KOSMOS
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Black Metal

Le Voyage
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

KOSMOS

«C'est un chef d'oeuvre à classer parmi les plus belles productions de ce sous-genre, plus enclin à toucher les personnes façonnant leur spiritualité. »

8 titres
Black Metal
Durée: 43 mn
Sortie le 15/11/2016
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AUTOPRODUCTION
Si l'année 2016 m'a donné l'occasion de découvrir le fabuleux travail de « Pénitence onirique », je dois avouer que je vis ici, un moment de total émerveillement.
En cause, l'écoute de la 4ème production de l'entité Française « Kosmos ».
Si je dis « entité », c'est que le créateur reste la même et seule personne depuis 2010. Lorsqu'il a couché ses inspirations, il se tourne vers des musiciens confirmés pour construire un résultat à la hauteur de ses aspirations.
Kosmos est clairement le projet de Messire Nekros, conseillé par XOV alias Meth Emeth, travaillant les concepts et l'artwork (pour les Kabbalistes confirmés, nous comprendrons directement que ce sire est en quête de « vérité » dans une dynamique de fermeté). Nos amis sont déterminés.
Nekros n'est pas un bleu dans le monde du Black : Bassiste/chanteur chez Ravenskull ; guitariste chez Inferi Gloria et chez Mourning Forest. Depuis l'avènement de Kosmos, je pense que notre artiste priorise clairement ce projet.

Pour avoir eu l'honneur de découvrir ses travaux plus anciens, j'ai pu mesurer le bon niveau de l'être musicien, aussi à l'aise dans le black progressivo-ambient, que dans l'avantgardisme. Il est vrai que Nekros voue un culte quasiment sacré à des projets tels « Blut Aus Nord », « Deathspell Omega » pour ne citer qu'eux.

Nous voici donc avec une 4ème oeuvre, nettement plus orientée dans un black ésotérico-atmosphérique d'excellente qualité.
« Le Voyage » nous plonge dans le monde de Carlos Castaneda, ésotériste controversé ayant étudié le chamanisme, les plantes et le voyage astral.
Ce qui est remarquable ici, c'est que notre cher XOV, accumule toute son expérience en parfait autodidacte, sans chercher d'autres sources que de décoder son propre cheminement spirituel. En ce sens, je ne puis qu'être admiratif quant à sa propre sensibilité, acérée et élevée dans le suprasensible.
En lui demandant d'expliquer l'univers au sein duquel il entend, cette fois, nous plonger, XOV vous dira en toute humilité que ''Cet album met en lumière les mondes de l'invisible qui nous entourent ainsi que les connexions évidentes à ces mondes à travers un rapprochement des éléments et de notre moi intérieur ». Tel un initié, XOV est en quête de sa propre lumière interne de vie, cherchant à savourer et mesurer les vibrations dans les éléments fondamentaux de celle-ci. Il sait qu'en sa conscience, à l'instar de tout homme qui mène ce véritable travail d'exploration et de découverte de soi, se trouvent les éléments clés du sens de sa vie.
Toute cette méditation profonde est parfaitement retranscrite dans la musique de Nekros pour en faire un rendu lumineux, tant son univers est teinté de cette humilité intrinsèque.

Pour la conception de cet album, Nekros s'est entouré de l'excellent batteur Naja Alta, loin d'être profane en matière de Black (Mourning Forest, Gomory).

Nos artistes sont aussi capables de vous transporter dans des contrées plus obscures.
Sur le titre d'ouverture de son opus, « Revelations », les 2 premières minutes sont parfaitement angoissantes, l'on sent la douleur nous envahir tant nous sommes versés dans l'épreuve…notre corps souffre pour capter ces révélations mais Kosmos vous donne les clés pour vous élever dans un contraste plus supportable, la fin du morceau vous donne une petite clarté dans un riffing plus épique.

Les ténèbres s'effacent, toute la lumière se fait, sur « Light », nous découvrons une mélodie plus amère, une forme de nostalgie mais transcendée dans un sentiment de bonne mesure des choses, vous sortant d'un pathos. Ce second morceau est superbe. Quelques répits sont donnés en toute bienveillance pour vous permettre de regarder le halo lumineux brillant d'un grand feu.

S'ensuit « Thriving Wisdom » en parfaite harmonie musicale avec son prédécesseur. Sa mélodie est prenante, envoûtante. Le petit fond mélancolique reste posé, et là, je vois d'autres images, d'autres références (Des passages à la Borgne, la capacité à créer du somptueux, tel « Elderwind »). Le growl est calme, il est maîtrisé.

La 4ème piste, « An Angel Behind Each Star » nous promène cette fois dans un black plus teinté de progressif, alternant les tempos tout en gardant un fil conducteur à la mélodie plus épurée. Si le morceau semble moins accessible, il n'en reste pas moins plus riche dans la technicité, plus abouti dans son architecture. J'apprécie aussi le jeu de batterie qui va à l'essentiel tout en étant dans l'efficacité.

« Divine Sword Anthem » rappelle le bon Black des Nancéens de Karne, avec cet art de lamenter le jeu de guitare pour en créer une solide profondeur. Nous quittons le spatial pour rentrer dans l'épisode des Hugenots, protestants du 16ème siècle qui quittèrent en nombre leur patrie sur base du conflit religieux ambiant. Musicalement, l'hommage est digne. J'en revendique un aussi pour les Cathares. Nous sommes dans une dimension plus agressive.

En sus, Nekros recherche le Beau et sur « Mountains are Talking », nous délivre un instrumental extraordinaire. C'est l'envol garanti dans les mondes de l'éther. En outre, j'ose parler de chef d'oeuvre.

Une autre perle brille sur l'opus, le remarquable « Shamanic Visions » qui comprend une mélodie torturée et poignante. Le jeu de basse est superbement posé pour y créer un espace harmonique. Nous versons dans un Black Doomesque qui va au gré du temps, prendre vigueur et vitesse pour nous glisser subrepticement dans une éblouissante dimension. Ce morceau est terrible.

Quant au titre éponyme, c'est un pur joyau d'atmosphérique. Le tempo est soutenu, le clavier est superbe malgré sa discrétion voulue. Je revoyais la quintessence de Coldworld mais ici nettement plus colorée de positivité.

Cet album est une merveille et pour être passionné de Black atmosphérique, j'assume pleinement le sentiment qui m'envahit. Le travail est à la hauteur. C'est un chef d'oeuvre à classer parmi les plus belles productions de ce sous-genre, plus enclin à toucher les personnes façonnant leur spiritualité.

Hé oui, dans le monde du Black métal, il peut y avoir de très belles personnes.

Au passage, je salue la très belle pochette des oeuvres chamaniques de XOV.

Morbid Domi (Octobre 2016)