Human Pantocrator (Opus Humani)
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

ENTROPIA INVICTUS

«La France possède désormais une force de frappe capable de rivaliser avec la crème de la crème du Black orchestral exploratoire., tandis que le monde du métal s'est clairement enrichi de l'essence particulière de nos Auvergnats.»

11 titres
Metal
Durée: 40 mn
Sortie le 24/02/2017
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Chers lecteurs, autant lever toute forme stérile de suspense, je proclame haut et fort que l'année 2017 vient de nous dévoiler son chef d'oeuvre en matière de Black Death symphonique.
Est-il bien pertinent d'écrire de tels propos ?
Tentons d'objectiver les faits et de vous expliquer le motif de ce ressenti.
Premièrement, dans le monde du Black symphonique, vous trouvez autant de bons groupes que d'ersatz pouvant très vite blaser, ne parvenant pas même à plagier les maîtres du genre.
Par contre, pour ce qui concerne la scène du Black Death symphonique, la disparité qualitative semble bien moindre que chez sa grande soeur. Il suffit de citer en vrac quelques monstres sacrés pour comprendre qu'un minimum de respect s'impose aux artistes qui oeuvrent dans cette voie bien spécifique : Les Anglais d'Ethereal, Les Polonais d'Abused Majesty et de Vesania, les Russes d'Arcane Grail, les Germains de Lyfthrasir, les Suédois de Grief of Emerald, les Suisses de Mirrorthrone et bien d'autres…

En France, dans la Saône-et-Loire, c'est Sangdragon qui tente d'honorer la scène et ma foi, leur « Requiem for apocalypse » de 2015, tenait solidement la route ; se hissant directement dans le haut de gamme. Evidemment, les passionnés du Black sympho ne manqueront pas d'évoquer les remarquables « Anorexia Nervosa », les surprenants « Maleficentia », les sympathiques « Scars of Chaos » et les fabuleux « Winterburst ».
Je manquerais aux formes élémentaires de politesse en omettant le très particulier « Taliandörögd », parti voguer dans d'autres univers musicaux.
Nous voyons une cartographie Française qui revêt belle allure, ma foi.

Seulement voilà, alors que l'actualité du monde du Black symphonique ne s'épuise pas, au grand dam de tous ceux qui ont une aversion pour ce style ou qui pinaillent sur la qualité de la terminologie, nous pouvons nous accorder sur la transcendante carrière des Bataves de Carach Angren.
Lorsque la très sympathique Noémy (Solstice Promotion), me sachant amateur des dérivés brutaux de la grande musique, m'envoya le dernier opus d'un poulain, elle était sans doute loin de se douter que dès l'écoute de ce CD promo, j'allais avoir une totale révélation.
Il se trouve que j'ai découvert les Auvergnats d'Entropia Invictus, petit lifting de l'âme d'Entropia, nous sortant un 3ème album, en 11 ans d'existence.
Tout au long de leur évolution de carrière, les bougres ont montré de sérieuses dispositions à camper des mondes obscurs, parsemant leurs ambiances d'une dimension théâtrale. La recherche symphonique est devenue leur crédo ainsi qu'une évolution les hissant d'une sorte de progressif avantgardiste vers un véritable Black Death soigné.

Et voici sorti ce « Human Pantocrator (Opus Humani) ».
Est-ce encore lié à l'univers déjanté et bien gothique de « From Chaos Born » de 2006 ?
Sommes-nous encore dans la magie du très éthéré « Black Drop in Clear Water » de 2012 prenant le virage plus marqué du Death Black ?

La première piste, « I Will Overcome » nous plonge totalement dans le style de Septic Flesh, excusez du peu, sans aucune volonté affirmée de singer ces excellences, on sent la propre griffe de nos Français. Le riffing guitaristique de Jérôme et de Jordan se montre solide, engagé et vole dans tant de directions avec célérité. Les éléments symphoniques transpirent l'intelligence, c'est fouillé, totalement envoûtant et prégnant. Le jeu de basse de Laurent se montre discret mais appuie l'ensemble dans un registre bien épique. La frappe de Pierjan est convaincante. C'est du beau boulot.
Les choeurs synthétiques nous ramènent dans cet élan artistico-magique prôné par le combo.
A la deuxième minute, nous découvrons un petit passage spirituel Hindouiste particulièrement soigné. Si les musiciens souhaitaient évoquer la Grèce, au temps pour moi, mais c'est bien le brahmanisme qui s'esquisse dans mes pensées.

