Helion Prime
Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

HELION PRIME

«Helion Prime est parvenu à créer un triple pontage, celui du Power US, des Sciences pures et du bon gros Rock. Le Métal en sort grandi. »

10 titres
Power Metal
Durée: 48 mn
Sortie le 24/02/2017
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Celui qui pense que le monde du métal a déjà révélé sa « Matière première », se trompe allègrement.
Le groupe qui me préoccupe ici aura eu le mérite de me surprendre, tant sur le concept que sur la forme musicale.
Leur histoire se situe en Californie. Mais oui, comment pouvait-il en aller autrement ?
Sans verser dans le stéréotype facile, nous pouvons nous accorder sur le petit grain de folie ambiant de la Côte Ouest.

Que trouver qui sorte de l'ordinaire chez ces ricains ?
En gros, nous pouvons dire qu' « Helion Prime » symbolise l'osmose passionnelle entre le métal et le monde de la science pure.
Nous imaginons Jason Ashcraft, guitariste depuis 2012 chez Dire Peril, groupe de Power Thrash, qui souhaitait explorer les dernières découvertes parues
dans « Geoinformatica », « International Journal of Innovation and Applied Studies », « Current Biology », « Nature Geoscience » et surtout, « Acta Astronomica ». Nous conviendrons que ça change un fifrelin des sujets épiques habituels amenant princesses, chevaliers du bien ou du mal, dragons, sorciers et j'en passe des meilleurs. Non, sans rire, on parle ici de véritable science, quitte à l'entremêler avec quelques aspects purement « Asimoviens ».

Bref, ce cher Jason avait une idée en tête et entendait bien cheminer jusqu'à sa réalisation concrète.
Ledit cheminement le conduira devant Dame Heather Michele Smith, chanteuse épique des compatriotes de « Graveshadow ».
Imaginez, devant cette ravissante brunette, il ne fonce pas dans la proposition indécente mais lui livre ses idées quasiment cristallisées. Justement, c'est la voix de Heater qui s'avère être la base de cette étrange chimie idéalisée en vue de la rendre véritablement organique.

Pourriez-vous refuser une telle requête, vous ?
Certes, non. La porte était ouverte pour « poweriser » la Science en la customisant.
Baptiser ce projet novateur allait se faire tout naturellement par un subtil clin d'oeil aux « Chroniques de Riddick » vu que ce film avait plu à nos deux protagonistes.
En février 2015, sortira la première démo composée de 2 titres.
Il fallait ensuite étoffer le duo pour partir à la conquête de la scène. Ainsi, le batteur d' « Axiom », Justin Herzer et le bassiste Jeremy Steinhouse les rejoindront. Les premiers spectacles débutèrent aux States.
La sauce va prendre très vite et un premier album, autoproduit, sortira en début d'année 2016.
Lorsque vous avez le vent en poupe, vous pouvez traverser bien des marées. Si le bateau possède une taille plus colossale, l'équipage est voué à se renforcer. C'est ce qui arrive en cours d'année avec l'intégration de Chad Anderson, guitariste ; Kayla Dixon, ravissante chanteuse Doom de « Witch Mountain » et Alex Bosson qui reprendra les baguettes.

La suite, c'est simple, A.F.M. Records qui aura sans doute été séduit par les pétillants Californiens, propose de sortir sous sa coupe ce surprenant premier opus.

Mais que vaut donc cet « Helion Prime » ?
La promotion faite autour de cet opus, n'a pas menti. Nous trouvons un bon gros Power US, trapu et sur vitaminé. Mais en sus, à travers les lignes de chant, nous versons dans le rock bien énergique.

Après une agréable introduction, « The Drake Equation » ouvre le bal et de belle manière tant on se prend une bonne dose de peps en pleine face. C'est rythmé, vivant, le riffing de guitare accroche. La basse offre un agréable groove. La batterie ponctue le tout avec quelques blasts de bon aloi.
Voilà que le groupe nous plonge dans l'exobiologie, l'astrosociologie et la futurologie. Si vous ne connaissez pas le travail de ce bon Frank Drake, vous retiendrez juste qu'il a créé une équation à 7 facteurs en vue de déterminer le nombre potentiel de peuplades extra-terrestres que nous serions susceptibles un jour de croiser.

Sur « Life Finds A Way », le groupe nous retrace le chemin de la vie, frayé à travers les éléments fondamentaux. Nous assistons en direct à la fossilisation des reptiles du Jurassique et à la venue de ce long hiver. La musique est rapide pour illustrer le récit. Au niveau du chant, nous pensons à un petit lien de parenté avec Amy Lee mais dans une quadrature nettement plus Heavy. Le morceau est assez épique. C'est normal, pour assister au cheminement de la vie, il fallait diablement accélérer la temporalité.

La 3ème piste « Into The Black Hole » nous plonge toujours dans cette célérité musicale dans les abysses d'un trou noir, objet céleste macroscopique, rendant ainsi hommage aux travaux de l'astrophysicien Indien, Chandrasekhar. Surtout, ne plongez pas dans ce trou béant gargantuesque car aucune matière ne pourra en ressortir, pas même une once de rayonnement.

Sur « A Place I Thought I Knew » je suis totalement séduit par la douceur d'un morceau bien ficelé, qui se veut prenant et envoûtant. Heather nous revient pousser la chansonnette. Quelques envolées techniques de guitare finiront par consolider les bases métalliques. Très beau moment que nous offre le groupe.

Si vous préférez l'engagement plus Heavy, « You Keep What You Kill » vous ravira car le morceau démarre très fort, offrant grande puissance, espace growlé alternant avec chant plus accessible.
Adorant le métal plus extrême, cette piste me séduit totalement, constituant le moment fort de cet album.

La 7ème piste « Oceans Of Time » garde le cap d'une ambiance virile affirmée par des escapades guitaristiques. Kayla nous tire dans un chant haut perché, presque cosmologique. Les grattes de basse sont vraiment agréables tant leur degré d'exécution est grandissime.

« Moon-Watcher » flirte légèrement avec un horizon de nu-métal, sans que cela choque, ni ne se démarque trop radicalement de l'ensemble. Cette musique-là peut passer partout et unir bien des goûts divers sous sa bannière.

S'ensuit « Apollo (The Eagle Has Landed) », véritable petit bijou d'Heavy Speed qui sonne comme les meilleurs groupes Nordiques du genre. Le chant prend une accélération très plaisante pour se mettre en bonne cohérence avec la rythmique soutenue. Le refrain est enchanteur. C'est une perle que ce morceau.

L'album se clôture sur « Live And Die On This Day » qui débute sur une splendide aire musicale, assez travaillée. Oui, en un même jour, en des espaces différents, des gens vivent, d'autres meurent. Le morceau est mélancolique pendant 1 minute et 23'', pour ensuite vous redonner une véritable bouffée d'oxygène, et plus encore, une dosette d'espérance. Plus qu'un hit, c'est un conseil philosophique qui nous est donné là.

L'album s'écoule d'une seule traite, sans être redondant ni lassant. Il y a du travail, de l'énergie, de l'envie.
Cette oeuvre d'Helion Prime se dévore de A à Z, et cette nourriture intellectuello-musicale vous donnera vraiment une sensation de satiété.
Le métal en sort grandi.

Morbid Domi (Mars 2017)