Shapeshifting
Fred H
Journaliste

JOE SATRIANI

«Œuvre rock 100% instrumentale d’une diversité et d’une richesse sonore incroyables. Belle réussite tout ça.»

13 titres
Rock
Durée: 46'35 mn
Sortie le 10/04/2020
2887 vues
SONY (R)
Sorti début 2018, le dernier opus en date du sieur Joe Satriani avait un titre pour le mois interrogatif (« What Happens Next », NdT : Que se passe-t-il ensuite). Pour son retour et son dix-septième effort studio, l’américain a choisi un nom d’album explicite et prometteur : « Shapeshifting » (NdT : Changement de forme).

Pour l’accompagner dans cette/sa nouvelle métamorphose musicale, le « Satch » à rappeler quelques lascars qu’il connaît bien. On retrouve donc le bassiste Chris Chaney (Jane's Addiction, Alanis Morissette, Slash) qui était déjà présent sur « Unstoppable Momentum » en 2013, le batteur de studio Kenny Aronoff (John Fogerty, Smashing Pumpkins et remplaçant live de Chad Smith au sein de Chickenfoot) et le claviériste-ingé son Eric Caudieux (plusieurs skeuds du gars Satriani, Guns N' Roses, Katy Perry, Dido). Pas mal tout ça.

Dès les premières attaques de guitare, on reconnaît instantanément ce/son jeu unique, cette technique, cette maîtrise du manche bien connus (l’ouvreur éponyme et son roulement de caisse claire explosif en intro). Pas facile de pondre des compos entièrement instrumentales sans ennuyer son auditoire sur la durée. Pourtant, force est reconnaître que notre guitar Hero sait y faire dans le genre riff rock et puissant qui fait mouche ('All My Friends Are Here'). Il nous embarque à grands renforts de pédales à distorsion (le tout est dans le titre 'Big Distortion' et ses claquements de mains pour donner la mesure) ou de wah-wah ('Teardrops'). Bien qu'il fasse référence pour de nombreux gratouillards en herbe ou des praticiens plus confirmés, Joe est impressionnant sans pour autant tomber dans le démonstratif à outrance qui ne sert à rien ('Ali Farka, Dick Dale, an Alien and Me'). On se laisse guider entre ballade rock teinté blues (la très belle 'Perfect Dust') et sonorités typiques fin 70’s/début 80’s qui rappellent le prodige guitariste néerlandais Eddie Van Halen (le sublime 'Nineteen Eighty') dont Joe a toujours été un grand fan. Le bougre se montre aussi mélancolique et délicat (le délicieux 'All For Love'), introspectif voire contemplatif ('Waiting' et ses rires d’enfants en ouverture) et même sombre ('Spirits, Ghosts and Outlaws').

L’enchaînement des (13) chansons demeure fluide. Notre virtuose réussit à nous surprendre de bien des manières. D’une part, il fusionne son style à une ambiance jamaïcaine (le reggae rock 'Here The Blue River'). Que de feeling. D’autre part, l’homme à la sixcordes chromée incorpore plusieurs instruments plutôt très rares dans sa discographie. Un peu de mandoline par ci (jouée par Christopher Guest, surtout connu en tant que Nigel Tufnel dans le projet parodique Spinal Tap), une bonne dose de piano par-là (élément presque central de 'Falling Stars') sans oublier une intervention de banjo sur une plage ou deux (dont le presque décalé (par rapport au restant) 'Yesterday's Yesterday' avec sa mélodie sifflée et là encore quelques claquements de mimines en accompagnements).

Privilégiant l'aspect groupe, l’étasunien ne tire jamais la couverture à lui seul et laisse ses muzicos s’exprimer tout au long de l'album. Le mix fait tout autant ressortir les grattes (faut pas déconner non plus) que la 4-cordes groovy et dynamique de Chaney ou la frappe subtile (et quelle frappe) de Aronoff. Mazette, quelle section rythmique polyvalente et talentueuse nous tenons là. Avec le maître en personne et Jim Scott (Foo Fighters, Red Hot Chili Peppers) à la production et le fidèle collaborateur John Cuniberti au mastering, on ne pouvait avoir que rien de moins que la perfection audio.

Grâce à ses propositions musicales des plus variées (et pourtant cohérentes une fois rassemblées), Joe Satriani signe avec « Shapeshifting » une œuvre rock d’une diversité et d’une richesse sonore incroyables. Belle réussite tout ça.