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Love You More

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

The Crystal Teardrop

Le quintette de Stoke-on-Trent élargit sa palette sans renier 1967 : plus d'instruments, plus d'espace, et un final de sept minutes qui rachète un disque parfois trop sage.
12 titres
Psychedelic Rock
Durée : 41 minutes
Sorti le 02/10/2026
70 vues
Enregistrer un disque en prise live, avec le strict minimum de retouches, n'est plus une méthode en 2026 : c'est une prise de position. The Crystal Teardrop l'assume jusqu'au bout sur ''Love You More'', deuxième album publié par Popclaw, filiale de Rise Above Records, dix-sept mois seulement après ''The Crystal Teardrop... Is Forming''.

Le quintette formé à Stoke-on-Trent en 2023 n'a pas bougé d'un membre : Alexandra Rose au chant et à la Vox Teardrop, Leon Jones aux guitares et au sitar électrique, Stuart Gray à l'orgue, Ed Quigley à la basse, Huw Woodward à la batterie. Entre-temps, le groupe a beaucoup tourné, notamment en ouverture de Love et des Pandoras, et sorti au printemps un 45 tours, 'It's Too Late' couplé à une reprise de 'I'm Rowed Out' des Eyes, qui disait assez clairement d'où venait cette bande : le garage anglais de 1965 autant que les brumes de la Côte Ouest. Les douze titres ont été captés avec du matériel d'époque, Rickenbacker, Vox AC15, Hammond, auxquels s'ajoutent cette fois tanpura et swarmandal.

Ce qui frappe d'abord, c'est la clarté. 'Love You More' ouvre le disque sur un entrelacs de guitares carillonnantes et de chœurs, chanson de rupture qui refuse de s'apitoyer et s'achève sur un fondu de sitar, mélancolique mais tournée vers l'avant. 'Tomorrow Starts Today', premier extrait, pousse le curseur vers le garage : rythmique sèche, guitares plus mordantes, orgue Hammond serré, et une parenté byrdsienne que personne ici ne cherche à dissimuler.

'Room Without A View' avance à la même vitesse, tout en accroches, avec une nervosité qui évoque la période yé-yé agrémenté d'un soupçon psychédélique délicieux. 'If I'm Right' vaut surtout pour ses harmonies mixtes, l'un des vrais atouts du groupe : Rose ne chante presque jamais seule, et cet empilement de voix masculines et féminines donne au disque une épaisseur que beaucoup de formations revivalistes n'atteignent jamais.

L'album se tend ailleurs. 'Circumstances' installe un motif de sitar et une pulsation hypnotique sur laquelle guitare et batterie se contentent de tenir la ligne : le morceau raconte une rencontre trouble, et l'arrangement fait le travail que les mots laissent en suspens. Même logique, en beaucoup plus vaste, sur 'Touch The Sun' : sept minutes, la seule vraie plage d'expansion du disque, où les guitares se démultiplient et où le chant devient incantatoire pour interroger sans détour le sens de l'existence. Alexandra Rose parle d'un morceau "où l'on peut vraiment s'étirer", et c'est exactement cela : après onze chansons tenues en trois ou quatre minutes, cette conclusion ouvre enfin la fenêtre. C'est aussi le sommet de l'album, et la preuve que le groupe sait faire autre chose que de la pop de format radio 1967.

Entre les deux, une veine plus feutrée. 'Times Are Gone' aligne de très belles guitares sous un texte qui refuse de céder, avant un passage de flûte rêveur. 'The Thoughts You're Thinking' lorgne franchement du côté du folk-rock des premiers Love. 'What It Adds Up To' empile orgue, guitares et batterie par couches dans un esprit rock, 'The Eleventh Hour' durcit légèrement le trait.

The Crystal Teardrop ne joue pas à ressusciter 1967 : le groupe y vit, avec ses instruments d'époque, ses prises live et cette confiance tranquille qui lui permet d'ouvrir la fenêtre quand il en a envie. En dix-sept mois à peine, le quintette a gagné en ampleur, en audace et en personnalité, sans rien perdre de la fraîcheur qui l'avait fait remarquer. La voix d'Alexandra Rose, les harmonies qui l'entourent et l'élégance des arrangements donnent à ''Love You More'' une chaleur que bien des disques modernes cherchent en vain. On en ressort avec des mélodies plein la tête et l'envie d'y revenir sur-le-champ : c'est la marque des albums qui comptent, et la confirmation éclatante d'un des plus beaux groupes du renouveau psychédélique anglais.