FEAR
Chozo Tull
Journaliste

SKULLCAVE

«FEAR est un superbe disque de doom moderne à la fois minimaliste dans son approche mais nuancé et expansif dans son exécution. Un grand plaisir !»

5 titres
Progressive Doom
Durée: 45 mn
Sortie le 20/09/2018
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ART AS CATHARSIS
Le petit label australien Art As Catharsis continue de sortir excellent disque sur excellent disque. Ce mois-ci, l'offrande de la maison de disque (gérée par une seule personne, rappelons-le !) se dénomme FEAR et le groupe Skullcave. Skullcave officie dans un doom lancinant, texturé et particulièrement bien produit mélangé à une voix 90's et des faux airs de Alice in Chains dans l'atmosphère. Ca a l'air bien, dites-vous ? Ca l'est.

L'album dure 45 minutes et affiche 5 morceaux, mais les différentes pistes fonctionnent comme un archipel d'îles de différentes tailles. Les moments majeurs du disque sont clairement les deux morceaux les plus longs : ''Fear to Hide'' et ses 10 minutes, et le dernier, ''Bleak'', plus de 19 minutes au compteur. Même sans avoir écouté le disque, on comprend immédiatement que Skullcave est un groupe ambitieux et que FEAR lorgne avec insistance du côté d'un ethos progressif qui n'est pas sans rappeler les tendances post-metal relativement récentes inspirées par Isis (on pourrait citer Rosetta et Cult of Luna dans les contemporains). Cela se confirme à l'écoute de ''Bleak'', dont le milieu gagne en puissance et en lourdeur avant de partir en noise-ambient délicieux, et puis le groupe se calme et redescend, tout en gardant ces grattements réverbés en arrière-plan pendant une minute. S'il peut paraître étrange de commencer une chronique avec un focus sur le dernier morceau de la galette, c'est que la longue durée de ''Bleak'' permet au groupe d'étaler et de développer leur propos. Il s'agit d'une excellente piste de doom moderne qui s'appuie fortement sur l'angst et l'impuissance au coeur de la révolte et de la rage des groupes de grunge. Si Skullcave ne tente pas de singer Nirvana, le groupe a déclaré que ''Bleak'' était une tentative de tenter de décrire par la musique l'effet d'une crise d'angoisse - et c'est là l'un des éléments fondamentaux du doom du groupe : il ne s'agit pas d'un doom semi-épique à la Candlemass ou d'une pose occulte, mais bien d'une musique qui parle de fragilité et de faiblesse.

Une fois que vous avez compris ça, vous avez plus ou moins compris le reste de l'album - il ne reste plus qu'à en évoquer les nuances et à louer le talent de Skullcave. La piste d'introduction, ''Escape'', nous fait rentrer en douceur avec une composition toute acoustique, et permet de donner aux premiers accords dévastateurs de ''Fear To Hide'' tout leur effet - sans compter l'utilisation de la résonance et du feedback, dont Skullcave se montre très friand. C'est également sur ''Fear To Hide'' que le groupe se montre le plus metal, avec une voix à la limite du hurlement hardcore, et le plus moderne, alors sur ''Next Earth'', la répétition du riff en clean à la fois calme et menaçant nous rappelle quelque chose de plus old-school, presque Sabbathien - mais ca, c'est avant que la batterie rentre et que l'on se retrouve dans un morceau étonnamment délicat, dont le thème est repris en saturé avant de donner lieu à un climax post-rock quelque peu convenu mais musclé et surtout satisfaisant car sale (alors qu'une grande partie du post-rock contemporain perd de son intérêt par un son aseptisé).

La musique de Skullcave se déploie lentement et est autant mélodique que vibratoire, et la production met très bien cela en valeur. Qu'il s'agisse de l'intro de ''Bleak'', ''Forgiving'', ou ''Escape'', les guitares cleans et acoustique ont de l'espace et se dissipent lentement, alors que les accords saturés ont du corps, de la masse (encore une fois, les premières mesures de ''Fear To Hide'' sont exemplaires de ce point de vue !), les toms sont tribaux et lourds, mais le jeu du batteur sait se faire subtil. L'album alterne entre des moments monolithiques et des choses beaucoup plus frêles. Il s'agit d'un excellent album, et qui plus est, il est toujours agréable d'entendre un nouveau groupe de doom qui ne donne pas dans les clichés à la mode du stoner, mais qui préfère ouvrir son propre chemin !

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