WHITE WARD
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Post-Black Metal
Chroniques

False Light
Julien Pingenot
Journaliste

WHITE WARD

«"False Light" est un immense album, d’une très grande classe et surtout d’une force émotionnelle que peu d'albums arrivent à transmettre.»

8 titres
Post-Black Metal
Durée: 66 mn
Sortie le 17/06/2022
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Que ce soit du côté mainstream de la scène ou bien plus underground, l’Ukraine a toujours réussi à se faire une place au sein du très concurrentiel monde du Metal. Depuis le début des années 90 avec l’émergence du Black, des groupes comme Drudkh ou bien Nokturnal Mortum sont encore beaucoup écoutés et respectés aujourd’hui (1914 est aussi excellent !). Mais aussi, un groupe comme Jinjer, qui depuis quelques années, est devenu le principal représentant du pays à l’international grâce à ses multiples tournées et apparitions dans les plus gros festivals Metal, toujours plus haut sur l’affiche.

Et depuis quelques années, un nouveau groupe ukrainien fait parler de lui, intrigue beaucoup de monde et est progressivement en train de devenir la nouvelle coqueluche de l’underground. Je veux bien évidemment parler de White Ward. Formé en 2012 à Odessa, le quintet sort en 2017 son premier album "Futility Report" après un nombre conséquent de démo et Ep (qui deviendront la compilation "Origins"). Et déjà sur ce premier album, tout est présent, un black metal furieux, le saxophone,… Avec le deuxième album, le groupe continue sur la très bonne lancée du premier album, et nous délivre un "Love Exchange Failure" juste admirable en tout point. Ils ont poussé encore l’expérimentation, les parties de saxophone démentes qui se fondent à merveille au black assez agressif du groupe. Je pense que c’est avec ce deuxième album que le groupe s’est totalement trouvé. En 2021, le groupe nous propose un EP deux titres juste parfait, notamment le morceau "Debemur Morti" qui est un des morceaux que j’ai le plus écouté l’année dernière. Et enfin, nous voici en 2022 avec la très attendue sortie de ce troisième album "False Light". Sortie qui se fait dans de difficiles circonstances pour les membres du groupe, dont les vies furent directement impactées suite à l’attaque russe sur le pays qui s’est transformée en guerre. Soutien total à toutes les personnes impactées par cette ignominie.

Sur ces productions précédentes, le groupe nous a habitués à de très denses productions et ce "False Light" ne fait pas exception à la règle. Sur plus d’une heure, le groupe nous replonge dans son fascinant post-black progressif. Personnellement, ce troisième était ma plus grosse attente de l’année et je le dis de suite, je ne peux être que comblé par un album de cette classe. Je vais essayer avec ces quelques lignes qui suivent de vous transmettre un peu de bonheur que m’a procuré l’écoute de cet album.

L’album s’ouvre le magnifique "Leviathan", qui porte très bien son nom et qualifie White Ward et son travail à merveille. Mis à part cela, ce premier morceau nous prouve que le groupe n’a absolument pas perdu de sa superbe et de sa capacité à allier passages black d’une grande intensité et passages atmosphériques d’une beauté et intensité sans pareille créés en grande partie par le saxophone. Sur "Leviathan", l’envolée de plus en plus frénétique du saxophone arrive toujours à m’avoir tant ce passage est divinement orchestré.

Mais pas le temps de s’habituer que le groupe nous surprends avec "Salt Paradise". Le chant clair n’est pas une nouveauté chez White Ward mais jusqu’à maintenant, ce n’était que sur quelques passages de l’album. Là, le groupe lui donne une place plus importante et compose un morceau entier pour le chant grave et solennel de Vitaliy Havrilenko, ami du groupe. Ce passage très Post-Punk/Death-Rock n’est pas sans me rappeler des chanteurs comme King Dude ou bien un groupe comme Rope Sect (d’ailleurs je vous conseille le formidable album "The Great Flood"). Entre autres de ces diverses apparitions sur l’album, l’autre passage tout aussi notable est le début de "Cronus", où son chant se fait beaucoup plus mélodieux mais reste tout aussi solennel et sensible. Ce « Salt Paradise » est une vraie belle surprise et permet de souffler quelques peu suite au ravageur "Leviathan" et nous prépare pour le reste de l’album !

"Phoenix" revient sur une formule un peu plus proche des standards des ukrainiens mais n’en reste pas moins tout aussi bonne et impactante. Une nouvelle fois, le passage de saxophone est excellent et le solo de guitare est vraiment le bienvenue.

De part son style, cet album n’est pas des plus joyeux mais depuis le début, le groupe à toujours réussi à nous extirper quelques instants de toute cette noirceur en nous donnant à écouter des passages d’une certaine candeur qui est toujours la bienvenue et relance le morceau de plus belle. Avec "Silence Circles", le groupe ne fait plus aucun compromis et nous propose un morceau plus noir qu’à l’accoutumé. Aucun temps mort, un passage doom pouvant faire office de jumpscare aux moins attentifs et pour finir un break d’un groove implacable qui ne fait qu’augmenter en intensité jusqu’à la fin du morceau et réussi à y incorporer tout ce qui fait White Ward. Pour moi, toute la fin du morceau représente à merveille la musique des ukrainiens, tant la quantité d’émotions conviées est juste incroyable.

"Echoes in Eternity" vient calmer le jeu, en proposant un morceau au grand atout du groupe : le saxophone. Accompagné d’une piste ambiante, le saxophone nous berce d’une mélodie très envolée et me rappelle sur certains aspects, l’atmosphère très urbaine du deuxième album "Love Exchange Failure". Pause bien méritée pour attaquer la partie finale du Léviathan "False Light".

"Cronus" fait durer quelque peu l’ambiance planante du précédent morceau mais ne vous y trompez pas, nous sommes sur un album de Black Metal avant tout ! Et au bout d’une grosse minute, un riff vient remettre les pendules à l’heure et la tornade sonique reprend de plus belle. On reste dans une ambiance aussi pesante et nous avançons progressivement vers le massif morceau éponyme.

L’album s’ouvrait sur un long morceau et il se conclut aussi sur le long "False Light". Bien qu’étant à plus de cinquante minute, pour ma part, le soufflet n’est toujours pas retombé, le morceau est une synthèse parfaite du talent de composition des ukrainiens et arrivent encore à me surprendre après un album immensément riche. Ce dernier morceau éponyme vient achever comme il se doit ce qui est pour moi, à l’heure où j’écris ces lignes, mon album de l’année ! Le voyage se termine sur le très court et doux "Downfall" qui vient parachever à merveille ce très grand album !

Bon, il est clair que je suis totalement conquis par cet album et pour être honnête j’étais déjà conquis par l’album avant de l’écouter. En effet, White Ward est mon énorme révélation du confinement, et m’a aidé dans beaucoup de situations tant la musique des ukrainiens me parle sur énormément de niveaux. Sur "False Light", je trouve que jamais ils ne tombent dans la facilité, arrivent toujours à se renouveler et je trouve cela juste admirable. La dévotion pour leur art est totale et cela se ressent pleinement sur ce troisième album et sur la discographie complète du groupe au passage. Bref, je commence à manquer de mots pour crier mon amour pour ce groupe, ce qu’il faut retenir est que "False Light" est un immense album, d’une très grande classe et surtout d’une force émotionnelle que peu d'albums arrivent à transmettre.