènements survenus aux U.S.A. (élection présidentielle américaine, conflits policiers et raciaux) mais aussi autour du globe (changements climatiques, la pandémie de coronavirus et les dégâts de tous ordres que cela a occasionné). Il a quasiment tout géré seul (écriture, programmations, production) dans son home studio, se faisant malgré tout épaulé par l'ingénieur Michael Rozon (déjà là lors du précédent méfait) pour l’enregistrement.

Bref, face à tous ces évènements du monde, selon Al, nous avons besoin de trouver une « Moral Hygiene » (NdT : Hygiène morale). Pour lui, nous devons prendre soin de nous, mieux vivre ensemble, et faire changer notre société. Humaniste l’Uncle Al. Pour l’accompagner dans son « prêche », le natif de La Havane (oui oui) a rameuté pas mal de musicos issus de styles plutôt variés. Se côtoient ici le guitariste Cesar Soto (Man The Mute), le claviériste John Bechdel (Killing Joke, Fear Factory), le batteur Roy Mayorga (Stone Sour, Soulfly), le bassiste Paul D’Amour (ex-Tool), le rappeur Arabian Prince (N.W.A.), Jello Biafra (Dead Kennedys), ainsi que le joueur de sitar Flash.

Le résultat final reflète ce télescopage de styles, cuisiné à la sauce Alien Jourgensen bien sûr. Se mêlent donc backbeats lancinants, hurlements ('Broken System' et ses rugissements furieux) et phrasés rassembleurs, ainsi que riffs de guitares fulgurants voire agressifs. Les grattes sont une fois encore bien épaisses (le bastonnant 'Alert Level'). Certaines rythmiques sont totalement frapadingues (le frénétique 'TV Song #6 (Right Around The Corner Mix)').

Notre Buck Satan et sa clique varient les plaisirs. Les éléments électroniques ('Believe Me' et ses élans new-wave) percutent les ambiances industrielles pures (le discordant 'We Shall Resist' et ses chœurs fédérateurs). Des touches dub s’invitent aussi (le syncopé 'Death Toll' et son comptage macabre des décès du Covid).

Les amateurs de boucles, samples et autres assemblages – si chers à Al - vont être aux anges. Le sexagénaire (il fêtera ses 63 printemps le 9 octobre) fustige les politiciens véreux et s’attaque aux médias et leurs fake news ('Disinformation' et ses collages couplant discours de politicards et baratin de présentateurs d’infos). Ses cibles favorites sont toujours dans son collimateur (télés, Donald T. et consorts si vous nous lisez …). L’homme prône l'égalité des droits pour chacun (le manifeste 'Good Trouble' inspiré par les récentes manifs Black Lives Matter et l’œuvre militante de John Lewis décédé en 2020).

La diversité des intervenants ouvre les possibilités. Avec l’ami Jello (ex-gueulard des punks hardcoreux de Dead Kennedys avec qui il avait commis le side-projet Lard), c’est parti pour une connivence vicieuse et délurée ('Sabotage Is Sex'). La bonne surprise réside dans la reprise d’un des classiques des Stooges ('Search and Destroy') goupillée avec une intervention dantesque du sixcordiste Billy Morrison (Royal Machines, ex-Billy Idol). Le terme de réappropriation est ici tout adapté tant le rock punkisant initial de Iggy & cie se voit ici transformé en un lent chant angoissant presque funèbre.

Le ministère d’Al Jourgensen est et reste(ra) une plateforme pour exposer ses positions et faire passer ses messages. Même s’il s’écarte un peu des skeuds plus radicaux du passé, ce « Moral Hygiene » en reste cohérent avec le parcours du groupe. Ministry fête cette année ses 40 ans d’existence et livre présentement l’un de ses meilleurs opus depuis des années.