The Cold Sun
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

LOATHE

«Nous pouvons dire que Loathe a parfaitement traversé le cap de la création d'un premier album qui se montre au final, captivant de bout en bout. »

12 titres
Metal / Heavy / Death
Durée: 34 mn
Sortie le 14/04/2017
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La fonction de chroniqueur implique parfois des découvertes assez surprenantes là où on ne s'y attend pas forcément.
Dernière sensation de ce genre en date, c'est lors de l'écoute de cet album des Anglais de Loathe.

Première étrangeté, c'est que le combo est répertorié par la presse spécialisée comme difficilement classifiable dans les typologies des sous-genres.
Ainsi vous les trouverez dans le Deathcore, le Hardcore industriel ou encore dans le métalcore aux racines progressives.
Je comprends d'emblée que je m'attaque là à un projet hybride.
Au niveau sémantique, « Loathe » signifie « détester » et je m'attends donc à trouver quelques relents nauséabonds dans leur univers musical ; quelques souches bien noires.

Avant d'aller plus loin, je souhaitais effectuer un petit plongeon dans la carrière musicale du groupe.
Seconde surprise, moins agréable celle-là, il existe une totale confusion entre ce groupe Anglais et un superbe groupe de Death originaire de Malte.
C'est ainsi que même dans un site Français dûment référencé, vous trouverez, à l'actif de Loathe, des EP et un album qui n'ont pas été façonnés par leurs soins mais bien par des homonymes Maltais.
En dehors d'un organigramme de Management et de producteurs, la page Facebook du groupe ne permet pas non plus de nous imprégner de son historicité.
Je file sur leur propre site, et là, même constat, je trouve quelques informations clés sur l'album qui me préoccupe ce soir mais rien sur l'histoire du groupe en dehors du fait qu'il s'agit de leur premier album.
Au passage, si un proche du groupe lit cette chronique, sans vous paraître désagréable, il serait sympathique de relayer le besoin d'une biographie permettant d'assurer une meilleure visibilité au groupe qui va certainement écumer les salles de l'Europe.

Le groupe nous vient de Liverpool, ville bien connue du Merseyside au Nord-Ouest de la terre des Angles.

Entrons dans le vif du sujet…
Quelques écoutes préalables sont utiles pour prétendre entrer dans l'univers du groupe.

Troisième surprise, plus votre esprit s'imprègne des 12 titres, plus vous verrez des références spécifiques défiler.
Cet album ne s'apprivoise pas dans la légèreté tant il montre des facettes complexes, denses mais riches.

En ouverture de l'opus, le titre éponyme pose une atmosphère de pénombre, hyper éthérée glissant subrepticement sur « It's Yours » qui vous crache rapidement un Métalcore bien imbibé d'éléments Noisy-Indus dans une sorte de riffing fusion - mathcore. C'est le chant de Kadeem France qui permet de nous maintenir dans une zone relative de confort. Le jeu de basse de Shayne Smith me subjugue totalement par la qualité de son groove.
Les guitaristes Erik et Connor vous déstabilisent totalement à la manière d'un avantgardisme digne de « Meshuggah ». C'est plaisant.
Plus loin dans le morceau, le chant d'accompagnement durcit l'ensemble, apportant une lourdeur considérable, ce qui génère une angoisse et vous amène à une perte de repères. C'est vraiment bien construit. La batterie de Sean Radcliffe martèle assurément. Il ne s'emballe pas et amène un renforcement de la distorsion quasi généralisée.

Sur « Dance On My Skin », nous versons dans une totale polarité négative musicale. De manière lancinante mais âpre, ça vous fore le cerveau.
Je ressens les mêmes sensations qu'en écoutant les géniaux « Anaal Nathrakh ».
Le morceau comporte une mélodie superbe à la « Borgne » qui sert d'ossature hermétique à ce morceau.
Au gré des minutes, nous montons en puissance et sentons que les Anglais se veulent rassurant.
Nous ne nous sentons pas en danger dans ce cheminement. Ils nous offrent une sorte d'exutoire au désenchantement social bien ambiant.

C'est donc en progressant sur « East Of Eden » que nous évoluons dans un espace plus lumineux, Loathe nous indique le portail salvateur à franchir. Leur musique organique agite vos synapses, les neurones headbanguent. Kadeem contrebalance les growls obscurs des autres musiciens.
On trouve aussi des petits passages à la « Rage Against The Machine » qui contribuent à vous donner de l'élan.

Sur « Loathe », les quelques notes au clavier permettent de prendre une bonne bouffée d'oxygène, avant d'être à nouveau happé dans ce jeu d'élévation, d'oscillation. C'est un peu comme si ces artistes déformaient votre entité corporelle physique pour en transmuter tout autre chose.
Les petites agitations de guitare sont géniales, collant bien avec l'ambiance quasi spatiale de l'oeuvre. Notons que le chant se glisse plus tard dans un espace électronique. C'est assez sympa.

Vous restez dans cet autre monde avec le très surprenant « 3990 » qui nous baigne pendant 2 minutes avec brio instrumental dans une sorte de non monde, d'état intermédiaire. Bravo pour ce travail qui touche.

Le relais est passé sur « Stigmata » qui entre dans un tempo plus pausé, tout en gardant un chant déchiré. Les guitares flirtent avec des dimensions post-Hardcore croisées avec quelques courtes chutes shoegaziennes. Nous comprenons là que Loathe nous immerge dans nos propres stigmates.
Les guitares se plantent dans vos tripes et tentent d'extirper vos douleurs passées. C'est là un véritable travail chamanique.

S'ensuit « P. U.R.P.L.E » qui semble naviguer dans une musique plus introspective qui garde des relents d'agitation.
Le morceau monte crescendo, montrant toujours un jeu dans la dualité de l'ombre et de la lumière.
Le chant est nettement plus engagé et agressif, ce qui rend le titre captivant. Le jeu de basse est totalement inscrit dans un tourbillon de technicité.
Le final prend une dimension atmosphérique et dans un élan grandiloquent, fonçant dans un style post-black d'excellente facture.
Sean assure pleinement dans cette partie de batterie dûment énergique.

Histoire de ramener le calme, « The Omission », prend de la hauteur, nettement plus spatiale, assez typée indus. Ce passage est magnifique.

« Nothing More » montre un jeu de piano envoûtant qui enchaîne avec peps sur « Never More » qui explose tout contrôle.

Que dire de ce dernier morceau, « Babylon » qui est tout simplement splendide, hantant un univers plus rock progressif avec un chant d'une infinie tendresse.
Les cris rageurs sont toujours là mais en retrait, contrôlés par les espaces musicaux de haute majesté. Le riffing guitaristique est excellent, contribuant ainsi à donner du corpus, à alimenter la matière. C'est pour moi le coup de coeur de l'album tant il se détache des autres pistes déjà bien solides.

Nous pouvons dire que Loathe a parfaitement traversé le cap de la création d'un premier album qui se montre au final, captivant de bout en bout.
Les Anglais avaient envie d'associer leurs forces et cela s'entend, il y a une cohésion entre eux, beaucoup de travail livré.

Manifestement « The Cold Sun » présente un syncrétisme énorme de technicité, mélangeant avec brio différents sous-genres pour en constituer une matière organique duelle typée Post-Metalcore mais surtout totalement captivante.

En toute franchise, je dis un grand « Bravo Messieurs ».
Et dire que le métalcore n'est pas du tout ma tasse de thé !!!

Morbid Domi (Avril 2017)


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