Hum
Fred H
Journaliste

ALAIN JOHANNES

«Offrande acoustico-electrique d’une richesse incroyable malgré sa trop courte durée»

10 titres
Durée: 34'53 mn
Sortie le 31/07/2020
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IPECAC RECORDS
Du début des 90’s jusqu’au milieu des années 2000 (cinq opus studios entre 1991 et 2003), le chanteur-guitariste Alain Johannes, sa compagne Natasha Schneider (terrassée par le crabe en 2008) au chant-clavier et Jack Irons aux baguettes (Red Hot Chili Peppers, Pearl Jam) ont marqués les esprits avec leur trio de Rock alternatif nommé Eleven. Depuis l’arrêt de son combo, fort de ses qualités reconnues de muzicos polyvalent (multi-instrumentiste, ingé' son et producteur), Alain est devenu l’homme de l’ombre, discret et fidèle, pour une kyrielle d’artistes (Josh Homme / Queens of the Stone Age / Them Crooked Vultures, PJ Harvey, Chris Cornell, Mark Lanegan, No Doubt ou encore Artic Monkeys). Nombreux lui doivent donc beaucoup.

Bref, après un premier album en solo en 2010 (« Spark » dédié à sa moitié disparue) puis un second quatre piges plus tard (« Fragments and wholes, Vol. 1 »), le natif de Santiago au Chili (et oui) s’en revient avec un troisième disque intitulé « Hum » (NdT : fredonner, chantonner, bourdonner). Les dernières années n’ont pas épargné notre homme (pertes de proches, galères de santé pour lui-même). Ce nouvel effort se veut tout autant un instantané de sa vie actuelle qu’une renaissance. A l’écoute des dix titres (pour trente-cinq petites minutes), le musicien a opté pour une approche personnelle et intime.

A l'instar de ses œuvres précédentes, Alain évolue dans un registre le plus souvent acoustique avec parfois quelques égarements électriques fugaces mais toujours subtils (l’hypnotique 'If Morning Comes'). Les compositions sont délicates avec un pur travail sur les mélodies quelles soient musicales ou vocales (l'ouvreur 'Mermaids' Scream' aux accents QotSA). La maîtrise guitaristique est bien là et pourtant à aucun moment cela tourne à la dextérité ou à la démonstration abusive. Les doigts dansent sur les cordes (sur la Cigar Box Guitar notamment, gratte dont la caisse de résonance est une boite à cigare).

Bien que les morceaux soient surtout des ballades (le minimalisme 'Hallowed Bones'), la galette regorge d'idées (le sombre et bluesy 'Sealed') et d'arrangements variés. Grâce à des fioritures d'accompagnements/effets drone par ci (la piste éponyme, le magnifique 'Nine') ou des parties de chants entrelacées par là (la rêverie 'Someone'), on se laisse bercer. Se voulant authentique, Johannes nous transporte avec son timbre sensible et touchant (le sublime 'Free'). Le garçon semble paisible et serein. Il se dégage un sentiment de plénitude sonore bien agréable (la douceur 'Here In The Silence', 'Finis' aux sonorités Americana).

Avec son « Hum », Alain Johannes tient ses promesses. Il fredonne, chantonne, bourdonne. On est embarqué dans son/un voyage intérieur et profond. Ne passez pas à coté de ce Monsieur trop peu connu du plus grand nombre et de cette offrande d’une richesse incroyable malgré sa trop courte durée.