If Heaven Is A Lie
Fabien
Journaliste

NDKH

«Doté d'un son aux muscles gorgés de whey, le quintette a sorti l'artillerie lourde et mis les petits plats dans les grands.»

10 titres
Djentcore
Durée: 43 mn
Sortie le 21/10/2021
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AUTOPRODUCTION

A Paris, il y a les champignons, un petit club de football, des embouteillages et… une scène djent qui commence à bruisser de manière assourdissante. On connaissait Kadinja ou encore Ragaraja, voici désormais NDKH et son premier album, ''If Heaven Is A Lie''. A ce propos d'ailleurs, il faudrait retrouver celui qui un jour déclara que les jeunes pousses étaient tendres afin de lui administrer en guise de rétorsion, quelques doses de cette galette en fusion.

A l'évidence, de tendreté, il n'en sera jamais question ici, ce n'est pas le genre de la maisonnette. A l'inverse, il y a du marteau-pilon chez ce combo, du butoir aussi, sans lequel le djent ne serait pas ce qu'il est. Doté d'un son aux muscles gorgés de whey, le quintette a sorti l'artillerie lourde et mis les petits plats dans les grands. L'air est saturé, les palm mute sont de sortie et l'auditeur se trouve happé par un maelström sonore dont les ingrédients sont saupoudrés avec une vraie pertinence pour un groupe qui entre à peine dans l'octogone. Les Parisiens ont révisé leurs gammes, digéré leurs classiques, ils sont prêts et cela s'entend.

La section rythmique, au demeurant assez impressionnante, est épaisse, compacte et d'une précision féroce, c'est un sang bitumeux qui coagule et colle aux semelles, c'est une lave dopée à la colère, une lave 'a'a lourde de lenteur dont les éclaboussures syncopées giclent avec une frénésie qu'on imagine aisément cathartique.

Il serait cependant réducteur de ne considérer l'univers musical de NDKH que sous l'angle du seul magma puisque le genre se plaît à distiller quelques touches atmos souvent bien vues et qui permettent à l'auditeur de s'extirper un moment de ce plasma poisseux pour effleurer des rivages moins hostiles. Quelques arpèges mélancoliques et autres notes électros plutôt judicieusement placées s'immiscent alors de temps à autre pour confirmer que la bile noire est parfois un poison délicat. 'El Dj0ntos' et son prélude étouffant mais aussi 'Adonis' et sa beauté revêche traduisent en acte cette volonté de rompre avec le tout brutal pour finalement permettre à l'auditeur d'entrevoir au loin la possibilité d'une aube... crépusculaire certes mais aube tout de même.

A souligner, la qualité du tir de barrage sonore proposé par les deux vocalistes qui expulsent leurs états d'âme avec une furie rafraîchissante. 'Blindfold' est en l'occurrence assez révélateur du savoir-faire des deux compères. Ça éructe, ça vomit, ça expectore, les fans d'Archspire s'y retrouveront sûrement, le tout écrasé sous une chape jubilatoire et oppressante. A noter que c'est dans cette débauche de violence millimétrée qu'ils demeurent les plus pertinents, et l'on peut regretter à ce titre qu'ils quittent parfois, fort rarement il est vrai, ces rivages tourmentés pour quelques tentatives en chant clair plutôt incongrues. Certains passages de 'Ever' mais aussi le final de 'Words Unlocked' apparaissent ainsi dispensables et tempèrent vainement le courroux des Franciliens. Ces légères réserves, très légères soyons honnête, ne parviennent jamais cependant à ternir les qualités intrinsèques d'un projet aux fondements musculeux.

Les quarante-trois minutes que dure ce défouloir méthodique interpelle finalement par l'impression de maturité qui s'en dégage. C'est ce que l'on peut appeler une entrée tonitruante pour cette jeune tribu de sauvageons qui possède tous les atouts nécessaires pour se faire une place dans la galaxie djent hexagonale voire plus si affinités.