In Our Wake
Maitre Jim
Journaliste

ATREYU

«''In Our Wake'' marque le retour des virtuoses romantiques d'Atreyu. Un album mélodique et surprenant!»

12 titres
Metalcore
Durée: 45 mn
Sortie le 12/10/2018
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Atreyu est un groupe originaire d'Orange County en Californie, formé en 1998. Ça, on en est sûr. Question style, ça se complique. Difficilement classable tellement les genres s'entremêlent, tellement les influences ressortent et tellement les morceaux évoluent. Considéré comme faisant partie des pionniers du metalcore, on peut aussi parler sans sourciller de post-hardcore, d'emo, de rock, de métal, de glam et de punk. Il faut dire que malgré une discographie assez « courte » – 6 albums en 20 ans – les Californiens se sont essayés dans bien des styles, et non sans talent. Parmi leurs faits d'armes, des tournées mondiales, d'excellents albums, quelques covers bien exécutées, des tonnes de vidéo et surtout des vocals partagées entre Alex Varkatzas, le chanteur aux screams et Brandon Saller, le batteur au chant mélodique. Après 3 ans d'attente et après un magnifique album appelé « Long live », les 5 virtuoses romantiques reviennent aujourd'hui avec « In our wake ».


En général, et de l'aveu même des artistes, chaque album est le plus abouti et le plus complet dans la carrière du groupe. Ce qui est compréhensible. Pour ce qui est de ce 7ème opus d'Atreyu, il semble en effet marquer une étape dans le son du groupe. Plus lent et moins agressif, « In our Wake » est clairement plus accessible que ses prédécesseurs. Bonne nouvelle en un sens, car les mélodies sont superbes et le chant clair de Brandon est plutôt réussi ; bien meilleur qu'aux débuts du groupe d'ailleurs. En revanche, on ne peut que déplorer avec un brin de nostalgie le net recul des screams d'Alex, ce qui enlève inévitablement de la puissance aux compos.

Ceci dit, Atreyu livre ici un album avec bon rendu général grâce à des morceaux bien travaillés et parfaitement produits. Ce qui marque notamment, ce sont les sonorités électro qui donnent définitivement au groupe un son moderne, bien dans son époque comme par exemple le programming bien senti sur ‘Blind deaf & dumb'. Le titre sautillant rappelle un peu Faith No More sur les couplets, et notamment leur hit mondial ‘Epic', repris d'ailleurs à merveille sur un précédent album d'Atreyu. Cette omniprésence d'éléments synthétiques jouent beaucoup dans l'originalité d' « In our wake » dans la discographie du groupe qui a désormais des morceaux « dignes » d'être présentés au grand-public et plus simplement réservés à un clan d'initiés. ‘Paper castle' ou ‘No control' sont par exemple deux morceaux de hard rock au pédigré de soundtrack de film d'action. Et le single ‘The time is now' est un excellent titre : propre et mélodique. On appréciera d'ailleurs les envolées aiguës du batteur au passage.

Les amateurs de sensations plus fortes pourront se faire plaisir avec des titres comme ‘Nothing will ever change' ou ‘Safety Pin', plus métal et un peu plus agressifs que les autres. Mais bon, on est loin du metalcore original tout en technicité et en émotion que balançait Atreyu il y a quelques années. L'album dans son ensemble est un mélange de passages bruts et de passages plus pausés avec de superbes mélodies, à l'image du morceau éponyme ‘In our wake' qui ouvre les 45 minutes. On a parfois de l'accélération, mais surtout du chant mélodique et de la virtuosité, qui elle, n'a jamais quitté les guitaristes. Mais ça, ce n'est pas une grosse surprise quand on connaît la qualité des musiciens et notamment du guitariste lead Dan Jacobs.

Deux petites « originalités » viennent compléter l'album : ‘Terrified', belle petite ballade presqu'acoustique et presque traditionnelle pour les californiens qui ont déjà fait le coup auparavant. A noter cette petite touche de programming qui nous emmène directement à la Noël. Autre « tradition » discrète mais tout aussi originale : la présence de cuivres sur ‘Super hero', le morceau de fin qui en plus de cela nous fait la surprise de 2 featurings de classe avec la présence de M. Shadows (Avenged Sevenfold, tiens tiens !) et d'Aaron Gillespie (Underoath). De quoi clôturer l'album en douceur. Et oui ! En douceur…


Les novices qui découvriront le groupe ici et les fans « émo » ont vraiment de quoi se régaler. Les fans old school et plus headbangers, un peu moins. Alors, c'est une drôle de sensation que laisse « In our wake ». Surprenant dans le sens où il est beaucoup plus calme et plus mélodique que les précédents. Osons même plus « grand public », plus commercial. Voilà, c'est dit. (Mais comme on le dit souvent dans ces colonnes, commercial ne veut pas dire mauvais et underground ne garantit pas non plus la qualité). D'un autre côté, l'album ne sort pas totalement du lot par rapport à ce que les Californiens sont capables d'envoyer musicalement. Tous les ingrédients utilisés sur ce dernier album sont déjà connus et ont déjà été utilisés auparavant. En fait, c'est comme si toute la hargne et l'obscurité avaient été utilisées sur « Long live » sorti en 2015 et que toute la romance et la douceur avaient été sauvegardées pour « In our wake », qui reste un très bel album : innovant, réussi, technique et mélodique. Surprenant !