HUMANIST
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Rock Alternatif

Humanist
Fred H
Journaliste

HUMANIST

«Avec son « Humanist », épaulé par des vocalistes aux horizons variés, Rob Marshall signe une première œuvre cohérente, profonde, ambitieuse et prometteuse»

15 titres
Rock Alternatif
Durée: 69'52 mn
Sortie le 21/02/2020
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Jusqu’en 2015, on connaissait Rob Marshall essentiellement pour son combo Exit Calm. Par la suite, en collaborant – avec succès et par 2 fois - avec Mark Lanegan (plusieurs morceaux sur les opus « Gargoyle » et « Somebody's Knocking » respectivement parus en 2017 et 2019), ce guitariste-compositeur de talent s’est fait un nom. En ce début 2020, désireux de proposer quelque chose de personnel, notre britannique déboule avec SON projet solo baptisé « Humanist » (nom du groupe et galette éponyme).

Pour ce premier effort, le moins que l’on puisse dire c’est que le monsieur a mis les petits plats dans les grands. Quinze titres au programme et une brochette d’invités carrément hallucinante. L’album est inspiré par le film The « Living Room », un documentaire sur la vie et la mort de Gavin Clarke. Marqué par la disparition de ce musicien multi-casquettes qu’il connaissait, Marshall a choisi de composer autour des thèmes de « la vie, la naissance, la mort, la religion, la mortalité ». Totalement investi, Rob a écrit, joué, produit et enregistré la quasi-totalité de l'instrumentation puis à contacter tout un tas de vocalistes qu’il a toujours appréciés. A sa grande surprise, quasiment tous ont répondus présents (10 se retrouvent finalement sur cette livraison). Une fois les musiques finalisées, l’anglais à transmis les bandes à tous ces chanteurs et leur à laisser le champ libre afin qu’ils livrent leurs mots et leurs interprétations sur les thèmes ciblés.

A tout seigneur tout honneur, l'ami Lanegan s'octroie 4 chansons. L’ex-Streaming Trees/QotSA fait résonner son timbre grave si particulier pour toujours autant d’émotions ('Skull' et son beat électro, le magnifique et cataclysmique 'Gospel' qui rappelle son travail avec Soulsavers). A l’instar de ses propres rondelles, le natif de Ellensburg (Washington) nous embarque à travers ses textes toujours si atypiques. « Je suis le requin sous la surface, je suis l'amour que vous abandonnez… traversant le royaume, la mort chevauche à mes côtés » (le tonitruant et gothique 'Kingdom') ou bien « J'ai pris un train pour nulle part, et nulle part il n'y a un endroit que je ne quitterai jamais » ('Beast Of The Nation' et sa ligne de basse qui nous martèle avec bonheur). On ressent les accointances entre Rob et Marko. La complicité des 2 musiciens est évidente et ne semble pas prête de s’arrêter en si bons chemins.

Pour le reste, une piste par invité et toujours le même objectif : Offrir à chaque plage une approche différente tout en gardant en ligne de mire la cohérente du grand tout voulu. Dès lors, on navigue entre Britpop ('When The Lights Go Out' avec Mark Gardener du groupe Ride), rêverie psychédélique ('In My Arms Again' avec Joel Cadbury de Unkle) ou cold wave type Joy Division (l’excellent 'Ring Of Truth' avec Carl Hancock Rux de Portishead). Entre moments paisibles (la magnifique ballade 'How’re You Holding Up' avec le canadien Ron Sexsmith) et rythmes plus énergiques ('Shoot Kill' avec Jim Jones de Thee Hypnotics), les univers des uns et des autres se croisent. Tandis que Dave Gahan (charismatique leader de Depeche Mode) nous renvoi aux grandes heures du rock alternatif post-punk du début des 90’s ('Shock Collar'), le journaliste-chanteur british John Robb (The Membranes) vient murmurer à nos cages à miel délicates durant 9 minutes (le follement envoûtant et immersif krautrock 'English Ghosts'). Globalement, on est happé par cette cacophonie maîtrisée de chansons viscérales et hypnotiques ('Lie Down' avec Madman Butterfly). Au milieu de ce cortège 100% masculin, une seule lady, une certaine Ilse Maria. Avec son petit brin de voix tout doux, la miss se fait obsédante et mélancolique (le calme 'Truly Too Late').

Clairement, entre (post)rock, pop, ambient et psychédélique, cette galette est riche de matières. Peut-être un peu trop diront certains. Qu’importe, les performances tout comme les compositions sont de qualité, c’est indéniable. Avec son « Humanist », épaulé par des vocalistes aux horizons variés, Rob Marshall signe une première œuvre cohérente, profonde, ambitieuse et prometteuse.