Posthuman
Enora
Journaliste

HARM'S WAY

«« Posthuman », un album en demi-teinte qui met à l'honneur des rythmiques explosives sans réel effort mélodique»

10 titres
HardCore
Durée: 34 mn
Sortie le 09/02/2018
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Formé en 2006 à Chicago comme un side-project, Harm's Way s'est finalement imposé de plus en plus sérieusement comme un groupe de Hardcore à part entière avec quatre albums : « Reality Approaches » (2009), « Isolation » (2011), « Rust » (2015) et « Posthuman », leur toute dernière création que nous allons décortiquer ensemble !

Le ton est donné dès les premières notes de basse de « Human Carrying Capacity » ! Nous sommes bien en compagnie d'un groupe de pur Hardcore et la batterie, toujours accompagnée de la basse, guident le groupe à travers breaks et changements rythmiques. La voix n'a rien de vraiment unique par rapport à ce qu'on peut entendre chez beaucoup de groupes du genre mais le chanteur fait très bien son travail. La composition est efficace et on se retrouve à headbanguer plus rapidement que prévu. Le morceau suivant, « Last Man », est plus tressautant dans sa rythmique, ce qui permet quelques petits jeux autour des riffs de guitares qui répondent à des passages plus calmes, et c'est finalement ce qui caractérise le mieux cette petite chanson (moins de deux minutes) : une alternance d'accalmies et de moments violents. Avec « Sink », on revient vers une chanson avec plus de groove, en particulier grâce à une rythmique tirée en arrière sur laquelle se cale le reste du groupe. Jusqu'ici, Harm's Way a montré sa capacité à proposer des morceaux entraînants mais la partie mélodique est un peu trop mise de côté à mon goût.

C'est justement quand je me fais cette réflexion que « Temptation » parvient à mes oreilles, et on peut clairement dire que le morceau surprend par rapport à ce que j'ai entendu jusqu'à maintenant. La rythmique est bien plus légère, presque discrète. Les guitares assurent une ligne qui rappelle presque des sirènes en fond sonore sur laquelle la voix répète « Temptation » à différentes intensité. Sans être totalement abouti, ce titre à l'avantage de montrer que le groupe n'est pas fermé à l'exploration de voies autres. Mais les habitudes de Harm's Way ne sont jamais loin et « Become A Machine » revient vers ce qu'on a déjà entendu en début d'album. Néanmoins, est-ce à cause de la pause permise par « Temptation », le titre n'a pas l'effet lassant qu'on pourrait attendre et on prend finalement beaucoup de plaisir à retrouver cette ligne instrumentale grasse et lourde. « Call My Name » est une excellente surprise et je ne connais personne qui résisterait à l'ouverture avec la ligne de batterie qui se poursuit tout au long du morceau, bénéficiant du soutien renforcé des guitares. Malgré une ligne mélodique simple, la magie opère toute seule sur ce titre.

L'ambiance semble plus légère lorsque « Unreality » débute et le tempo donné est plus dansant, mais, amateurs de mosh, rassurez-vous, la brutalité reste au premier plan et on imagine sans peine une fosse se mettre à sauter, hurler, danser et frapper sur une telle chanson. Entre « Call My Name » et « Unreality », le groupe commence presque à vraiment me séduire. Cependant, si je ne dirais pas non à un concert d'eux, la dimension mélodique me manque toujours trop pour pleinement adhérer. « Dissect Me » n'est pas vraiment un titre que je considère comme essentiel à cet album car on y retrouve ce qui marche : la rythmique, mais c'est à peu près tout puisque cette chanson n'apporte absolument rien de nouveau. Donc oui, on peut s'amuser dessus mais, dans une perspective uniquement musicale, on commence à fatiguer devant le manque d'originalité des compositions. L'espoir de voir « The Gift » changer les choses est rapidement balayé car, s'il semble original au premier abord, on retrouve en fait le même esprit que « Temptation », ce qui est plutôt décevant. Et finalement, « Dead Space » nous fait finir aussi bien qu'on avait commencé avec un morceau agressif et lourd dont la rythmique hypnotique, brisée par quelques breaks, en convaincra plus d'un !

Le bilan est en demi-teinte pour « Posthuman ». Harm's Way est sans conteste un groupe intéressant qui sait mener un projet musical et qui doit offrir un sacré spectacle en live, mais sur album, si vos exigences dépassent le simple amusement et la rythmique entraînante, la déception risque d'être grande. Tellement de groupes du même genre proposent des compositions plus riches mélodiquement qu'on se demande presque pourquoi on écouterait ce groupe plutôt qu'un autre.