Khram
Enora
Journaliste

ARKONA

«« Khram », un album à la mesure de la grandeur d'Arkona dont la magie opère toujours»

9 titres
Folk Metal
Durée: 77 mn
Sortie le 19/01/2018
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La déjà longue carrière d'Arkona nous fait voyager à travers leurs neuf albums, sans compter les live-albums, dont le dernier, « Khram », s'avère tenir ses promesses. Depuis 2002, le groupe russe n'a eu de cesse de surprendre son public autour de compositions toujours plus riches et mystiques derrière sa figure de proue : Masha. Jetons-nous sans hésiter dans le nouveau voyage qu'ils nous offrent !

« Mantra (Intro) » nous plonge dans un monde étrange et inquiétant. Des voix gutturales et rauques s'élèvent tout autour de nous, marmonnant de sombres paroles incompréhensibles. Avec « Shtorm », on retrouve tout ce à quoi Arkona nous a habitués au fil du temps : une voix screamée à la puissance majestueuse, des choeurs féminins en fond sonore, des guitares virtuoses, une rythmique entraînante. Les instruments traditionnels ne tardent pas non plus à se faire entendre sur cette composition aussi riche que travaillée. Le ton est plus sombre, mystique et mystérieux sur « Tseluya Zhizn' ». La voix prend des accents plus menaçants alors que la ligne mélodique se fait de plus en plus entêtante, hypnotisante. On se retrouve à agiter la tête lentement sans même s'en rendre compte. Les riffs de guitares, grandement soutenues par la basse, contribuent à cette ambiance si particulière et presque inquiétante. Le morceau de 17 minutes se mue peu à peu en véritable fresque musicale, permettant à Arkona de tisser toute une toile musicale en perpétuelle évolution. Le titre se calme passé les sept premières minutes avec des passages instrumentaux, parfois accompagnés de voix parlées. Et que dire du plaisir qu'on prend en écoutant le chant clair ?

On continue avec un autre morceau fleuve : « Rebionok Bez Imeni ». Celui-ci est plus lent, plus solennel et se rapproche énormément de certaines ambiances qu'on trouve dans le Post-Black en raison de son côté très planant. La voix, vibrante et belle, se détache d'un fond sonore qui ne varie que très peu. On se laisse porter et emporter par cette chanson, sans aucun doute la plus aboutie de l'album dans sa construction, sa lenteur et la force qu'elle dégage. « Khram » ne ressemble pas vraiment à ce qu'on pourrait attendre d'un titre éponyme, habituellement étendard de l'album. Au contraire, Arkona fait plutôt le choix d'un morceau qu'on pourrait qualifier de discret, dans la lignée du précédent. Je me permets tout de même de souligner les quelques passages mettant à l'honneur la basse et rompant donc avec le chaos sonore qui caractérise le reste du morceau. Les voix ne cessent de se mêler, de se répondre et de se confondre avec les riffs des guitares. Ayant bénéficié d'un clip, le titre suivant, « V Pogonie Za Beloj Ten'yu » sera sans doute familier à bon nombre d'entre vous, mais ne négligeons pas pour autant sa belle introduction au piano, à la fois aérienne et pesante d'inquiétudes. La puissante voix est presque éclipsée par les guitares dans un nouvel équilibre sonore original et agréable.

L'atmosphère se glace et le ton se durcit avec « V Ladonyah Bogov » qui mêle voix mystiques et imposantes et screams lourds et violents. La rythmique alimente cette double orientation du titre à la manière de l'implacable roue du destin qui avance sur nous, rendant toute résistance inutile. La présence du clavier rend la chanson encore plus étrange sur cet album, pourtant elle permet de respirer dans cette fresque musicale qui semble ne jamais s'arrêter. C'est définitivement bien cette veine presque spirituelle qui semble être la voie à suivre pour clôturer cet album. « Volchitsa » met en avant un tourbillon de voix claires comme si des milliers de prêtresses s'étaient associées dans un déchirant appel. Les passages aux instruments traditionnels confirment cette impression de voyage des sens et de perte de repères rationnels. L'outro ne pouvait mieux porter son nom : « Mantra » puisqu'il s'agit d'une litanie de paroles répétées d'une voix rauque.

Sans être une révélation musicale, « Khram » prouve qu'Arkona est encore et toujours un grand groupe qui ose faire quelques tentatives et prendre des directions parfois inattendues. Si l'effet de surprise semble disparaître progressivement, la magie n'en est que renforcée et cet album ne déçoit pas !