GAZPACHO
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Rock Progressif

Fireworking at St.Croix
Fabien
Journaliste

GAZPACHO

«Gazpacho fait dans la dentelle, multiplie les thèmes, soigne ses accroches, tente et parvient à nous perdre dans des méandres infinis de mélodicité et de délicatesse. »

9 titres
Rock Progressif
Durée: 75 mn
Sortie le 11/03/2022
103 vues
Vous croyez connaître la Norvège ? Cela reste à confirmer. Quoi qu'il en soit, oubliez Harald I° aux beaux cheveux, les razzias vikings et le sacrifice de l'aigle de sang car d'hémoglobine, en vérité, il n'en sera jamais question ici... de Gazpacho en revanche je ne dis pas. Gazpacho, disions-nous... potage à base de légumes crus mixés servi froid. Voilà pour wikipédia.

En fait de soupe, ce clan de Northmen nous sert plutôt un plat d'une finesse exceptionnelle dont tous les mélomanes se prétendant gourmets doivent goûter au moins une fois pour ne pas mourir idiots. Alors de metal point, de rythmiques syncopées et sauvages non plus, ce n'est pas le genre de la halle, ces vikings-là naviguent en eaux calmes et néanmoins profondes, une eau complexe faite officiellement de rock progressif, de néo prog, d'art rock... les étiquettes valent ce qu'elles valent, mais ce qui est avéré, c'est la beauté du voyage auquel nous convie le sextet.

Au menu, ce live, en guise de tournée avortée, joué en mode répétition, sans artifices et reprenant les titres du dernier album en date ''Fireworker'' ainsi que 3 morceaux tirés de ''Tick Tock'' paru en 2009. 9 titres dont la durée oscille entre 5 et 20 minutes, cela vous donne un aperçu de l'esthétique des lascars. On prend son temps ici, on échafaude, on élabore et si vous comptiez pouvoir fredonner tout cela sous la douche, c'est manqué. Gazpacho fait dans la dentelle, multiplie les thèmes, soigne ses accroches, tente et parvient à nous perdre dans des méandres infinis de mélodicité et de délicatesse.

Les deux monstres que sont 'Sapien' et 'Space Cowboy' vous donneront un aperçu de cet édifice baroque, exubérant et minutieux. Porté par la voix superbe de Jan Henrik Ohme, l'univers musical fait dans l'élégance parfois bousculée par une rare, très rare, éruption d'énergie. On pense tour à tour à Sylvan, à Anathema, à Radiohead... à Porcupine Tree même dans certaines inflexions. Evidemment, le spectre de Marillion survole nonchalamment l'architecture mais il laisse pourtant les scandinaves déployer leur idiosyncrasie tout à loisir. Leur monde leur appartient en propre et il le décline en une multitude de nuances chargées de séduire voire de flatter l'appétence que certains d'entre-nous ont pour la mélancolie classieuse.

Si vous pensez risquer l'indigestion (cela n'arrivera jamais mais la crainte n'est pas illégitime), il vous restera les pièces plus courtes que sont 'Hourglass' ou 'Clockwork'. Plus concises et plus faciles d'accès, elles n'en demeurent pas moins des petits bijoux d'orfèvrerie que viennent ornementer violoncelles, piano et choeurs grandiloquents. 'Are You tired yet ?' nous demande l'avenant Jan Henrik Ohme à la fin de 'Antique'... fatigué non, mon ami, bercé je ne dis pas.

Nouvelle perle venue du froid, Gazpacho continue de tracer son sillon, esthète sans être inabordable, délicat sans être sirupeux, happy few sans être happy, le groupe scandinave brode ses passementeries avec un art consommé, celui de l'habitué des défilés haute culture. Pour tous ceux qui hésitent encore, allongez-vous, mettez votre casque et on en reparle.