MASTODON
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Progressive/Sludge Metal (early), Progressive Metal/Rock (later)

Emperor of Sand
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

MASTODON

«Mastodon confirme qu'il est sans doute le plus imprévisible de tous les groupes du monde du métal et ma foi, cela n'entre nullement dans le reproche au vu de la qualité du travail accompli.»

11 titres
Progressive/Sludge Metal (early), Progressive Metal/Rock (later)
Durée: 51 mn
Sortie le 31/03/2017
10872 vues
Mastodon, prestigieux groupe Américain de métal progressif « post-Sludgisé », nous sort son 7ème album en 17 ans d'existence.
Un premier élément remarquable au sein du combo, c'est la longévité du line-up, nous retrouvons toujours ce quatuor d'origine, vivant ensemble chaque évolution de style, d'album en album. Une autre particularité réside dans le fait que tous les artistes chantent et il est donc plus facile de les présenter sous l'angle de l'instrument joué.
C'est donc avec grand plaisir que nous retrouvons Troy Sanders, bassiste, claviériste ; Brann Dailor, batteur ; Brent Hinds et Bill Kelliher, guitaristes.

Mastodon est aussi un groupe qui mérite le respect tant il ne passe pas une année sans qu'il ne vous propose quelque chose (EP, Single, Split,…) Oui, ce sont de solides bosseurs.

Enfin, force fut de constater sur leurs albums qu'un point d'honneur fut mis à chaque fois pour nous proposer quelque chose de différent. Nos Ricains possèdent une sempiternelle capacité de réinvention. Ce sera autant un point fort qu'une faiblesse. Imaginez les gens qui accrochèrent à leur style de départ, très sludge et typé Hardcore prog pour ensuite s'envoler vers un métal prog crossover Rock.
Prenez le très « Stonisé » old Hevay album « Leviathan » sorti en 2004, faites un crochet sur le « Blood Mountain » de 2006 où vous trouviez un engagement musical Powerisé et un chant plus orienté mélodique.
Pour ma part, c'est sur « Crack The Skye » (2009) que le groupe nous a montré son plus haut pic de maestria en matière de travail de riffing progressif et de prise d'altitude vers des contrées plus éthérées (non stoner).
Sur les deux albums qui suivront, « The Hunter » et « Once More Round The Sun », ce sera la transformation, l'évolution vers un registre plus typé Rock sage.
Les albums étaient sympas mais par rapport aux débuts, il n'y avait plus grande parenté de créativité. Bref, j'avoue avoir décroché, faute de magie sensationnelle. Ceci dit, il y avait bien des confrères qui étaient aux antipodes de cette vision désenchantée, trouvant que cette évolution était plus une stratégie intelligente d'affirmation identitaire. En ce sens, oui, Mastodon s'est toujours laissé aller dans un courant fluide répondant sans doute à leurs besoins profonds. En cela, nous ne pouvons que les féliciter.

Alors, ce nouvel album, allait-il me réconcilier avec ces Géorgiens ?
Levons toute vaine forme de suspense. Cet album possède un sérieux pouvoir captivant.
Le groupe nous raconte le parcours d'un laissé pour compte traversant une région désertique, le pèlerinage de l'espérance face à la maladie.

Il convient de pousser le volume de votre chaîne et de vous laisser bercer.
« Sultan's Curse » ouvre le bal, sur un fond power balancé par un chant bien mordant et engagé. Des relents de Rock planent et vous envoûtent totalement. Le tube sonne un fifrelin « Pantera » de l'époque glorieuse. C'est agressif donc ça réveille. Quelques passages mélodiques viennent adoucir l'ensemble, histoire de rappeler que Mastodon ne se substitue pas à autrui. Les premières mélodies progressives de clavier arrivent dans la seconde minute et marquent bien l'identité de nos protagonistes.

Sur « Show Yourself », le chant est nettement plus adouci et orienté un tantinet Punk-Rock. Le morceau est énergique. La batterie claque. C'est plus que plaisant. Et ça respire la modernité. Le groupe montre qu'il vit avec son temps. A la fin de la première minute, écoutez donc ces guitares offrir un jeu endiablé. Ça vous déménage le cerveau.

La 3ème piste, Precious Stones », va très vite m'emballer dans son tempo plus rapide, son caractère plus affirmé. Le chant est irréprochable. Le jeu de basse possède une énergie de taureau. Le morceau fuse, ne laissant aucun répit à l'auditeur. C'est là un grand moment de l'album.

Sur « Steambreather », le chant reprend un registre plus clean dans une dimension nettement plus atmosphérique. Le rendu dégage une grande puissance pour ensuite glisser des ambiances progressives dans la 3ème minute. La technicité est époustouflante et Mastodon balaye aisément un Dream Theater dans ce registre.

« Roots Remain » et « Word ToThe Wise » poursuivent le travail de sape, occupant un registre plus alternatif. L'énergie est livrée sans perte de substance, en continu. Le jeu de guitare flirte parfois avec des éléments post-coreux. Le jeu de basse est jouissif, les vrombissements vous bercent malgré l'entrain ne prêtant pas à la sieste.

Ce sera « Ancient Kingdom » qui viendra vous surprendre dans son esprit plus passéiste, sur un début Heavy 70's, tout de suite sublimé en sonorité quotidienne. Le passage entre ces mondes se fait sans que vous ne puissiez vous en rendre compte. Mastodon possède l'art de vous enfermer dans sa fluidité naturelle et de vous emmener très loin. Les riffs vous guident sur un chemin ne possédant aucun signal directionnel. Vous restez sur les rails et suivez dans la vitesse.
Ce morceau est extraordinaire !!!

« Clandestiny » revient vers un chant plus agressif, recampant le registre alternatif Power. C'est plaisant. A l'approche de la seconde minute, les espaces mélodiques vous surprendront avec une dimension spatiale qui rappelle quelques vieilles séries captivantes. Et cela ne sonne pas suranné, loin de là, c'est magistral. Nous pouvons parler d'un trait de génie dans l'orchestration.

Ha cette 9ème piste, véritable coup de coeur de votre serviteur. Cet « Andromeda » me plaît dans un chant à la « Neurosis », des guitares très dures, quelques apports plus éclairés et des choeurs contrastés. Décollage garanti !!! Un solo de haute volée et c'est reparti dans la profondeur et la puissance. Ce morceau est titanesque.

Vous en voulez encore, « Scorpion Breath » poursuit dans ce registre, amenant un tintement presqu'Oriental dans son accompagnement. La basse survole le cadre, c'est remarquable.

Le curseur à pression est fortement monté et avec intelligence, le groupe vous offre une ballade en dernier titre, « Jaguar God » qui tranche totalement avec le reste de l'oeuvre mais qui se présente ici comme une piste salvatrice, vous permettant de souffler et de relâcher pour mieux revenir vous ancrer au sol.
Le final vaut franchement le détour.

C'est un bien bel album qui a été créé là. Le groupe s'est fait plaisir et ça se ressent.
Mastodon confirme qu'il est sans doute le plus imprévisible de tous les groupes du monde du métal et ma foi, cela n'entre nullement dans le reproche au vu de la qualité du travail accompli.
Mastodon confirme surtout avec ce nouvel opus qu'il offre la garantie de produire une musique de qualité quel que soit le registre qu'elle prend.
Nos Américains restent une valeur certaine du métal contemporain.

Morbid Domi (Mars 2017)