Liminal Rite
Enora
Journaliste

KARDASHEV

«Avec « Liminal Rite », Kardashev porte la narration sensorielle à son niveau le plus haut et signe une œuvre monumentale à la puissance émotionnelle saisissante. »

11 titres
Deathgaze
Durée: 60 mn
Sortie le 10/06/2022
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Depuis 2012, les Américains de Kardashev se sont distingués par leurs compositions mêlant des influences d’une grande richesse, du Death atmosphérique au Post-Black. Après l’EP « Excipio » de 2013, le groupe avait dévoilé un premier album, « Peripety » en 2015. Les fans ont ensuite dû patienter avec deux EPs, « The Almanac » (2017) et « The Baring of Shadows » (2020), avant la sortie d’un nouvel album : « Liminal Rite ».

Très bien construit, l’album s’ouvre avec ‘The Approaching of Atonement’, une sorte d’introduction qui plonge l’auditeur dans l’univers de Kardashev, bercé par la voix du batteur Sean Lang sur un fond musical planant. A l’arrivée des guitares de Nico Mirolla, le morceau se poursuit sans interruption avec ‘Silvered Shadows’. Dans cette composition intelligente et sensible, la voix claire, parfois accompagnée d’un chœur, et la voix screamée se répondent alors que la ligne rythmique se fait tourbillonnante. Ce titre illustre à la perfection l’ambition de cet album : raconter une histoire, déployer un récit à travers la musique. ‘Apparitions in Candlelight’ permet ensuite de révéler encore davantage l’incroyable palette vocale de Mark Garrett et de confirmer l’engagement émotionnel débordant du groupe dans chacune de ses créations.

Après ce titre donnant assez franchement dans le Post-Black, Kardashev nous propose sans transition ‘Lavender Calligraphy’ qui renforce l’idée que « Liminal Rite » fonctionne comme un tout dont l’élégance provient de la retenue permanente des musiciens. Ceux-ci enveloppent l’auditeur dans un cocon sensoriel qui mobilise en vérité tous les sens. Avec ‘The Blinding Threshold’, la voix parlée de Sean Lang poursuit le récit entamé en ouverture de l’album, et qui se poursuit en musique avec ‘Compost Grave-Song’. Ce titre cathartique correspond à la vision du groupe pour cet album et qu’ils expliquent en ces termes : « We wanted to break people’s hearts in a helpful way, allowing them to expel pent up emotions that were holding them back and thus feeling thankful for the life that is around them ».

‘Cellar of Ghosts’ qui arrive après est un morceau qui peut semble plus faible que le reste de l’album à la première écoute mais il constitue en vérité une pause presque nécessaire dans une création aussi intense et enivrante. Dès le début ‘Glass Phantoms’, le duo rythmique composé d’Alex Rieth à la basse et de Sean Lang à la batterie propose une introduction prometteuse dont la qualité se confirme au fur et à mesure du titre qui bénéficie d’une double ligne de scream à la puissance émotionnelle dévastatrice. Kardashev revient ensuite à ses influences Prog avec ‘A Vagabond’s Lament’, un titre qui se dévoile peu à peu et appel à l’éveil de la sensibilité de l’auditeur. La conclusion, ‘Beyond the Passage of Embers’, est l’occasion de se laisser aller à une transe astrale portée par des touches de saxophone.

« Liminal Rite » frôle la perfection et illustre la folie humaine en musique. Kardashev porte une narration sensorielle et sensible à son niveau le plus haut tout en ménageant son auditeur qui peut profiter des ruptures d’ambiance pour se remettre des moments les plus puissants de cet opus. Les influences multiples qui s’y retrouvent permettront aux amateurs de Prog, de Death et de Black de se laisser porter par cette œuvre monumentale.