DEATHWHITE
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Melodic Doom/Gothic Metal
Chroniques

Grey Everlasting
Julie Legrand
Journaliste

DEATHWHITE

« Deathwhite nous ouvre les portes d’un univers où le pessimisme règne en maître : la mort et les idées sombres sont à leur paroxysme dans cet opus  »

11 titres
Melodic Doom/Gothic Metal
Durée: 48 mn
Sortie le 10/06/2022
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Quoi de mieux que le dark metal mélodique pour aborder la mort, la solitude et tout autre état fort peu enviable ? Ce n’est pas en tout cas pas Deathwhite qui pourra nous affirmer le contraire avec son tout dernier album. Intitulé ‘’Grey Everlasting’’, les sujets débordent de pessimisme dans un univers musical aussi triste qu’étoffé. ‘’Etoffé’’ ? Disons plutôt ‘’étonnement étoffé’’ tant la recherche musicale, tout en expressivité, mérite que lui accorde du temps ! N’attendons plus et faisons un pas dans cet antre sombre à propos duquel il y a tant à dire !

Vous l’avez compris, ici il n’y a point d’idées joyeuses, de légèreté… Tout est lourd et pesant, comme un esprit perdu qui ne sait plus où aller. C’est dans cette optique qu’ont été conçus les onze morceaux abordant des thèmes différents, tous liés par le malheur et le mal-être.
Le texte possède une grande force : celle d’aller à l’essentiel en utilisant des mots crus. Si vous consultez les paroles sans écouter la musique en même temps, vous constaterez que cette humeur accablante se dégage simplement à la lecture !

