Splid
Aldo
Journaliste

KVELERTAK

«Mes gencives? C'est du béton!»

11 titres
Metal
Durée: 58 mn
Sortie le 14/02/2020
930 vues

Kvelertak… Ce nom qui claque au vent du Metal tel l’étendard du renouveau, revient sur le devant de la scène avec une galette qui aura suscité moultes interrogations, de la part des fans a minima, du landerneau rock’n’roll quoi qu’il en soit. J’en vois déjà qui froncent le sourcil gauche, laissez-moi donc éclairer mon propos, quelques explications s’imposent.

Après avoir déboulé comme des tarés avec leur parpaing éponyme en 2010, proposant un mélange inclassable, improbable –de surcroit chanté en norvégien- et pourtant tellement cohérent de tout ce que la sphère Metal peut proposer en terme de styles, le sextet à tête - non pas de chou- mais de hibou, enfonçait le clou trois ans plus tard avec la tornade « Meir », asseyant définitivement un statut de groupe hors-norme.

En mettant haut la barre de la sauvagerie, du groove, du fun et de l’énergie Rock, les furieux de Stavanger, à coup de triplette de guitares démentielles et de vocaux hurlés par le puissant Herlend Hjelvik, avaient clairement rebattu les cartes d’un jeu qui ronronnait tout de même un peu, et du coup haussé le niveau d’attente pour leur troisième essai.

Et quand la bise « Nattersferd » fût venue, celle-ci fît l’effet d’une ration de bromure sur l’appelé du contingent (désolé pour les plus jeunes, ils n’ont pas connu) : le relâchement était là. L’album n’était certes pas dénué d’intérêt, plutôt bien balancé, mais manquait de ce je-ne-sais-quoi de furie qui avait déchaîné les passions avec les deux premiers opus.

Quand donc vint l’annonce du départ d’Herlend –semble-t-il pour cause de lassitude/coup de mou- s’installa alors l’interrogation, voire l’inquiétude : Kvelertak avait-il déjà brûlé la chandelle –à moins qu’ils n’aient mangé la banane ?- par les deux bouts et vidé ses réservoirs ? Plus clairement : assistait-on à la fin prématurée de la dernière comète du Rock ?

Les questions demeurèrent lorsque fût officialisé le recrutement d’Ivar Nikolaisen à la place de frontman, lequel s’attacha cependant à calmer sur le terrain (à savoir : en concert) les angoisses des ultras.
Curieusement il n’en fût pas de même pour le changement –beaucoup moins médiatique- de batteur tout récent : exit Kjetil Germundrød, et bienvenue Håvard Takle Ohr (je vous souhaite bien du plaisir pour prononcer ces patronymes dix fois d’affilée sans que votre langue fourche)

Tout ça c’est bien joli, me direz-vous, mais qu’est-ce que ça donne sur disque, alors ? Quid de l’esprit qui animait le groupe jusqu’à présent ?
Ca tombe bien, la sortie de « Splid » vient répondre à toutes ces légitimes questions. Et la bonne –excellente, même- nouvelle, c’est que les six de Stavanger ont retrouvé la gniaque, en jouant sur les deux piliers de l’excellence : l’expérience et la prise de risque.

Côté expérience, on retrouve la recette qui a fait le succès du sextet: des rythmiques folles, souvent punk dans l’intention, tout en étant exigeantes sur le plan harmonique (les guitares se complètent parfaitement en constituant des suites d’accords aussi riches que belles), virant subitement au heavy, avec des (ici bien plus rares que dans leurs précédents ouvrages) escapades black metal. Il y a enfin ce « chant » (oui, les guillemets sont de circonstance) si particulier, presque uniquement constitué de hurlements hardcore furieux, venant contraster judicieusement avec les guitares. L’organe d’Ivar n’a d’ailleurs pas à rougir et se glisse parfaitement dans les pantoufles de son prédécesseur. Sur ce point tout sonne comme si l’homme au chouette chapeau (sic) était toujours présent.

Dans le même ordre d’idée, l’album, tout comme avec «Åpenbaring » sur le second opus, s’ouvre sur une montée crescendo (magistral « Rogaland ») pour ne jamais relâcher la pression. Ca groove et ça bouge du boule et de la tête sans s’arrêter. L’une des forces –et non des moindres- de ce disque est de transformer immanquablement l’auditeur en Funkopop frénétique.

Le son enfin, a été sculpté sur les mêmes bases que celles de « Kvelertak » et « Meir », puisque Kvelertak (le groupe), après avoir enregistré « Nattersferd » à Oslo en louant les services du producteur Nick Terry, retrouve ici Kurt Ballou, et les GodCity Studios de Salem, Massachussetts, USA. De fait, on revient à cette patte sonore si caractéristique qui avait fait le succès des deux premiers albums.

Côté innovation, celle-ci se manifeste sous plusieurs formes.

La plus flagrante est que la composante black metal est quasi absente de l’album. Il faut attendre les deux dernières plages (notamment le brillant et très surf rock « Delirium Tremens ») pour en goûter enfin le sel. On aura droit par contre à de méchants passages Thrash à souhait, comme sur « Fanden ta dette hull ! » qui risque de faire quelques dégats dans le pit lors des concerts.

Autre bizarrerie : l’improbable mélange que constitue « Tevling » surprendra –positivement- l’auditeur, avec une introduction en arpège rappelant furieusement celle du « Run to you » de Bryan Adams (si, si, j’te jure !) qui vient vicieusement se méler à une rythmique sonnant très « Neue Deutsche Welle ». Le pire, c’est que tout ça reste complètement cohérent à l’oreille.

Plus globalement, on notera la polyvalence plus affirmée d’Ivar Nikolaisen, qui sort des schémas établis par son prédécesseur en introduisant du vrai chant (« Uglas Hegemoni ») qui permet à la formation de varier heureusement son propos.

Le groupe s’essaye aussi à l’anglais avec deux morceaux : « Discord » et surtout « Crack of Doom » qui voit Troy Sanders (Mastodon) effectuer un sympathique featuring.
On pourrait également évoquer « Bråtebrann », avec son refrain chanté par un chœur, dont l’écriture très hard rock 70’s ravive le spectre du Led Zepp des grandes heures. Le titre « Ved Bredden av Nihil » qui clôt l’album, vient quant à lui synthétiser ce joyeux –et paradoxalement cohérent- foutoir en un spectaculaire bouquet final.

Bref, il n’y a définitivement RIEN A REDIRE à ce nouvel effort des norvégiens, qui retrouvent avec « Splid » l’énergie initiale qui n’aurait jamais dû les quitter. Le changement de chanteur, mais également le retour à certains fondamentaux y sont vraisemblablement pour une bonne part . Kvelertak, après avoir connu un petit coup de mou, remet les gaz en direction des sommets. Sitôt l'écoute terminée, on s'empresse d'en reprendre une bonne lampée. Faites des stocks de Tonygencyl, votre mâchoire va souffrir…et vous en redemanderez !!!