Reductio Ab Absurdum
Chozo Tull
Journaliste

INSTRUMENTAL (ADJ.)

«En dix-huit minutes, Instrumental (adj.) s'affirme comme l'un des groupes les plus novateurs du moment. Un excellent EP qui retournera bien des têtes !»

3 titres
Rock Progressif
Durée: 18 mn
Sortie le 13/03/2018
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ART AS CATHARSIS

Le label australien Art as Catharsis fait parler de lui dans le prog underground depuis quelques années, L'acharnement et la dévotion de son fondateur ont permis de faire connaître plusieurs projets tels que Hashshashin, PLYERS, ou We Lost The Sea. Une véritable renaissance prog moderne aux antipodes donc, un vivier bourgeonnant d'artists prêts à en découdre avec souvent un ethos DIY qui tranche avec la relative tranquillité des groupes de progressif nostalgiques de la grande époque.

Et si il y a un groupe qui n'est pas resté bloqué dans le passé, il s'agit de Instrumental (adj.) Et oui, rien que le nom pose problème. Le trio sort ici son deuxième CD avec l'EP Reduction Ab Absurdum, en ayant débuté avec le disque A Series Of Disagreements en 2015. Quelque part entre Plini, Animals as Leaders, Holdsworth et King Crimson, le groupe déroule un rock progressif définitivement moderne souvent hautement technique, mais qui ne rentre jamais dans la démonstration technique stérile. Si le groupe est capable de monter fort en intensité, le génie de Instrumental (adj.) est de réussir à introduire de la nuance dans ce chaos : le morceau éponyme s'ouvre du riffing velu et oscille ensuite entre des passages carrément énervés, une séquence en ton par ton en hommage clair au Roi en Rouge de l'ère Red, et des passages un peu plus calmes. La tension est maintenue et relâchée avec doigté, et l'urgence est là, sans que cela finisse par sonner comme une bouillie de djent comme plusieurs autres groupes actuels finissent par sonner.

Il est difficile de décrire chacun des morceaux de ce (court) CD tant les compositions procèdent de moments entrechoqués, de thèmes asymétriques. et d'improvisations furieuses. En 18 minutes, le groupe laisse sur le carreau beaucoup de leurs contemporains, et le font en démontrant la large gamme d'influences qu'ils ont été capables d'intérioriser et de réutiliser à leur avantage. Si ''Reductio Ab Absurdum'' est un mélange de metal prog et de King Crimson, l'introduction de ''Yours'', avec ses guitares clean tappées, rappelle pas mal de math rock récent, tandis qu'au début de ''Panopticon'' on nage plus dans une fusion 90's à la Holdsworth, avec auto wah et strumming frénétique qui feront bien plaisir aux fans de Guthrie Govan et des Aristocrats.

L'une des grandes vertus de cet EP survitaminé, c'est également la précision de cette section rythmique. Si tous les instrumentistes impressionnent par leurs capacités techniques, l'inventivité et la ténacité du batteur forcent le respect et permettent au groupe d'évoluer dans des compositions qui donnent cette impression de se renouveler. La maîtrise de Instrumental (adj.) n'est pas tant un shred sans fin mais un sens aigu du polyrythme et des transitions, qui fait souffler un vent de fraîcheur sur ce tone de guitare compressé et mordant typique des groupes styles AAL, Tesseract, etc. Cela dit, les solos ne sont pas en reste et achèvent d'affirmer l'identité du groupe en mélangeant à ces rythmes prog sans pitié un choix de notes très jazz fusion et une utilisation jouissive de la dissonance.

On est donc ici face à une petite bombe, probablement l'une des meilleures sorties du genre cette année. Le format court est très bien utilisé et on se prend à enfin vouloir un album complet, mais force est de constater que devant la densité des compositions et la qualité des performances, Instrumental (adj.) fait aussi bien de nous livrer ses productions comme des shots de café hyper serrés. Un must pour tous les explorateurs de prog jazz en folie !
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