Le second morceau, « Euphoria's End » prend davantage de hauteur dans sa mélodie, nous conduisant dans une totale harmonie aux compétences de Carach Angren. C'est plus qu'un compliment, c'est un constat. Le chant quasi déclamé possède de la profondeur. Jérôme est habité par l'univers du groupe et cela se ressent. Les accélérations épiques sont magistrales. C'est un morceau carrément scotchant.

« The Builder, The Destroyer » poursuit l'immersion dans l'excellence créatrice. On y trouve un relent martial affirmé. Le growl est orienté Death mais glisse facilement vers le registre Black, appuyé par une percussion à la « Dolch » pour regrimper subito vers le Black symphonique typé Horror Métal.
Je retrouve aussi des passages Hindouistes qui démarquent totalement l'architecture globale du monde du « déjà entendu ».

Sur « In The Attic », le travail se poursuit dans les mêmes registres qualitatifs qui se confirment au gré de l'écoute. Un tel titre serait parfaitement digne du registre de Sigh, sans forcément en comporter le grain de folie du génial Mirai Kawashima. Quelques tourbillons ambiants vous propulsent à la manière de Dimmu Borgir, période cultissime « Enthrone Darkness Triumphant ».

Ha ce 5ème morceau, « Cosmogenic Pandemonium », sur son volume pachydermique, je craque totalement, nous sentons une lourdeur hors norme, une quasi impossibilité à se mouvoir dans la fluidité musicale offerte. Le riffing atteint des sommets de mélodicité. Le growl parvient à égaler le timbre de Spiros Antoniou. Ecoutez ce passage Asiatique dans la seconde minute de l'ossature symphonique, c'est apothéotique.

Avec « Kurzwell's Dream », le groupe nous offre un petit répit sous forme d'interlude instrumental à l'atmosphère extrêmement lourde, angoissante. Nous flirtons quasiment avec les contrées Electro Indus. Et pour suivre l'album de bout en bout, ce passage se montre savamment posé pour mieux affirmer le démarrage de
« Singularity » qui poursuit sa progression cosmologique, et nous montre la renaissance autour de la dualité manichéenne, mais mieux encore, pour ceux qui en doutent encore, la véritable immortalité de l'âme.

Nous enchaînons avec « Tree Of Creation » qui présente une symphonie plus campée sur un ilôt atmosphérique et c'est positif, nous amenant une ré oxygénation. Vous accrocherez fortement à la mélancolie presque Russe qui se dégage de l'âme de cette brillante piste. Le growl reste soutenu et dynamique, vous empêchant de sombrer dans le néant.

9ème piste, « Reflection », me subjugue tout en me renvoyant à quelques aspects de parentalité hétérogène entre Notre-Dame dans le chant possédé et Bal Sagoth dans le jeu des guitares. Ce morceau est titanesque et possède une luminosité énorme. C'est du grand art.

On appréciera le choix très pertinent du titre « Imperfect God », apportant une approche nettement plus humble de cette entité métaphysique tant louée, ramenée à une dimension bien plus humaine, comme notre image par nos géniaux Auvergnats. Nous revenons dans une ambiance à la Carach Angren, toujours dans une pétulance de haut degré.

L'album se clôture sur « Among Us » et tel Ourobouros, nous reprenons le voyage là où il a commencé, restant dans ces contrées obscures teintées de majesté, dans un paysage empli de couleurs chatoyantes, dévoilant des ombres inquiétantes, parmi nous ; de simples sujets rampants face à celui qui a osé s'asseoir sur le trône de la liberté.

L'album est à peine terminé que l'on souhaite en reprendre l'écoute et cela, c'est un gage de qualité.

Cet album est une réussite qui laisse découvrir la pleine mesure d'un solide travail accompli, d'un investissement sans failles.
C'est là sans aucun doute la meilleure production d'Entropia Invictus qui se montre plus convaincant dans ce Black Death symphonique explorant des registres World.

La France possède désormais une force de frappe capable de rivaliser avec la crème de la crème du Black orchestral exploratoire., tandis que le monde du métal s'est clairement enrichi de l'essence particulière de nos Auvergnats.

En vérité je vous le dis, c'est bien d'un chef d'oeuvre qu'il s'agit.

Morbid Domi (Mars 2017)