Magna Invocatio
Fred H
Journaliste

JAZ COLEMAN

«Le maitre à penser de Killing Joke revisite son répertoire et signe un voyage orchestral puissant et merveilleux»

13 titres
Durée: 85'50 mn
Sortie le 29/11/2019
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Jaz Coleman est un touche-à-tout. Depuis plus de 4 décades, tout le monde connait le meneur, maitre à penser, musicien, chanteur et compositeur du légendaire combo Killing Joke. En plus de tout cela, le lascar est aussi acteur, producteur (Oceania, Čechomor), féru d'occultisme (les écrits de Aleister Crowley entre autres), passionné de lectures poétiques (le monsieur est Chevalier des Arts et des Lettres), attiré par les ziques originaires d'autres cultures (Moyen-Orient, tchèque, māori, etc.), l'opéra et la musique classique. Le symphonique et Jaz c'est déjà une longue histoire. L'homme s'est maintes fois frotter au genre (« Us and Them : Symphonic Pink Floyd », « Kashmir : the Symphonic Led Zeppelin », « Riders on the Storm : the Doors Concerto », etc.) et à collaborer avec une kyrielle d'ensembles (ceux de Londres, Nouvelle-Zélande, Auckland ou encore Prague) de renommés mondiales.

En cette fin d'année 2019, l'anglais débarque avec « Magna Invocatio – A Gnostic Mass For Choir And Orchestra Inspired By The Sublime Music Of Killing Joke ». Derrière ce titre à rallonge, tout est dit. Débuté en 2016 via une campagne PledgeMusic (qui a malheureusement fait faillite), le projet aura finalement mis 3 piges pour sortir. L'idée est de proposer des compositions dudit groupe de post-punk/new wave/metal industriel revus, réenregistrés et réarrangés en compagnie d'une formation orchestrale. Pour l'occasion, Jaz s'offre les services du Philharmonique de Saint-Pétersbourg (fondé en 1882). Coleman a certes souhaité revisiter son répertoire mais à également chercher à inclure certains thèmes (comme le gnosticisme = mouvement de pensée centré autour de la notion de connaissance, …) qui lui tiennent à coeur et qui l'ont inspiré durant ces dernières décennies. Pour les représenter, le britannique a notamment choisi le mantra ésotérique « La Grande Invocation » (« Magna Invocatio » en latin, prière traduite en plus de 80 langues et dialectes) de l'auteure occultiste britannique Alice Bailey (présentée comme l'une des fondatrices du mouvement New Age et du Lucis Trust).

Piochant dans sa longue et riche discographie (des récents « Absolute Dissent » de 2010, « MMXII » de 2012 ou encore « Pylon » de 2015 aux plus lointains « Hosannas from the Basements of Hell » de 2006, « Democracy » de 1996, etc.), Jaz a voulu emmener son auditoire dans un long voyage émotionnel. Les compos retenues se prêtent parfaitement à ces revisites. Bien plus que de simples transpositions orchestrales des chansons de KJ, ces réinterprétations offrent une nouvelle dimension et une seconde vie à tous ces joyaux. On a l'impression d'écouter une bande originale d'un film où chaque piste conduit logiquement à la suivante. La montée en puissante se fait progressive pour atteindre des climax épiques. Les aspects les plus mélodiques des morceaux sont bien exploités ('In Cythera', 'Big Buzz', le sublime 'Euphoria', 'The Raven King' écrite initialement en mémoire de Paul Raven, l'ex-bassiste disparu en 2007).

Bien que les fans reconnaîtront probablement les pépites de leur gang préféré, le british à jouer sur les ambiances et les tempos (plus ou moins rapides/doux/long par rapport au matériau de base). Le travail effectué sur l'instrumentation (cordes et cuivres en tous genres, etc.) et sur les arrangements est colossal ('You'll Never Get To Me'). L'oeuvre se veut instrumentale. Le chant originel du vocaliste a totalement été supprimé et a été remplacé (sur seulement 5 plages) par des choeurs que l'on peut qualifier de majestueux (l'impérial 'Intravenous', le magnifique 'Into The Unknown', le fantasmagorique 'Invocation').

En s'associant au Санкт-Петербургской филармонии (ça s'écrit comme cela en russe), Jaz Coleman signe avec ce « Magna Invocatio » un voyage orchestral puissant et merveilleux. Foncez les yeux fermés et les esgourdes grandes ouvertes.