Il est assez compliqué de brosser un portrait récapitulatif, je vous propose donc une promenade de titres en titres pour vous les présenter, sans trop vous les dévoiler pour autant !
L’opus démarre par une piste introductive entièrement instrumentale. Sous le nom univoque de ‘Nihil’, une ambiance oppressante, pleine de tension se dévoile à nos oreilles. L’humeur mélancolique s’instaure sans difficulté tandis que cette sensation de vide intérieur inhérente aux production se fait déjà ressentir. Malgré le malheur (ou grâce à cela), la musique dégage une véritable beauté qui donne envie de continuer.
‘Earthtomb’ lui fait suite en présentant une introduction lente et grave. Du black vient remplacer le doom du début par un jeu martelé. Pour la première fois, nous entendons le chanteur qui possède une voix claire et calme, en plus d’être incroyablement expressive. Il aborde le destin déchirant d’un homme qui a vécu dans le mensonge et mourra avec. Une guitare mélodique prend le dessus de temps en temps en jouant des airs aériens. Enfin, des passages simples à la guitare claire ornent le titre de moments gentiment mélancoliques, et c’est d’ailleurs ainsi qu’il va se clore.
‘No Thought or Memory’, 3ème morceau de l’album, présente une production du même acabit, avec un tempo modérément lent. Le chant, plutôt reposant, aborde le vide mental et l’inexistence tandis que les instruments traduisent ces idées par un jeu aussi sombre que ‘’vide’’ (pas dans la technique mais dans les impressions que cela laisse à l’écoute).
Une différence se fait entendre lorsque c’est au tour de ‘Quietly, Suddenly’. Une mélodie saturée et déformée nous offre un rendu sonore bizarrement plaisant, presque abstrait, comme un rêve lointain. Cette idée prend d’ailleurs tout son sens lorsque le chanteur, avec une voix aérienne, aborde les rêves qui ont été enterrés sous le temps qui passe et la mort qui approche. La guitare mélodique est de retour et elle apporte cette fois une touche plus sombre encore à l’humeur déjà peu joyeuse (malgré quelques passages évasifs et légers). Ainsi se réalise une danse entre guitare et chant tandis que le reste des instruments jouent axés lourdeur et saturation. Il se dégage une certaine douceur de ce chaos, ce qui donne une impression de mélancolie ‘’gentillement violente’’.
La douceur persiste dans ce morceau qui est, pour moi, le plus triste : ‘Grey Everlasting’. Il présente un jeu calme et lent. Derrière cette légèreté, se dévoile cependant le poids d’une tristesse que l’on peinerait même à traîner au sol. Inflexions prononcées, voix grave, notes pesantes, l’ambiance n’a rien à voir avec le titre précédent et traite d’un destin fataliste où le seul allié qui reste est un ciel gris d’où s’est déjà écoulée toute l’eau qu’il contenait.
L’instru change du tout au tout lorsque c’est au tour de ‘White Sleep’. Une sauce bien black qui réveille, mais qui va ensuite se calmer pour insister sur la lourdeur des riffs. Le chant est moins sombre, mais il est cette fois plus froid (bien qu’il ne perde pas en expressivité). L’instru est ponctuée de moments lents tandis que le chanteur raconte que la nuit venue, le désespoir s’insinue, venant avec la pensée de la mort et la sensation d’être inexistant. Les riffs sont distordus et lorsque l’on entend « I feel nothing », nous sommes de retour sur du black plus pêchu accompagné d’un chant crié et torturé. Il est complètement représentatif de la pensée du protagoniste tandis que l’instru se charge de l’ambiance lourde dont nous accable si facilement le désespoir.
‘Immemorial‘ démarre avec la batterie solo qui joue un jeu très latent, une basse la rejoint avec des riffs discret avant que l’instru soit au complet. Toujours ce tempo lent avec de longues notes graves. Le chant exprime le malheur, le mépris et l’absence d’espoir : « No believing / Hoping / Waiting / Nothing / Fading / Hoping / Waiting / Nothing / Fading  (Ne pas croire / Espérer / Attendre / Rien / Dépérir)». Les harmonies de voix très solennelles contribuent à ce cycle infini. Le morceau se termine sur un dernier riff, très affirmé, alors que le chanteur parle de l’inévitable fin.
Certains morceaux prennent le temps, d’autres non, à l’image de ‘Formless’. L’introduction va de but en blanc en nous offrant presque du death. Le chant, très factuel, est expressif et triste. Au fur et à mesure du morceau, la voix se fond de plus en plus dans la mélodie, aboutissant à une fin où le personnage n’est plus, il n’existe tout simplement plus.
‘So We Forget’ signe un retour vers un jeu plus coutumier. Une guitare légère avec reverb introduit une instrumentation complète chargée et saturée. Le chant est clair et plein d’assurance. Lorsque l’instrumentation s’embellit, il fait de même, notamment sur les paroles autour de la perte d’une personne et le deuil. Il s’agit d’un morceau très fort !
‘Blood and Ruin’, avant dernier morceau de l’album, se distingue par une guitare distordue et abstraite. La batterie donne l’impression d’être un minuteur qui fait inexorablement passer le temps pendant lequel l’Homme ne lutte pas contre sa perte. Un bon rythme se présente malgré le pessimisme ambiant, il donne envie de bouger aux gré de ces complaintes que personne n’entend. Le morceau présente un figuralisme qui me fait affirmer haut et fort que ‘Blood and Ruins’ est une véritable pépite : alors que le chanteur clame : « The world burns forever / Blood and ruin to be / In the end it falls apart (« Le monde brûle pour toujours / Sang et ruine à venir / A la fin ça s'effondre »), le jeu calme laisse très soudainement la place à des riffs pesants et une batterie déchaînée, traduisant le fracas de cette chute monumentale.
Enfin, nous arrivons au dernier titre : jusqu’ici les morceaux ne duraient pas plus de quatre minutes trente, or celui-ci dure quasiment sept minutes. Intitulé ‘Asunder’, c’est une sorte de récapitulatif de l’opus. Les airs y sont distordus, le chant également. Il s’agit d’un hymne sombre qui naît de la force mutuelle des voix et des instruments au jeu saturément passionné. Un break guitare claire va toutefois faire une pause en jouant des notes très douces qui parviennent à nous parler alors même qu’elles n’ont pas la parole. Le final, tout en lourdeur et saturation, nous laisse sur une impression de désolation terrible. Ainsi se termine cet album funeste pourtant terriblement bon à écouter !

‘’Grey Everlasting’’ a su aborder avec brio les différents états de conscience négatifs en les représentant musicalement et textuellement. Il s’agit d’une écoute particulière, l’humeur y est triste, morose mais pour peu que l’on s’accroche à chacune des notes, l’écoute devient incroyablement immersive et plaisante.
Les productions y sont sensées et riches. De plus, comme dit auparavant, il y a peu de paroles mais celles-ci vont à l’essentiel en nous transmettant de manière très crue l’humeur et les idées du morceau.
Cet album est un véritable chef-d’œuvre qui mérite d’être écouté tant le groupe s’est investi pour nous immerger dans cet univers tout à fait sombre et déprimant. Bravo à Deathwhite pour cet opus qui marquera bien des auditeurs et promet de belles œuvres à venir !